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Trisomie 21 › The first songs - Vol.I / Vol.II

cd • 13 titres

  • 1See the devil in me
  • 2Relapse
  • 3Djakarta
  • 4Moving by you
  • 5Is anybody home ? (part 1)
  • 6La fête triste
  • 7No way
  • 8Love for a life
  • 9Il se noie
  • 10There's something strange tonight
  • 11Logical animals
  • 12Coming from darkness
  • 13Breaking down

line up

Philippe Lomprez (chant, percussions), Hervé Lomprez (guitare, électronique, synthés), Laurent Dagnicourt (basse)

remarques

Les titres 1 à 8 sont tirés de l'album 'Passions divisées'; les titres 9 à 13 du mini 'Le Repos des enfants heureux'
LD est une division de Play It Again Sam

chronique

Il était temps d'en parler; crée en 1980 par les frères Lomprez, Trisomie 21 est en effet l'une des figures marquantes de la cold wave française. Héritiers de Kraftwerk et Joy Division, le groupe développe une musique principalement synthétique, profondément mélancolique et personnelle, un peu à l'image de leur patronyme choisi pour exprimer une sensibilité différente. Ce cd groupe leurs deux premiers enregistrements et inclut beaucoup des meilleurs morceaux (souvent les plus connus également). Bien que sorti en deuxième, 'Passions divisées' est le premier opus enregistré (1981 pour être plus précis) et il pose les base du son de Trisomie 21, une musique rythmée sans être réellement dansante, triste, sans dédaigner un brin d'expérimentation dans le traitement des claviers ('Moving by you') ou du chant ('Is anybody home'). Des chansons telles que 'See the devil in me', 'No way' ou 'Relapse' portent les stigmates d'une excellente cold wave, tandis que la fausse valse instrumentale 'La fête triste' dégage une atmosphère funèbre qu'on retrouve en moins synthétique chez les Cure époque 'Faith'. Second disque, 'Le repos des enfants heureux' débute par l'un des titres phare, 'Il se noie', étrange valse synthétique avec chant quasiment aquatique, avant d'enchaîner sur des climats plus inspirés post punk sans jamais perdre la touche électronique. C'est l'une des qualités de Trisomie 21, cette habileté à faire le grand écart entre plusieurs genres sans vraiment pouvoir être classé entièrement dans chacun d'entre eux. Certes les sons des boîtes ont un brin vieilli mais globalement, les structures frappent toujours par leur audace: même les morceaux les plus accessibles n'ont rien de chansons classiques avec couplet/refrain, d'autant que la durée navigue volontiers à plus de cinq minutes, évitant ainsi tout calibrage radio. Pour qui souhaite découvrir l'univers des frères Lomprez, ce cd constitue la meilleure des cartes de visite.

