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DMX › It's Dark And Hell Is Hot

cd • 19 titres • 65:15 min

  • 1Intro
  • 2Ruff Ryders' Anthem
  • 3Fuckin' wit' D
  • 4The Storm (skit)
  • 5Look thru my eyes
  • 6Get at me dog
  • 7Let me fly
  • 8X-Is coming
  • 9Damien
  • 10How's it goin' down
  • 11Mickey (skit)
  • 12Crime story
  • 13Stop being greedy
  • 14ATF
  • 15For my dogs
  • 16I can feel it
  • 17Prayer (skit)
  • 18The Convo
  • 19Niggaz done started something

enregistrement

1997-1998

line up

DMX (MC)

Musiciens additionnels : Swizz Beatz, Dame Grease, P.K., Irv Gotti (production), Sheek Of The L.O.X., Drag-On, Big Stan, Loose, Kasino, Ma$e (MC's)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
royal canin

Sur G.O.D., on a commencé (rectificatif : Progmonster a commencé) a parler de hip-hop davantage par le versant le plus intello, voire geek via la team Anticon, ce qui n'est guère surprenant vu que nous sommes de gros geeks qui bouffent à tous les râteliers et que notre but n'est pas de parler de ce genre musical avec la précision descriptive et l'exhaustivité des sites spécialisés, mais d'archiver uniquement le hip-hop sombre et/ou expérimental, et accessoirement d'essayer de donner envie d'en goûter à des lecteurs a priori récalcitrants, par le biais d'albums-clé. Cette façon naïve et somme toute mignonne de montrer que le rap c’est pas juste des gros blacks bas du front qui roulent en grosses bagnoles customisées avec des gros glock chromés et se tapent des grosses putes avec un… gros cul, on l'a eu, à un moment ou à un autre. Pourtant, le hip-hop c’est aussi ça, malgré nous, malgré ce qu’on voudrait chercher à y trouver d’intelligence et de finesse pour le défendre – et c’est aussi pour ça qu’on peut le chérir comme d’autres chériront Slayer ou Darkthrone pour leur approche primaire : la bestialité, l’insolence, le désir de tout posséder, de vouloir le monde entier pour soi, comme un certain Tony. Mais la plupart des MC’s populaires qu’on connaît aujourd’hui et qui ne vivent que pour cette philosophie, 50 Cent ou d’autres, n’ont pas le talent à la hauteur de leurs prétentions, et accumulent une soupe à base de R’n’b recyclé, re-chié et recraché non sans avoir été cellophané au préalable que seuls les branleurs (actuels) de nos belles radios en assistance respiratoire Fun et NRJ peuvent qualifier de hip-hop sans se sentir à côté de la plaque. L’enfant de Yonkers, lui, à cet instant, a la sincérité et le charisme des vrais, malgré tout ce qu'on peut penser de lui aujourd'hui (pas de bonnes choses), et malgré un son très aseptisé qui pourra en tromper certains. Quand il débarque en cette année 1998, alors que le hip-hop entame son inéluctable déclin des deux côtés de l’Amérique et que la frange la plus hardcore est "passée de mode" sur les ondes, il se fait remarquer, bien que sa musique se fonde complètement dans les nouvelles tendances (prod très electro en rupture avec l'ère du beat organique). DMX est une de ces brutes stupides au regard de prédateur, le genre de rappeur qui mise beaucoup sur son aura menaçante et indissociablement grotesque, à coups de photos ténébreuses et d'invocations de son alias : Dark Man X, mais qui ne se contente pas de l’image, qui fait suivre musicalement, en plaquant un flow compact, solide, à la fois agressif et moelleux, sur des instrus étincelantes. C’est avec ses crocs qu’il entend imposer son appétit vorace de lumière, mais aussi affronter les souffrances qui le taraudent et qu’il questionne sans cesse (l’amour, encore lui, comme c'est chou), et ce désir de rédemption contradictoire, avec le sang qui bat dans les tempes, le torse bombé. On ne saurait leur donner tort, aux fans de ce skeud, pas plus qu’on donnera tort aux djeun’s d’alors qui faisaient vrombir les baffles arrière de leur caisse : It’s dark and hell is hot, à l’image de son intitulé, a tout du classique sulfureux. Il fait partie de ces albums de rap qu’on imagine sans peine faire boum-boum dans les bagnoles de kaïra de par son côté abruti & abrutissant, et qui révèle à mon sens tout son suc dans la solitude totale, dans une pièce close, déprimé, abattu : on prend alors la pleine mesure des coups de pieds au cul lancés par