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Sigillum S › Bedscanner Philosophy: An Updated Boudoir Mode

cd • 9 titres

  • 1Bios 6:27
  • 2Unterbewust 8:07
  • 3Boudoir Philosophy 7:11
  • 4Transcendence Of Desire Symbols 4:49
  • 5Justine, Juliette 4:44
  • 6Pleasure Catalysis Of Random Nature 9:20
  • 7Oltre 3:59
  • 8Perpetual Redefinition 7:27
  • 9Thanatos 5:50

line up

Alessandra Del Fanti, Eraldo Bernocchi, Luca Di Giorgio, Paolo Bandera

remarques

Il s'agit d'un réenregistrement complet du LP 'Boudoir Philosophy' sorti à l'origine en 1988

chronique

Styles
indus
noise
Styles personnels
psychotrope rouge

(La chronique va de pair avec celle de "Hallucinated Moisture of Synaptic Slaughterhouse") Comme pour tous les autres, cela avait commencé par un petit prospectus glissé entre deux factures dans le courrier. “Recherchons volontaires pour tests médicaux. Rémunération importante”. Volontaires ! Alors qu'ils semblaient n'avoir glissé leurs mysérieuses invitations que dans les quelques bâtiments sociaux du quartier. Ils savaient qu'ils s'adressaient aux bonnes personnes : les chômeurs auraient de quoi payer leurs bouteilles, les mères de famille pourraient enfin nourrir leurs gosses et les épaves y verraient un autre moyen de se fournir en came et en sensations fortes sans passer par le marchandage du lambeau usé qui leur sert de corps. C'est du moins ce qu'il me semblait en observant la faune qui remplissait la salle d'attente : poivrots, minables, cocaïnomanes ; et moi-même je ne devais pas détonner de trop dans ce parterre de larves ayant un jour prétendu appartenir à l'espèce humaine. Ceci étant, même sans dignité nous avions au moins un corps et une vie : et c'est là tout ce que réclamait le laboratoire. Laboratoire de quoi, d'ailleurs ? Médical, expérimental ? Une commande privée ? “Etudes comportementales”, m'a-t-on répondu au comptoir sur un ton évasif et désintéressé. J'ai signé la décharge : après tout, j'avais trop besoin d'argent. On nous a alors séparé par groupes de quatre ; sur le coup, je ne saisissais pas bien leur sélection : ni par sexe, ni par âge, ni par addiction ou couleur de peau. Après nous avoir fait nous déshabiller et nous avoir soigneusement lavés ; on nous fit enfin pénétrer dans l'antichambre où l'on devait recevoir les premières instructions. Au lieu d'instructions, ce sont quatre petites gélules rouges que nous trouvâmes, méticuleusement posées sur un comptoir blanc : une chacun. Je repensais aux gouttes de sang dans la neige de Giono et me motivais à avaler celle qui m'était destinée en voyant les trois autres faire de même. Leur corps nus et lâches m'apparaissaient soudainement si laids et obscènes dans cet univers de blancheur immaculée : celui d'une femme d'âge certain ayant manifestement fait plus d'un trottoir était si pendant qu'on aurait pu croire qu'elle y faisait sécher son linge ; horrifié, j'ai préféré me concentrer sur le chemin plutôt que m'attarder sur les deux autres cobayes. Le chemin ? Un long couloir blanc et vide, probablement étions-nous observés mais qui s'en souciait alors ? La porte paraissait pourtant de plus en plus loin et ce n'est qu'en projetant mon bras violemment en avant que je pus ouvrir le passage pour mes compagnons d'infortune. Le choc fut intense. Une lumière extrêmement violente calcina immédiatement nos pupilles ; à mois qu'il ne s'agisse d'un effet secondaire de la gélule ; allez savoir. D'autres choses vinrent. Des cris d'enfants, des objets brillants. Tout brillait. Le blanc était chaleur, illumination et aveuglement jusqu'à engloutir toute réalité. Des gens vêtus de blanc apparurent. Ils se torsadaient en tout sens et dispersèrent rapidement notre groupe. Il semblaient cagoulés, à moins qu'il ne s'agisse de combinaisons, ou d'homme-mouches ? Peu m'importait, ils m'avaient déjà perforé. La sensation était étrange, sans douleur ; je sentais mon sang couler sans trop savoir d'où ; c'est comme si l'influx nerveux était retardé et transformé en volute gazeuse, me signalant la mutilation comme on sentirait l'odeur de la marijuana provenant du voisin de palier. Pourtant j'entendais bien qu'ils se passait quelque chose ; je sentais un instrument résonner sous mes os et mes ongles ; comme un marteau-piqueur, allez savoir. Le trouble était manifeste et mon cerveau ne recevait alors les informations qu'en cascades psychédéliques. On m'a alors violemment poussé vers la porte de la seconde antichambre. Au contact de mon omoplate, la porte s'est brutalement ouverte et c'est nu et ensanglanté que j'ai atterri sur le carrelage gelé, laissant une petite effusion de sang dessiner d'un trait la direction à suivre. Le froid, mon dieu, le froid. Le blanc était chaleur ; il devenait maintenant gelure. Devant moi, la même disposition et le même comptoir : cette fois cependant les gélules étaient vertes et au nombre de trois. Quelqu'un avait-il été plus rapide que moi ? Je me suis relevé comme je le pouvais et m'écroulais aussitôt. Ils avaient sectionné un nerf ! Une jambe ou un bras était devenu caduque ; impossible de déterminer quel membre tant le trouble devenait pressant. Pourtant, sur le coup, cela ne me semblait pas hors du commun. J'avalais la gélule verte du bout des doigts et rampais vers la salle suivante. Je fus aussitôt soulevé par des bras étrangers pour être ficelé à une surface plane. C'est comme si toutes mes mouvements étaient ralentis sur le coup mais me revenaient intensément à l'instar d'un reflux gastrique. Le temps de percevoir la pression sous mes épaules, j'étais déjà ouvert de part en part – et je sentais venir la douleur au loin. Cela formait une longue ligne rouge, une onde de choc mentale qui m'aplatissa soudainement avec la violence incendiaire d'un four crématoire. Ils bougeaient des choses en moi et chaque organe m'était montré comme un trophée ou un objet sans identité. Je n'étais après tout qu'une construction organique recouverte de peau. En tournant la tête, je pouvais voir que d'autres personnes subissaient le même sort : on leur montrait leurs propres organes comme s'ils devaient en deviner les fonctions ; on leur faisait mettre leurs mains dans leurs propre corps pour apprécier l'abyme de sang et de lymphe que représentait cette carcasse en puissance. On nous faisait goûter notre source de vie. Certains demandaient pardon à Jésus quand d'autres se voyaient à la place de Justine... Et puis, direction la salle suivante, toujours attaché à nos tables d'opération. Le voyage se faisait horizontalement, verticalement ; je vis passer une troisième gélule d'une couleur indéterminée dans mon oesophage ; je pouvais même la voir de l'intérieur tant j'étais à la frontière entre l'hallucination et l'ultra-perception. Je vis quelques autres visages masqués, des lampes, du sang ; j'entendais le bruit des machines qui se mêlaient aux grésillement des néons et aux acouphènes dans ma tête. Tout me semblait n'être qu'un long tourbillon virevoltant de carrelage, d'acier et de rouge, jusqu'à ce que j'arrive ici. Et l'on me prie de chanter moins fort. “Etudes comportementales.” L'ascensceur stoppe brutalement (quel ascensceur ?) et me voici seul. Je compte les carreaux au plafond, un, deux, trois**quelque chose traverse la tête**, deux, trois, quatre, **blancblanclavacheboitdel'eau**, trois, deux, quatre, sept, huit, cinq, quatre. Pas seul dans la pièce, oh non. On a détaché l'autre finaliste aussi. On a refermé vite fait nos ventres avec les sangles des lits. Deux sacs de viande, encore debouts. Et un seul crochet au mur. Se battre pour être le premier, le meilleur. Pour être sur le crucifix, sur le crochet du boucher. Devenir, ne serait-ce qu'un instant, la plus belle pièce du stock. Et regarder le monde dix centimètres plus haut que tous les autres. J'ai enfin compris ! Les groupes, le sens, oui, sens, sans, sang, sangsuel, insang-sé, assang-sion, toujours plus haut ! Je gagnerai la course ! J'ai coincé un membre dans sa cage thoracique rafistolée. Je pousse, je tire, je vrille. Rougerougerougerouge. Que de bruit dans cette petite salle... il faut que je me ressaisisse, ma vision diminue... le crochet qui pend et qui m'attend.... Je m'agrippe, je le coince dans ma colonne et m'y installe. Pour devenir le chef d'oeuvre de Francis Bacon. Je suis une peinture religieuse. Je suis un autel, un piédestal. Le boucher sera fier de moi ; et demain, il fera beau.

