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Franz Schubert (1797-1828) › Les dernières sonates pour piano

cd4 • 8 titres • 76.33 min

  • Sonate en ut mineur, D.958
  • 1I. Allegro11:26
  • 2II. Adagio7:50
  • 3III. Menuetto (allegro)3:23
  • 4IV Allegro9:43
  • Sonate en si bémol majeur, D.960
  • 5I. Molto moderato20:47
  • 6II. Andante sostenuto
  • 7III. Scherzo (allegro vivace con delicatezza)
  • 8IV. Allegro, ma non troppo

cd5 • 4 titres • 62:25 min

  • Sonate en la majeur, D.959
  • 1I. Allegro15:36
  • 2II. Andantino7:37
  • 3III. Scherzo (allegro vivace)5:36
  • 4IV. Rondo (allegretto)12:05
  • Sonate en la mineur, D.537

enregistrement

Enregistré à Riehen (suisse), Landgasthof, 1992-1993. Directeur artistique : Dr. Michael Stille; Ingénieur du son : Hartwig Paulsen; Montage : Hilmar Kerp

line up

Christian Zacharias (piano)

remarques

Les versions chroniquées sont les CD 4 et 5 issus de l'inespérable coffret EMI classics qui contient sur 5 CD pour 15 euros (si, si...) une large sélection de sonates interprétées par le remarquable Christian Zacharias, qui n'hésite à mettre de lui-même dans une vision de ces pièces qui ne demandent que ça. Dans un registre tout à fait différent, tout en maturité et contrôle mais avec un sens de l'émotion absolument prodigieux, je ne peux que recommander, en priorité, la gravure des ces trois ultimes sonates par Alfred Brendel pour Philips.

chronique

Trimalcion le dit si parfaitement dans sa chronique des impromptus :

"On sait qu'il n'existait pas à proprement parler, pour Schubert, de

musique gaie. Toutes ses oeuvres sont empruntes de solennité, de

nostalgie, de mélancolie, voire même, pour certaines d'entre elles, de

la plus déchirante tristesse. (...) il n'en oublie cependant jamais la

plus délicate pudeur." Ses trois dernières sonates pour piano furent

pensées comme un ensemble. La dernière fût achevée un mois à peine

avant la mort du compositeur; elles sont à la fois testamentaires et

pleines de force, savantes et limpides, terribles et lumineuses :

l'aboutissement d'un art. Schubert, c'est l'élégance mozartienne aux

prises avec les démons de Beethoven, une musique toujours gracieuse,

aux caprices élégants, aux torrents magnifiques. L'apparente austérité

du thème qui nous cueille à l'entrée de la 958 porte déjà les signes

de la mélancolie, pire : du fatalisme. La suite est inquiète, derrière

ses attraits sautillants : le rythme est forcé, le sourire imposé, et

dans les mélodies qui se croisent gronde l'inconfort... la beauté

s'interroge, comme en proie au doute. L'autrichien est mort jeune,

mais terriblement adulte. Les notes lui appartiennent et il les

assemble avec une totale dextérité. Des mélodies rapides se dégagent

des accents qui dessinent une mélodie centrale, un chant de tristesse

qui se révèle au coeur de roulements de notes lourdes et pluies

d'aigus volages... des mélodies d'accords où chaque note est complexe,

chaque émotion profonde et nuancée, les beautés divergentes plongeant

finalement le paysage dans un étrange clair obscur, raffiné et changeant. Car l'art de Schubert est pictural, tout autant

qu'émotionnel; il partage avec Brahms l'arcane de cette alchimie

unique avec laquelle ils firent de leur musique de véritables

promenades méditatives, des heures indispensables à marcher sur les

feuilles et à guetter les lacs en y puisant la force de rouvrir ses

blessures, pour les apprivoiser. Toutes les nuances du bleu... du

matin au bleu noir, du brouillard à l'azur en passant par la pluie et

le soleil qui perce. Comment vivre l'andante de la 960, l'andantino de la sonate en la

majeur... si ce n'est en pleurant? Car lorsque celui qui se sert ici

de son piano comme d'un orchestre, enrichissant chaque note d'un

accord lors de ces fameuses constructions mélodiques denses et

vibrantes, décide de ne jouer qu'une seule note à la fois : c'est pour

le creux de l'oreille, c'est comme un aveu... ces lignes de notes nues

à l'harmonie merveilleuse viennent comme des confessions... et

Schubert était triste. Comment accepter alors qu'il nous agresse,

après nous avoir ainsi dénudé de tout masque et de tous nos sourires,

dans une mélancolie si timide et déchirante, comment ne pas avoir mal

sous le coup de ces accords si noirs et si violemment arrachés au

silence, quelques secondes à peine après les premières gouttes de

pluie? Oui, du bleu clair au bleu nuit, Franz Schubert pleure des

mélodies comme s'il en pleuvait, cherchant à s'en sortir par cette

douceur apaisante qui naît de la beauté. Cette musique, proprement

symphonique malgré son intimisme viscéral, est un territoire de

rencontres chromatiques magistrales, une sorte de nature parfaite aux

détails innombrables et à l'équilibre extraordinaire, et dont la

visite, la contemplation du mouvement nous inviteraient, comme par un triste

enchantement, à la plus mélancolique des introspections. Schubert est

dans la beauté permanente, dans l'élégance innée que le travail a

portée au sommet, dans la virtuosité émotionnelle et la maîtrise

esthétique. Les notes sourient, s'affolent, hurlent, chantonnent, les

mélodies n'en finissent pas de nuancer leur sentiment dans une course

en avant, une course à la respiration rendue docile et confortable par

l'épaisseur des étoffes harmoniques qui s'installent avec tendresse en

contre plan. Alors oui, Schubert explose, il enrage, il désespère et en finit par hurler... il est grave et sévère dans des thèmes

implacables à la noirceur biaisée, aux ténèbres éclaircies par la

faible lueur d'une tendresse harmonique... placée là par égard pour

nous. Et Schubert parle, se tait et se promène, il gambade (écoutez cette mélodie pastorale au milieu de l'allegro de la 958), de mélodies ruisseaux

en palpitations miroitantes de notes graciles, d'humeurs légères et

sages qui s'autorisent l'oubli en confessions intimes, douloureuses et

magnifiques. Il est certaines musiques dont l'amour semble

indissociable d'un même amour pour leur auteur. Elles nous interdisent

de croire en sa fatuité, en sa platitude d'être humain. Et ce sont

toujours celles qui semblent le mieux nous parler, et s'adresser le plus, à

nous-mêmes.

note       Publiée le lundi 21 décembre 2009

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ellington › mercredi 23 décembre 2009 - 20:15  message privé !

Quelle belle chro ! ce que je trouve vraiment poignant dans ces sonates de la fin, c'est de retrouver les mélodies qu'il a utilisé dans des lieder , et de les entendre allongées , triturées , assombries . Comme si le chanteur était parti avec le chant ( la vie , l'amitié ) et que le tête à tête avec le piano l'enfonçait dans le chaos mental, puis la mort . Si on est dans les bonnes dispositions pour l'écoute , c'est un sacré voyage .

Note donnée au disque :