Dark Man, peut être autant à lui-même qu’à nous, on en savoure d’autant mieux les attaques, les rimes, les images folles et le paradoxe du personnage. Un hip-hop puissant et racé, bourrin mais sur du velours, à la fois vulgairement FM et peaufiné, qui te fout une pêche monstrueuse dès l’introduction, et qui n’a pas oublié d’être sombre au passage. Le disque souffre de quelques baisses de régime, mais après le cri de guerre complètement rétamé (la faute à un abus de réglisse sans doute) du Dog MX qui donne la réplique à son pote, ces premières minutes magiques valent à elles seules la possession du bestiau : une intro qui ferait faire des push-ups à un manchot en 2-2, du type qui fait fondre toute résistance futile, impose sa puissance à coups de beats contondants et de samples gothiques (cloches, violons), animale, mécanique, fatale… Mike Tyson s'en servira pour une de ses entrées de ring les plus chanmax. Emphatique, musclé et souple même si on peut lui trouver un manque de rugosité, le flow de Earl Simmons s’impose de lui-même. Fétichiste des cleb's auxquels il fait sans cesse référence à coups de glapissements taquins et de gémissements contrariés, DMX y va de ses hommages aux chers toutous, entre deux spleens ou deux attaques frontales. Même si on l’a décrit un peu exagérément comme brutal - surtout à cause des deux singles principaux lancés comme des missiles à coups de clips bourrins "Ruff Ryder’s Anthem" et "Stop Being Greedy", loin d’être les meilleurs morceaux de l’album du reste - DMX est à mon goût bien plus ambivalent qu’un paquet d’autres rappeurs assimilés "gorille sans cerveau", d’abord dans les choix de production judicieux, ici principalement de Dame Grease (du gros son qui fait tac-tac boum, certes, mais des samples tragiques et souvent tordus); ensuite – et surtout - dans son flow, volontiers impulsif (ça grogne, ça renifle et ça rugit à satiété) mais plein de nuances, capable de passer de la colère brute à la mélancolie la plus soulful (le refrain chanté sur "Let Me Fly", bouleversant, ou celui de "Convo"), voire à la méditation (cette "Prayer" grandiose). Dans son inspiration aussi, son sens de la formule que n’aurait pas renié un Nas ("I sold my soul to the devil, and the price was cheap"), DMX impose sa personnalité. Un MC à l’ego en béton armé, tour à tout inquiétant et touchant, dont l’aura restera souvent copiée et rarement égalée (phrase cliché mais vraie), moins bling bling qu'un Jay-Z, infiniment moins carton-pâte que la pléthore de rappeur à minettes qui explosera dans les années 2000 – en bref : un de ces rappeurs aussi répulsifs que fascinants. Des morceaux comme "Look Thru My Eyes", "ATF" ou "X Is Coming" (avec la référence à Freddy que les amateurs de B-movies reconnaîtront) évoquent autant le Mobb Deep de Hell On Earth, en 2D, à coups d’instrus glaciales et glauques, de refrains nonchalamment torves qui contrastent avec la nervosité des couplets ; une ambiance urbaine, masculine et paranoïaque. De l’orfèvrerie ! Un disque très noir vous l’aurez compris, mais pas sans concessions. DMX ne se laisse pas aller à l’abus de vocaux R’n’b féminin pour vendre comme certains collègues, en cette année 98, mais il reprend tout de même du Phil Collins aussi mielleusement qu’un Coolio le ferait, sur "I Can Feel It" (en l’occurrence "In The Air Tonight"); pourtant, même en étant aussi nounours, Earl Simmons exprime une mélancolie brute de pomme, quelque chose de sincère, qui touche au cœur, et on se prend à ne plus zapper ce titre. Le reste de l’album n’est pas avare en moments forts (reprise de l’atmosphère gothique de l’intro sur "For My Dogs" avec des feats extras, ou ce "Niggaz Done Started" malsain), même si encore une fois quelques passages sentent moins l’inspiration (en ayant une approche plus "old school" et dépouillée sur "Crime Story" il perd en force à mon goût). DMX n'a jamais surpassé ce premier malgré les passages mémorables disséminés dans les deux suivants. It's Dark, en fait, c'est juste un bon gros thriller urbain prolo & bourrin sous une photographie glaciale, sauce "muscles saillants et sueur perlant sur l'asphalte" à la The Shield, avec la pointe de mélancolie des durs, et avant la déferlante imminente des losers.

