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OutKast › Aquemini

cd | 16 titres | 74:47 min

  • 1 Hold On, Be Strong
  • 2 Return Of The "G"
  • 3 Rosa Parks
  • 4 Skew It On The Bar-B
  • 5 Aquemini
  • 6 Synthesizer
  • 7 Slump
  • 8 West Savannah
  • 9 Da Art Of Storytellin' (Pt. 1)
  • 10 Da Art Of Storytellin' (Pt. 2)
  • 11 Mamacita
  • 12 SpottieOttieDopalicious
  • 13 Y'all Scared
  • 14 Chonkyfire
  • 15 Nathaniel
  • 16 Liberation

enregistrement

1997-1998. 1993 (West Savannah)

line up

"Andre 3000" Benjamin (MC, production), Antwan "Big Boi" Patton (MC, production), Organized Noize (production)

Musiciens additionnels : George Clinton (chant), Goodie Mob (MC's), Raekwon (MC), 4.0., Lil Will, Masada, Witchdoctor, Backbone, Cool Breeze, Sleepy Brown, Supa Nate, Big Rube (MC's), Erykah Badu (chant), Mr. DJ (production), David "Mr. DJ" Sheats (DJ)

chronique

Styles
hip-hop
soul
funk
pop
Styles personnels
crossover dirty south

Imagination à tous les niveaux, ô panorama fastueux... Florilège de saveurs et de sens, bigarré et mortellement groovy, harmonie de lumière et de ténèbres sous le signe de la black culture, porté par du flow certifié 24 carats et baigné dans le Soleil sucré du Sud autant que dans les réverbères de la ville qui vit naître Martin Luther King… voilà en gros Aquemini, 3ème album du tandem culte d’Atlanta, les seuls à mériter le surnom de MotherFunkers. Un duo givré, génial et culte, qui nous livre après deux opus succulents mais encore un peu juvéniles sa grande œuvre adulte : suprême merveille parmi les merveilles du hip-hop alternatif nineties aux côtés de certains zicos de Philadelphie, qui prouvèrent aussi que le genre ne se limitait pas à l’éternelle confrontation L.A.-N.YC, et que les prods originales, il fallait commencer à les chercher ailleurs, loin des plages, à l’intérieur des terres américaines, et, plus profondément, dans la psyché de véritables compositeurs, des mecs qui se soucient avant tout de musique et pas de clashs ou d’egotrips recyclés jusqu'à devenir de l'usinage. La consanguinité du hip-hop, ça vous dit quelques chose ? On connaît pas ici, vu qu'on baise pour métisser. La Dunjeon Family, collectif-clé de cette belle cité, a vu sa ramification la plus flashy devenir superstars sans perdre leur folie et leur désir insatiable d’horizons différents. Andre 3000 aka Dre (pas docteur celui-là, plutôt scientifique dans le sens le plus global du terme, et littéraire dans le sens le plus respectable) & son comparse Big Boi… un duo qui a toujours joué sur les symbiose/contraste entre le premier, sorte de génie du verbe doublé d’un rappeur écrasant de charisme et d’imagination (je ne parlerai pas du flow sinon je fais une bible, le Jimi Hendrix des micros ou quelque chose comme ça ; ça gesticule et ça débite au taquet, ça trébuche pour planer, quand ça mitraille même les stroboscopes en perdent leur latin, et quand ça traîne la patte c’est orgasmique), et le second enfin, B.Boi, son contrepoids basiquement réaliste au flow sans originalité mais solide, qui a bu du old school au biberon - celui qui est souvent boudé au profit de l'autre mais permet tout de même à la belle petite entreprise de garder les pieds sur terre en ayant la tête dans les étoiles. La foldingue excentrique-ésotérique-décadente et son gorille primal, pour schématiser grossièrement. "Aquemini" l’intitulé, c’est la fusion de leurs deux signes horoscopiques (soit Aquarius et Gemini, ce qui donnerait quelque chose du genre "Gémesson" ou "Poissemeau" en français, moins classe effectivement). Pour le contenu, hem… j’ai essayé de minimiser le racolage au maximum, je vous assure... dieu sait s'il y’a à dire ici. Les vocaux schizoïdes/surréalistes voire paranormaux se remettent toujours en question, comme des machines à déblatérer qui se réinventent sans cesse comme lassées d’un gimmick dès qu’il s’installe trop, la diction s’adapte à toutes les situations, capable de passer de la menace la plus froide à la déconne la plus chaleureuse en un clin d’œil, en tous les cas le trip est complètement barré, bigarré, sournois – à différents degrés. Une polyvalence flippante, limite surnaturelle. Maîtrise absolue du fluide. Panaché de substances pour une came pure. Paradoxe ? Non, gros benêt : chimie, et alchimie ! La mixture est faite avec divin amour, tout ça à travers le prisme hip-hop, et malgré toute cette foisonnante richesse, cette palette fruitée, l’album garde une homogénéité exemplaire, presque démoniaque. Tirons déjà notre chapeau à Organized Noize pour leurs prods hautes en couleurs, mariant synthétique et organique avec une fluidité absolue. Ne se contentant pas de puiser dans le fatras house - soul - funk - ragga - r’n’b - psychédélique avec un appétit fine gueule, ils tissent réellement leurs instrus, façonnent les beats au pinceau, claviers aux ptits oignons, percus surfines, cordes yummy yummy… un habillage en grande pompe nourri de tout ce que la black music nous a offert de meilleur dans les 70’s et 80’s, pour un résultat qu’on nommera comme on le voudra, neo-soul, crunk, space-funk ou dirty south, un résultat qui bute de toute façon. Des couleurs positives pour tes esgourdes, foin d’étiquette… malgré tout ce beau vocabulaire fleuri que j’étale à vos pieds sans préciser que je suis euphémique depuis le début, je suis presque certain qu’il y’en aura encore pour pinailler parmi nos chers membres, comme si un groupe ultra-mainstream qui a été découvert par la plupart des branleurs blancs-becs séfran que nous sommes via Fun Radio ou M6 Hits n’avait pas sa place ici, au chaud, avec nous. Ça ne vous fera aucun mal mes choutes, ça va même arranger votre santé… M’bref, je disais "tubes", et c’est vrai, Outkast a toujours été un duo à tubes en plus d’avoir de + en + laissé place à l’expérimentation au fur et à mesure de ses sorties. Des tubes, l’album en est blindé. En premier lieu "Rosa Parks", le