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Noir Désir › Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)

cd | 11 titres | 36:32 min

  • 1 À l'arrière des taxis [3:10]
  • 2 Aux sombres héros de l'amer [2:58]
  • 3 Le Fleuve [3:48]
  • 4 What I Need [3:23]
  • 5 Apprends à dormir [3:01]
  • 6 Sweet Mary [2:01]
  • 7 La Chaleur [3:39]
  • 8 Les Écorchés [4:09]
  • 9 Joey I [3:00]
  • 10 Joey II [2:25]
  • 11 The Wound [4:36]

enregistrement

production de Ian Broudie

line up

Bertrand Cantat (chant, guitare), Serge Teyssot-gay (guitare), Frédéric Vidalenc (basse), Denis Barthe (batterie)

chronique

Culte ! Combien sommes-nous ici à avoir pris notre pied sur cet album ? Sur ce premier album de jeunes coyotes, Noir Dez, comme il est devenu de coutume de les nommer, avaient atteint leur absolu. Tout bien réfléchi, il s’agit peut être un des premiers disques goth que j’ai dû entendre, avec les Sisters et les Fields, et je mettrais ça dans le même panier sans une once d’hésitation même si on parle plus souvent du Gun Club. Cantat n’a jamais été plus intense qu’ici, le groupe semble avoir été tout entier touché par la grâce sur cette suite de titres flamboyants, charnels, sincères. Les chansons sont toutes sublimes, élancées, tout en cordes, tout en voix, avec ces échos de Western qui enivrent, ces harmonicas qui scintillent comme l’or. Les paroles, imprégnées de la littérature la plus joyeuse si chère à Bertrand (Lautréamont et plus encore), sont pleines de sèves, riches en images délétères, même cette poésie tape-à-l’œil qui cite avec l'entrain de la jeunesse des lectures encore fraîches sonne pourtant si vraie qu'elle parle directement au cœur; bref, on y croit et pas qu'un peu. En comparaison avec bon nombre de groupes de rock (chantant) français Noir Désir sonnait toujours sublime et dans les cimes, jamais on avait l’impression d’entendre un groupe qui calquait maladroitement du frenchie sur une musique qui ne l’est pas par essence, quand d’autres sonnaient comme de pâles ersatz, eux mariaient deux éléments qui se repoussent a priori à la perfection. Magie de l’alchimie… Et puis, la ferveur qu’inspire ce chant, là, est rare. Hurlement de banshee, putain d'aura aveuglante genre apache halluciné. Difficile de résister à cette voix qui caresse autant qu’elle blesse. Le chant illuminé du Jeffrey Lee Pierce de nos terres prend à la gorge, noue les tripes. Nous sommes en 89, ce jeune con est bordelais mais on croirait qu’il a toujours vécu sur les terres indiennes, que ce sang lui coule dans les veines, qu’il est né au mauvais endroit. Quand on a comparé son charisme à celui de Morrison, a-t-on exagéré ? Il n’était pas encore sur-médiatisé, et on parlait alors plus de sa voix que de sa main. Mais ce n’est pas le seul truc un peu triste avec Noir Désir et l’image qu’en ont les gens. On a trop parlé de ce groupe sans en parler vraiment. Eux-mêmes se sont essayés à plusieurs trucs selon les amours du moment (post hardcore et vague grunge entre autres) et sans avoir un seul mauvais album à leur actif en franchissant les années 90 et en passant de post-punk goth à post-hardcore par le granuleux du rock alternatif plus abstrait à la Fugazi de façon très naturelle sur le très organique et ferrugineux Tostaky, ils ont quand même perdu à mon sens un peu de cette âme qu'on a ici et qu'il ne retrouveront jamais sous une forme aussi incandescente. Sur cet album comme sur le mini qui lui sert de prélude et encore davantage, tout coulait alors naturellement, sensuellement voire sexuellement, même si les références n'avaient peut-être pas l'étoffe qu'elles auront plus tard... c'est ce qui fait la "pureté" de cet album par rapport aux autres, son éternelle fraîcheur : sa naïveté comme son ardeur, sa jeunesse brûlante et sacrée. Et puis on a quelque part un peu oublié ce qu’ils étaient, à la base, du moins dans les années 80 : un groupe gothique. Un grand groupe de rock gothique. Le nom est d'ailleurs assez explicite (et le traduire en anglais lui ôte immédiatement toute sa classe, vous avez remarqué ?). Sur cet album les titres s’enchaînent, se déchaînent : "Les Écorchés" fait taper du pied, "Le Fleuve" quant à lui tangue au rythme d’une sérénité morbide dans un panoramique à la Leone, "La Chaleur" jaillit, comme le sang, comme la vie, lumineuse, aveuglante, dans l’extase du sexe, de la vitesse cathartique : Cantat est possédé, sa voix vole, libre, puis à bout de souffle, se brise sur les cordes lancées comme des chevaux fous… et puis il tombe, épuisé. Écoutez ces paroles... vous frissonnez. Les tubes (devenus tubes autant parce qu’ils accrochent l’oreille que parce qu’ils furent mal interprétés) que sont "À l’arrière des taxis" ou "Aux sombres héros de l’amer" ne sont pas devenus des scies comme "L’homme pressé" malgré leur utilisation abusive en soirée, parce qu’ils sont du même bois qu'un "Preacher Man", parce que les refrains ne parlent pas encore la philo de comptoir et se contentent de flamber, parce que c’est du grandiose ! Les morceaux en anglais (un peu le défaut de l’album à mon goût de ne pas avoir que des titres dans la langue de Charles - mais tout de même superbes, avec ce "Sweet Mary" piano-voix désarmant) achèvent cette œuvre de jeunesse qui reste leur plus aboutie – phrase que j’ai eu du mal à trouver je l’avoue. Un disque de rock fiévreux, de fugue, qui rêve d’autres terres que les siennes, d’autres horizons, qui hurle au vent, crie sa soif de liberté, comme dans les plus beaux road movies... avec un arrière-goût désabusé. Un pur-sang fougueux qui t’invite à chevaucher les plaines avec lui, seul ou accompagné, sachant comme Louise et Thelma que l'issue sera la mort et rien d'autre. Aurais-tu l’audace de refuser ? En ce qui me concerne, leur seul album absolument indispensable s'il devait y en avoir un seul, car celui auquel je suis sentimentalement attaché. Putain, quand même, sans chauvinisme (de toute façon cette chro est assez tirée par les cheveux), Bordeaux et plus globalement la France étaient alors un vivier de groupes, mais combien d'entre eux ont eu ce don pour singer des formations d'outre-atlantique et outre-manche tout en ayant plus que ça, beaucoup plus ? Vous avez assez de doigts. Et moi, pas assez d'écoutes au compteur pour m'en lasser.

