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Opeth › Watershed

cd • 7 titres • 55:00 min

  • 1Coil
  • 2Heir apparent
  • 3The lotus eater
  • 4Burden
  • 5Porcelain heart
  • 6Hessian peel
  • 7Her omega

enregistrement

Enregistré, mixé et masterisé par Jens Borgen aux Fascination Street Studios en novembre et décembre 2007. Produit par Mikael Arkerfeldt et Jens Borgen.

line up

Mikael Åkerfeldt (guitares, chant), Fredrik Åkesson (guitares), Per Wiberg (claviers), Martin Mendez (basse), Martin Axenrot (batterie)

Musiciens additionnels : Andreas Tengberg (violoncelle), Natalie Lorichs (voix [1]), Lisa Almberg (cor anglais, hautbois), Christoffer Wadensten (flûte), Karin Svensson (violon)

remarques

chronique

Chaque nouvel album d'Opeth semble amener à une nouvelle mise en perspective des précédents. À mesure des parutions, par delà les changements de personnel, l'univers imposant du groupe a opéré un double glissement. Il est d'une part passé d'un univers pictural d'atmosphères sauvages à un monde d'émotions, peuplé de souvenirs sentimentaux, de fantômes... de secrets. D'un point de vue syntaxique d'autre part, il s'est ouvert, du monstre de metal noir aux ruptures acoustiques, il évolue désormais vers une musique d'apparence plus raffinée, romantique, où le chant clair finit par presque s'imposer, et où les guitares toujours lourdes sont néanmoins de plus en plus souvent tempérées de claviers, et maintenant de flûte, de violon, de violoncelle, de hautbois et de cor. " Blackwater park " avait en effet atteint les sommets atmosphériques les plus beaux depuis " Orchid " et bouclé la boucle, menant Akerfeldt à réinventer son univers sur " Deliverance " sur la base des prémices émotionnels du merveilleux " Still life ", " Deliverance " et " Damnation " devenant à leur tour les points de non retour d'un vocabulaire à la dualité rigoureuse, dont il fallut ensuite sortir. Ce fut chose faite : certes un peu dispersé pour un groupe habitué au colossal, " Ghost reveries ", en douceur et sans révolution, nous dit de nouvelles choses, amena d'autres parfums, développant de nouvelles couleurs et richesses, avec finesse, science, et classe. Et maintenant : oublions tout ça. Son excellence, son exigence, sa prétention ont fait d'Opeth un groupe intellectualisé, attendu sur tous les fronts, même ceux qu'il ne prétend pas vouloir atteindre ; Opeth évolue-t-il ? Réinvente-t-il le metal ? Trahit-il le peuple chevelu en étant devenu un groupe à l'influence prog-atmo 70's aussi forte aujourd'hui que celle du metal extrême ? S'essouffle-t-il ?... on a fini par oublier l'essentiel, et la plupart des choses qu'on peut lire désormais sur le groupe me laisse à penser qu'aujourd'hui, mettre une nouvelle galette d'Opeth dans son lecteur impose une posture d'exigence raisonnante, analytique, cérébrale et qui se devrait d'être impitoyable, au nom de la toute excellence. Oui, on en a oublié l'essentiel : Opeth, c'est un trip. Sophistiqué, monumental, parfois opaque ou labyrinthique, la forme prise par Opeth a fini par tromper sur le fond véritable, alors qu'elle le sert paradoxalement avec excellence : transporter. Peu importe la grandeur, la stature, la discographie " dont-il-faut-se-montrer-à-la-hauteur "... mettre un CD d'Opeth, c'est d'abord et uniquement plonger dans ses atmosphères, contempler ses paysages et visiter ses lieux, découvrir ses lueurs, rencontrer ses fantômes. Le reste m'importe peu, c'est une construction selon moi extérieure à la démarche du groupe... et " Watershed ", remis à cette juste place, est une réussite merveilleuse, fabuleuse... trippante. La seule chose qui m'empêche de mettre 6 à ce disque, c'est que pour quelqu'un qui écoute Akerfeldt riffer depuis maintenant treize ans, qui s'est intimement approprié chacun de ses huit, et maintenant neuf, longs albums, les contours de ses guitares saturées sont un terrain largement connu. Il faut aussi admettre que les départs de Lopez et Lindgren (dont le désinvestissement artistique progressif avait déjà entamé, doucement mais sûrement, l'alchimie un peu magique de la musique d'Opeth) participe à un recentrage de plus en plus accru sur la seule personnalité d'Akerfeldt (malgré la participation à l'écriture d'Akesson sur "Lotus..."). On pourra aussi pointer les velléités un peu purement démonstratives d'un morceau comme " Lotus eaters ", qui aurait gagné en grandeur à être plus convergent. Mais " Watershed" s'impose, impressionne, émeut, ravit... et oui : transporte. " Coil " ouvre le film avec délicatesse, Akerfeldt ne montrant décidément aucune faiblesse dans son inspiration acoustique, puis c'est " Heir apparent " et toute la noire lourdeur du combo suédois qui s'abat, surpuissante, écrasante, toujours sertie d'accalmies qui se suspendent aux ténèbres ; un piano âgé, la guitare acoustique... le silence. Malgré sa flamboyance, " Watershed ", selon mon très subjectif ressenti, est un des albums les plus sombres d'Opeth. Les atmosphères sont attristées, hantées, nocturnes et brumeuses, les ambiances lourdes et dépressives. Plus cohérent que son prédécesseur, il utilise la richesse sonore et stylistique acquise avec plus de maîtrise et de sagesse, hélas toujours légèrement empêché par une production un rien convenue. Les champs de givre et le petit matin reviennent avec le très acoustique " Burden " où le discret Wiberg fait comme toujours rimer sobriété avec perfection ; " Porcelain heart ", " Hessian pel ", " Hex omega "... Opeth mêle les plus lourdes ténèbres aux larmes les plus cachées, la grandeur colossale et la douceur peinée, avec une inspiration et une qualité d'écriture toujours irréprochables. Opeth évolue, Opeth ne faiblit pas ; " Watershed " est un trip noir et ouvragé, tour à tour brutal et délicat... beau.