single de tête, (titre plus métaphorique qu’autre chose), ou la beauté simple et fresh de leur funky-rap, avec son irrésistible break à l’harmonica. Les lyrics ? M’en parle pas, on en ferait un dico pour les blaireaux qui font rimer "luck" avec "fuck", Outkast c’est deux tueurs avec un big flingue qui tire des balles surprise selon l’humeur : des fois c’est des balles en pétales de rose trempés dans le miel, des fois c’est des balles en titane trempés dans la coke. Dans tous les cas, gare à ton cul et à ta tête, parce que une fois que c’est rentré, ça sortira pas. “I might LOOK kinda funny but I ain't no fool. Now if you wanna synthesize I emp-athize.” Voilà, voilà… Outkast, après ces deux premiers skeuds remarqués à juste titre (car excellents), délaisse un peu les délires cosmiques du précédent et atteint enfin l’état de grâce, le grand Glamour, la grande Classe. Tous les morceaux prêtent à la palabre et j’aurais du mal à me tenir à carreaux, c’est d’ailleurs pour ça que je rédige la chro en chemise à rayures… Passée une intro cotonneuse et suave signée Four Phonics qui nous caresse la joue avec ses arpèges de guitare avant le grand frisson, la première claque pleine poire : la production de sur "Return Of The G" confine en effet au génie : sample subtil du thème tragique de Midnight Express, sauce electroïde soulful, agrémenté de touches de harpe qui subliment tout simplement la mélodie originale de Moroder pour en faire un moment d’éternité. Le reste de l’album est du même acabit, c'est-à-dire en pur caviar, surplombé de diam’s gros comme des medicine balls (et d’écrevisses en chocolat). C’est très simple : on passe à chaque morceau en se disant qu’il y’aura une baisse de régime sur le suivant, un coup de mou, un mélange moins savoureux, un skit qui traîne un peu en longueur comme y’en a souvent dans les albums rap pour remplir le vide, des premiers signes de faiblesse au mic’. Pas d’bol Anatole, Aquemini nique du début à la fin, protéiforme, polyvalent, féerique, salement sex’, il multiplie les approches pour mieux te séduire. De toute façon si tu es amateur de groove, autrement dit sexué, tu en auras pour ton argent mon petit – à ce niveau là le groove ne dégouline même plus, il canyonise, il niagarise ! (si jpeux me permettre ces néologismes). Comment résister par exemple au funk délicieusement réverbé de "Slump" ? “Skew It On The Bar-B” ferait secouer du boule une crevette surgelée : beat revigorant et rimes punchy de Dre, toujours plus possédé par le démon du rythme qui tue, suivi par un Raekwon qu’on a connu très flambeur et qui se sent tout d’un coup bien petit à côté ahahah ! Les corbeaux n’ont qu’à bien se tenir et les piverts humilité garder, ça fait tac tac tac dans les baffles, ma biche. Et puis le cultissime "Synthesizer" avec en guest The Legend George fuckin’funkadelicious Clinton : un hit sur pilotis acides, monstrueusement pervers et envoûtant – syn’sizeeeeeer. Claque des doigts baby, claque des dents ! "Da Art Of Storytellin’ part two", après une première partie avec le mythique Slick Rick, symbolise par son titre et sa puissance ce qu’est Outkast… saturé, agressif, et terrassant de douceur et de mélancolie en même temps… entre la farce et le drame. Outkast, entre rêve et cauchemar, entre rave et cachemire. Et puis, "Mamacita", ça y est je tombe dans l’énumération mais "Mamacita" bon sang, le flow des poulettes, là, sur ce son de malade, putain de colibri, il va falloir que je vous fasse une chro par titre !!! Les deux fripons te font ici danser et grelotter en même temps sur la piste multicolore, avec l’aide précieuse de leurs noires soeurs. Noirceur ? Il me semblait pourtant avoir parlé de polyvalence plus haut, vous ne suivez donc pas ? Ils sont parfaitement capables de laisser tomber les tenues de street harlequin et de prendre toute la clique horrorcore underground à son propre jeu macabre, en retournant le cliché contre lui-même et en exacerbant le torve jusqu’à en avoir les yeux écarlates ; une fois leur belle Cadillac rose bubblegum repeinte en rouge, roulant au pas dans le quartier sans lampadaires et ses jantes qui pissent du sang, ils peuvent même faire pire pour te faire pisser toi, sur toi. "Y’all Scarded" donc (accessoirement mon morceau de rap préféré tous styles confondus, j’vous ai déjà dit que j’étais difficile pas vrai ?), est une boucherie, je vois pas d’autre mot, ou alors juste pour être sûr de pas racoler serré : glaçant, paralysant même, un trip urbain corrosif porté par 5 flows sur 5 verses possédés (ce qu’il faut aux feats et pas plus, toujours, merci très chers Goodie Mob)… quant à dire de quoi parle ce titre, le refrain est suffisamment éloquent : "IF YOU SCARED, SAY YOU SCARED". Ballades ? Tu as dit ballades ? Tu m’cherches, homie ? Le titre épo j’invoque pour toi : succulente mélopée, flow chaloupé, échos de jungle, cuivres Yello-esques. "Le bonheur, des fois c’est des choses pas simples" … ou quelque chose du genre, comme dirait cette pub débile pour je sais plus quelle bouffe sous vide. Pas de sous vide ici, du frais en rafale, de la pépite en veux-tu en-voilà, toutes extraites d’une mine qui n’a pas fini d’être exploitée. Du grand funk moderne et protéiforme qui pose l’ambiance dans ta piaule aussi bien qu’un Delfonics le fait pour Samuel L. Jackson dans sa caisse quand il met ses gants avant de refroidir Beaumont. Sur Aquemini, tout est fait avec amour, gloire et beauté, jusqu’à ce que l’album vire sur son outro en quasi-jam à renforts de wah-wah, après un virage reggae-dub marvellous. Jusqu’à la tout fin, la jouissance. La cuisine est vous l'aurez compris du genre sucré-salé, épicé, et elle ne reste pas sur le ventre. Qu’attends-tu alors pour y mettre la langue et les doigts ? Si tu restes de marbre malgré tous ces ingrédients qui te gourmandent, tu as besoin de l’aide d’un sexologue, et d’urgence… Un album spirituel. Référentiel. Quintessenciel. Essentiel.

