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Filter › Short Bus

  • 1995 - Reprise, 9362-45864-2 (1 cd)

cd | 11 titres | 45:54 min

  • 1 Hey Man Nice Shot [5:14]
  • 2 Dose [3:54]
  • 3 Under [4:18]
  • 4 Spent [4:38]
  • 5 Take Another [4:23]
  • 6 Stuck In Here [3:35]
  • 7 It's Over [3:37]
  • 8 Gerbil [3:21]
  • 9 White Like That [4:18]
  • 10 Consider This [4:18]
  • 11 So Cool [4:27]

enregistrement

On location (Los Angeles), Cleveland, Rocky River, Canton

line up

Richard Patrick (chant, guitares, basse, percussions, production), Brian Liesegang (guitares, claviers, percussions, production)

remarques

Une rumeur a couru pendant un temps, selon laquelle "Hey Man Nice Shot" serait un clin d'oeil à la mort Kurt Cobain. Ce titre fait en réalité référence au suicide de l'homme politique R. Budd Dwyer, accusé de corruption, qui, le 22 janvier 1987, la veille de son procès, a lu un speech clamant son innocence avant de sortir un 357 magnum pour se tirer une balle dans la tête, en plein direct télévisé. (Pour l'anecdote, la pochette d'une édition du premier disque de Neurosis, Pain of Mind, reprend un cliché de cette séquence)

chronique

Les années 90, foutre dieu, c’était hier… ça fout quand même bien les boules d’y penser, mais ceux de ma génération auront au moins eu la chance de connaître cette formidable décennie. Ces derniers temps j’y repense sans arrêt, et figurez-vous que j’en ai un peu la larme à l’œil (là ça va, merci) et en faisant un album photo dans ma tête de toutes ces pochettes, Dirt, Filth Pig ou Troublegum, je me le suis encore dit, comme on se dit souvent des banalités à soi-même : les albums cultes, y’en a eu un bon paquet. Je vous parle de ces skeuds dans lesquels on ne peut trouver un titre en trop même en cherchant bien. Et je vous parle des nineties, encore. On a eu le grunge au début, et à la fin on a eu le néo… schéma grossier, certes. Entre les deux, on a eu pas mal d’hybrides, et Filter en faisait partie. Groupe de seconde zone, NIN discount, certainement... Mais cool. Ni purement indus-rock, ni purement grunge, ni purement hardcore, déjà un peu néo sans l’être… mais 100% ricain (et ça sera de plus en plus vrai avec la suite de leur disco), Filter faisait partie de ces groupes simples et efficaces, qui ne fascinaient pas les foules mais sonnaient costaud, se contentaient de produire un rock/métal efficace, et qui comme Stabbing Westward se voyait souvent relégué en second rôle de BO pour un blockbuster quelconque. La première fois que j’ai écouté Filter je me souviens avoir pensé à un Silverchair pour hommes. Des compos sans éclat, mais un son solide, sculpté en professionnel, des refrains qui riment avec évidence. Un style sobre et compact, mais plus subtil qu’il y parait, du coup rien de bien étonnant à ne pas distinguer de hit décisif dès les premières écoutes (si ce n’est cette entrée en matière scélérate, j’y reviendrai plus bas), et d’avoir un peu l’impression d’entendre souvent le même métal bien carré limite un peu trop clean ou la même ballade fadasse. Mais c’est sans compter sur le reptilien "Hey Man Nice Shot" qui ouvre les hostilités (souvenez vous du Cable Guy avec Jim Carrey et cette scène de basketball dantesque), avec sa ligne de basse implacable, cette montée en puissance que je qualifierai d'ultra-bandante (le début me fait souvent penser à Wound ? de A.I.C., gage de qualité s’il en est), et le chant du (alors futur-)ex-NIN Richard Patrick, à la fois pissed-off et désinvolte, mi-teenager mi-adulte, une sorte de croisement entre Trent Reznor pour les cordes vocales et Keanu Reeves pour le physique, dont la voix ne m’inspire aucune de ces métaphores goûtues dont j’ai le secret, tellement sa classe n’a aucune… classe, tellement son charisme n’évoque rien d’autre qu’un trentenaire bien entretenu aux cheveux bruns courts avec un jean et un polo noir des plus banals, qui achète des Marlboro et boit du café sans sucre le matin. C’est ça qu’est bon. Pas d’esbroufe gratos ici, juste l’efficacité dans l’anonymat, la colère du quidam, la provocation opaque qui ne se regarde pas dans un miroir, les lyrics ordinaires, mais lourds de sous-entendus. C’est à mon sens un peu le même problème que parler de Fugazi : Filter n’a rien d’ouvertement vulgaire, rien d’ouvertement funky ou rock’n’roll, rien d’ouvertement tape-à-l’œil pour me donner envie de faire de la littérature. C’est un groupe à la rage contrôlée, racé, propre sur lui mais crasseux juste ce qu’il faut pour pas que ça ne devienne caricatural. La classe sans classe. Et ce Short Bus, leur meilleur disque à mon goût, est constitué d’éléments aussi simples : gros riffs chromés, percus nickel… chrome, samples assez discrets, et deux interludes semi-acoustiques au charme ambigu, des éléments qui s’imbriquent les uns dans les autres pour former un tout sans superflu. Un disque travaillé à quatre mains qui révèle ses saveurs sur le long terme, alors qu’on y voit de prime abord qu’une espèce de Downward Spiral monochrome, qu’un truc qui fera pas long feu, une musique de générique de fin pour un de ces thrillers à la Seven qu’on oublie aussi vite qu’on les a vus. Au fil des années, je me suis rendu compte à quel point cette galette est robuste, à quel point j'y revenais quand bon nombre de ces albums hyper-violents-extrêmes-malades-drogués devenaient caducs face aux ulcères. Comme la cigarette, Filter est une valeur sûre.