note       Publiée le mercredi 14 octobre 2009

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novy_9 › mercredi 26 février 2014 - 18:59  message privé !

je donne six boules au premier et cinq à celui là ! les deux que je possède et que j'écoute, le reste de Noir Désir ne m'intéresse plus ... vu deux fois en concert à l'époque de Tostaky à l'olympia et à Pontoise ou il y avait le fils a zappa en permière partie qui m'a bien gonflé :)

Note donnée au disque :       
zugal21 › mercredi 26 février 2014 - 18:54  message privé !

Forcément cinq boules au minimum. A l'époque je snobais le français, sinon, et celui-là je l'ai retenu aussi parce que les paroles étaient bonnes.

Note donnée au disque :       
varg › jeudi 2 février 2012 - 21:53  message privé !

pas mieux.

varg › vendredi 11 mars 2011 - 21:03  message privé !

je me réécoute le fleuve, depuis tout à l'heure en boucle, comme happé dans une boucle perpétuelle, rien à faire, je m'enfonce, les eaux montent, c'était les chevilles, pas d'inquiétude, puis les genoux maintenant la taille. mais il y a là-bas cette fille qui enfle son souffle et ses jupes ouvertes comme des corolles en suspens, et plus elle danse, plus elle flambe, plus il l'aime, lui, comme il sent. la vida no vale nada

Spacetramp › samedi 9 janvier 2010 - 19:07  message privé !

Probablement mon préféré de Noir Dez, Après Des Visages et Tostaky. Rien à jeter là dedans, et je trouve Joey II beau à pleurer, vraiment un super album. Et belle chronique au passage.