note       Publiée le dimanche 6 décembre 2009

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Raven › lundi 19 novembre 2018 - 00:36  message privé !
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Corentin Fraisse, mon autre pseudo ? Tu es taquin, Sheer-Khan.

Note donnée au disque :       
Rastignac › dimanche 18 novembre 2018 - 16:07  message privé !  Rastignac est en ligne !
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Oui, il manque des guillemets ou des notes de bas de page...

Sheer-khan › dimanche 18 novembre 2018 - 13:04  message privé !
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A moins que Raven ne recycle ses chros sous un autre pseudo, encore un mag/blog/fanzine qui sample G.O.D... https://www.tsugi.fr/20-ans-cette-annee-aquemini-quand-outkast-transperce-les-frontieres-du-hip-hop/

(N°6) › jeudi 4 janvier 2018 - 13:12  message privé !
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Chronique fleuve pour album fleuve. Dieu que c'est dense. Un album qui demande ton attention, ton temps, et qui te repaie avec des inérêts. Pierre angulaire du southern hip-hop ? Je sais pas moi, j'y connais rien, mais ça me parait être un condensé de black music incroyable.

nowyouknow › mercredi 27 décembre 2017 - 01:18  message privé !

Je l'ai jamais trouvé franchement meilleur qu'un Stankonia ou The Love Below mais pourquoi pas après tout. Je m'étais fais un marathon Outkast avec les 4 premiers disques mélangés en aléatoire et à chaque fois qu'un morceau d'Aquemini tombait c'était toujours une bombe et un ovni à la fois. Ils ont l'air à l'aise au sommet de leur art, jusqu'à glisser un chute du premier album en plein milieu sans qu'on s'en rende compte (alors que c'est plus qu'évident) tellement tout parait possible. L'album multicolore, plus que Stankonia finalement.

Note donnée au disque :