note       Publiée le jeudi 15 octobre 2009

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  • Sulpher › Spray
    Sulpher - Spray
    J'ai chroniqué ça pour des prunes... et c'est votre pomme que je vais tabasser.

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TribalCrow › mercredi 26 mars 2014 - 20:33  message privé !

J'aime bien la comparaison Keanu Reeves version Johnny Mnemonic, il y a de ça : la classe pas classe mais non dénuée d'efficacité. Carré mais avec ce qu'il faut de souffre et de charbon. FILTER pioche dans des styles lourds 90's (Rock Indus principalement, un peu grungy, un peu noiseux). Du NIN en Rock alternatif, ce 1er titre est une tuerie avec sa montée en puissance au synthé avant son refrain explosif et percutant, suivies des gros larsens de "Dose" et du pilonnage martial d'"Under". La suite est bien faite aussi, avec des gros riffs qui font leurs offices, dommage qu'on subit quelques baisses de régimes comme la ballade "Stuck In Here" (En plus, "So Cool" reprend la même chose mais en de meilleur façon !). Bref, un bon album de gros son ricain 90's bien carré mais avec un petit truc en plus.

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Seijitsu › mercredi 1 janvier 2014 - 14:02  message privé !

Pas mal du tout ce truc. J'étais passé à côté alors que les années 1990, c'est un peu mon dada. Ça sonne un peu rock FM (les ballades sont de la vraie guimauve), mais il y a des morceaux tout simplement excellents (Hey Man Nice Shot, It's Over...).

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julius_manes › mardi 4 janvier 2011 - 05:05  message privé !

A part l'énormissime "Hey man nice shot", le reste est assez moyen...

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Damodafoca › dimanche 18 octobre 2009 - 13:12  message privé !

Pour le second album tu avais la mauvaise surprise, lorsque tu enlevais le disque, d'avoir une photo très boyzone (RIP) des gaziers dans un canapé, de cuir noir vêtus. Ok pour Keanu mais est-ce que lui aussi, c'est son frêre??

Raven › dimanche 18 octobre 2009 - 13:10  message privé !
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moui pour la réf discrète, je pensais plus à Johnny Mnemonic en fait... pour Richard Patrick ça dépend des périodes, comme le signalait tom, en 95 il avait plus un look geek à double foyers que Keanu, mais moi je garderai toujours en tete cette interview blind test (pour d side ou elegy jsais plus, à l'occasion de la sortie d'amalgamut) dans laquelle il posait façon Neo avec le grand manteau noir et la coupe de veuch idem (et se fendait au passage de moqueries sur le physique des mecs de Das Ich)

Note donnée au disque :