note       Publiée le jeudi 22 octobre 2009

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Wotzenknecht › vendredi 18 février 2011 - 07:12  message privé !
avatar

corrigé, merci. c'est le risque de la chronique embrumée ; ca vaut toujours mieux que "ca fait du bruit et ya des bruits de métal réverbérés", non ? Par contre c'est pas mal différent de 23/20. Je te conseille d'écouter le mini Terror Auto-Obstetrics, c'est assez proche de Bedscanner, ca te donnera une meilleure idée.

Note donnée au disque :       
PorMos › jeudi 17 février 2011 - 22:24  message privé !

Chroniqueur agréable à lire, en particulier sous l'effet de ce psychotrope rouge, mais avec une déconvenue à «J'avala la gélule verte du bout des doigts et rampa vers la salle suivante» :s (n'a pas l'air intentionnel). Cependant on a du mal à cerner le contenu sonore avec ce genre d'évocation (mais quand la tâche est insurmontable), quand on connaît pas. PS: je m'intéresse à Sigillum S depuis l'écoute de quelques titres de 23/20 sur la page en maïspax.

taliesin › jeudi 22 octobre 2009 - 21:31  message privé !

Tiens, l'occasion pour moi de le dépoussiérer pour une écoute... C'est c*n à dire, mais je ne me souviens plus trop de ce que je pensais de ce disque à l'époque. J'y vais et je vous dis quoi ;-)

Solvant › jeudi 22 octobre 2009 - 20:19  message privé !

Un disque comme une maladie à bubons dégueux.

Note donnée au disque :       
born to gulo › jeudi 22 octobre 2009 - 18:50  message privé !

justine, juliette ... brrrr

Note donnée au disque :