note       Publiée le lundi 7 décembre 2009

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notes

Note moyenne        22 votes

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Aladdin_Sane › mardi 31 janvier 2017 - 10:44  message privé !

Pour moi "Watershed" se présente comme la bonne synthèse entre le métal extrême du début et le tournant hard-rock 70's même si la balance a tendance à pencher plutôt vers le deuxième côté. Ce qu'il y a de bien avec cet album, c'est qu'on retrouve un peu tous les aspects du groupe dont un côté "expérimental" (la guitare désaccordée sur le final de "Burden" par exemple) qui leur fait un peu défaut sur la suite de leur discographie. Un grand album que je range juste à côté de "Blackwater Park".

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stankey › mercredi 12 février 2014 - 16:48  message privé !

L'album de trop en ce qui me concerne....après cette page que je juge peu inspirée et qui se tourne, ce sera de toutes façons une autre histoire...et le livre semble terminé.

Pat Bateman › dimanche 1 janvier 2012 - 23:27  message privé !

Très bon celui-ci, en revanche le dernier me fait le même effet que Damnation. Quand Opeth décide de laisser de côté son habitus "metal" il devient incroyablement soporifique.

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Potters field › jeudi 10 novembre 2011 - 16:49  message privé !

j'ai beau aimer la raclette, le dernier est quand même lourd.

Richter › mardi 18 octobre 2011 - 10:50  message privé !

La pochette elle me fait délirer personnellement ! En tout cas ça sera l'occasion de les voir et de boucler la boucle en somme vu que je les avais raté il y a de ça de nombreuses années (presque 10 ans je dirais).

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