note       Publiée le samedi 28 novembre 2009

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Rendez-Moi2 › lundi 6 janvier 2020 - 09:39  message privé !

Marrant ces commentaires au début, ce rap qui serait "trop commercial", c'est moins brut qu'un beat de Premier mais plus translucide, et DMX est vraiment une brute impulsive au micro... et ses aboiements <3

dariev stands › mardi 30 août 2011 - 10:36  message privé !
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"C'est simple temps mort/mauvais oeil tout le monde connait chaque couplet par coeur" > Non.

Seb de Super › samedi 27 août 2011 - 15:46  message privé !

Ou bien faire un topic sur le Hip Hop francais.

Raven › samedi 27 août 2011 - 03:17  message privé !
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Lunatic j'y entends déjà une dimension bouffone évidente (plus dûe à l'ourson qu'à son pote) même si c'est évidemment pas le summum du guilleret (de mémoire y avait quand même des morceaux plus crades que le leur sur hostile hh, faudrait que je réécoute) ; le culte avec Mauvais oeil c'est juste parce qu'ils étaient un peu les premiers en France à ne faire que des instrus dark sur tout un album, du coup ça se démarquait des trucs plus ragga ou r'n'b en vogue et ça donnait un cachet bien urbain, nocturne et morose, mais vu le nombre de bons disques en rap français quelle que soit la période ça n'avait rien d'un challenge... Tallac c'est justement un peu le morceau où tout part en couille, il aurait jamais osé foutre un sample pareil avec lunatic et l'autre pète-sec et ses principes relou ; bien sur qu'à partir de Pantheon c'est plus pareil : le personnage garde le flow neuneu à zéro degré de variation mais s'émancipe de son créneau "rap sérieux et réaliste pour racailles assumées", pour faire un truc totalement personnel en posant sur tous styles d'instrus qui peuvent fesser les enceintes, s'enfoncer dans une espèce de dimension parallèle du mauvais goût bling bling et de la mythomanie bouffonesque, du fétichisme de la punchline jusqu'à l'absurde, et c'est ça qu'est bon (suite de la discu par mp, ça fait déjà pas mal de hors-sujet)

Note donnée au disque :       
nowyouknow › vendredi 26 août 2011 - 22:59  message privé !

mmm... lunatic c'est plus que du mobb deep cheapos lol. y'a pas eu mieux que mauvais oeil en rap francais à part peut être les albums d'ideal j et l'école d'iam. dès "le crime paie" c'était au dessus. Les beats défoncent (largement au dessus du reste de la carrière de booba), alliés aux flows carrés et sobres ca donne une putain d'ambiance et le gros point fort c'est les textes. C'est simple temps mort/mauvais oeil tout le monde connait chaque couplet par coeur, chaque phrase reste imprégnée dans ton crane. Réecoute ses couplets sur "les vrais savent ", "le silence n'est pas un oubli", "avertisseurs" "ma définition" etc.. et enchaine avec "tallac"... A partir de panthéon c'est carrément plus pareil.. y'a toujours quelques bonnes phases mais c'est creux, après le discours reste le même mais la forme en prend un coup. je sais pas si ca veut pas dire grand chose mais le mec avait eu un papier dans la nouvelle revue francaise à l'époque^^

Note donnée au disque :