note       Publiée le mardi 13 octobre 2009

chronique

Sinistre recueil. Sinistre entité. Sublimes visions, que je garde près du coeur. Ces chansons me serrent la gorge, ce groupe me fout les boules. Je ne me suis jamais détaché de T21, et je rends grâce à celui (un goth des années 80, comme ce bon vieux Twilight) qui m’a fait découvrir cette créature aussi fascinante qu’insignifiante en même temps que Norma Loy, autre groupe étrange de chez nous qui sévit un peu plus tard dans des mondes parallèles. Je lui rend hommage par cette chronique, et espère que d’autres tomberont sous le charme de cette musique lugubre. Lugubre, ai-je dit ? Ai-je donc prononcé ce mot galvaudé, en serai-je donc déjà au racolage, ne puis-je éviter cela même à ce groupe que je place au dessus de presque tout ? Lugubre ! Lugubres visions d’une décennie placée sous le signe du synthétique. Lugubres sentiments. Nocturnes émotions. Le gris est une couleur vive… Le malaise est omniprésent, tutoie-le, prend-le comme écharpe. Admets que la solitude est un édredon confortable et que cette musique l’embellit de la plus belle des façons. Cette naïveté-là est un sourire, tordu, pas beau, pas rassurant, on a pas envie de lui répondre à ce sourire, parce qu’il est moche et qu’il nous effraie. C’est celui d’un gosse que ses camarades d’école traitent comme un animal, et qui mange des fourmis en cachette derrière les thuyas. Ici, la cold wave est comme un manteau transpercé par les étoiles, et les étoiles sont des bonnes amies pour le solitaire. La peur du monde extérieur s’infiltre dans les pores, le moindre cil. Autisme ou paranoïa ? Le décor n’est pas beau, mais envoûtant. Envoûtant est aussi un mot galvaudé, mais pavillon n’en est pas un. C’est un pavillon délabré, paumé près d’une gare désaffectée, c’est une nuit magnétique dans un paysage à la Buffet Froid, ou une ville du Nord aux abords de zones industrielles dans lesquelles serpentent des créatures pathétiques, bercées par le rythme de synthétiseurs bon marché. La musique est comme cet enfant au sourire tordu auquel on veut offrir des bonbons mais qu’on invite pas à venir dans sa voiture parce que c’est lui le prédateur. Les rôles inversés, la réalité anamorphosée. Des notes synthétiques, en veux-tu en voilà, maladroites, délicates, chétives, pesantes. Maladroites oui, et comme ces bricolages, rachitiques, faciles, oh si faciles que l’on pourrait les croire sorties de sa propre chambre, de ses propres souvenirs de môme, de ces cauchemars les plus enivrants… des notes-jouets pour ces rêves d’une new wave blafarde. Des somnambules sublimes, scaphandriers à la carapace molle qui explorent les puits profonds à la recherche de dieu sait quoi. Ils se noient… Un chant défiguré par les effets, malhabile, quand il n’est pas nu, dans la langue de Baudelaire, si laid, si ridicule à la lumière faible des veilleuses, mais si dérangeant. Une mini messe pour âmes amputées par ici. Une incantation à la Lune par-là. Une ritournelle chimique technoïde à la Liaisons dangereuses, à côté. Un tube de Jean Michel Jarre en direct du cellier, là juste là, pourri par les polypes, les bonbons de la chair. Des échos de terres étrangères, plus loin, des cordes veloutées, des rythmes qui claquent sèchement, des nappes de claviers gorgées d’émotion… Mourir sous un réverbère. Et en guise de terminus, un morceau qu’on croirait sorti de Seventeen Seconds, sans doute enregistré au fond d’un de ces puits dont je parlais plus haut (pas loin d’une forêt, sans doute), ou d’un tunnel comme celui qu’on voit au début d’Orange mécanique, au milieu de ces créatures de cirque étranges comme on peut en trouver dans Cristal qui Songe. L’hiver, la forêt, la nuit, Trois mots simples comme tout auxquels il devient impossible de ne pas penser. Cafardeux est un adjectif bien galvaudé lui aussi, sans parler de mélancolique... T21 est cold wave difforme, aussi naïve et létale que peut l’être cette musique quand elle se laisse aller à ses dérives. Laissez moi vous mentir de la sorte puisque je dis la vérité. Ce groupe avait alors un son à lui, aussi confortable que malsain, et une signature reconnaissable entre mille. Ce qui nous est offert ici, arraché des entrailles de l’underground le plus profond du rock français, est à peu près aussi chaleureux et rassurant que du Joy Division de la grande époque, et aussi singulier que peuvent l’être les œuvres les plus secrètes de cette période révolue. Culte, pour faire simple. Un recueil – leur plus essentiel à mes yeux d’enfant - qui vous attend, sagement, presque invisible depuis toutes ces années, quelque part... Dans le noir. Et dans le froid.

note       Publiée le mercredi 14 octobre 2009

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PechMayneau › mercredi 3 juin 2015 - 22:35  message privé !

Passions divisées et le Repos des enfants heureux commence la carrière d'un groupe énorme ! Après ils feront encore aussi bien avec Chapter IV - Le Je-Ne-Sais-Quoi Et Le Presque Rien c'est dire que ce groupe est fantastiquement bon !

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allobroge › mercredi 1 octobre 2014 - 03:19  message privé !

La version remixée de "Chapter 4" était une abomination exemplaire ( tout était pire que les versions originales ) et je m'étais fais un plaisir de faire du freezebee avec le LP de 87.

Note donnée au disque :       
novy_9 › mercredi 19 février 2014 - 13:12  message privé !

j'ai la version normale de 1986, en fait tous les morceaux ne sont pas mixés de la même façon que sur la version remixed où ils ont été totalement ré-enregistrés ou remixés, comme "the last song" c'est la version qui est parrue plus tard sur une des compilations "Songs By T21", le synthé est complètement en avant. La version cd propose aussi le maxi "Wait & Dance" remixé !

Note donnée au disque :       
dariev stands › mercredi 19 février 2014 - 13:07  message privé !
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Dans mon souvenir celle-ci était super dépressive (ça vous avance pas hein ?). Je te l'avais refourgué, déjà, Raven ? (me souviens plus... )

Horn Abboth › mercredi 19 février 2014 - 13:03  message privé !

Pour ma part j'ai le Chapter IV Remix en LP, sorti en 87. Est-ce que quelqu'un sait ce qui change par rapport à la version sortie en 86 ?

Note donnée au disque :