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Milford Graves Percussion Ensemble › With Sunny Morgan

  • 1965 - ESP, ESP1015 (1 vinyle)
  • 2003 - ESP, ESP1015 (1 cd)

cd | 5 titres | 27:54 min

  • 1 Nothing 5-7 [2:37]
  • 2 Nothing 11-10 [6:30]
  • 3 Nothing 19 [7:36]
  • 4 Nothing 13 [5:18]
  • 5 Nothing [11:55]

enregistrement

Juillet 1965. Ingénieur du son : Richard L.ANDERSON

line up

Milford Graves (percussion, cloches, gongs, shakers), Sunny Morgan (percussion et cloches)

chronique

Styles
black music
avant garde
free jazz
world music
Styles personnels
thao respiratoire>polymétrie

D’emblée, cette présence du son. Nette, indéniable, matérielle. Le grain des fûts de bois aux corps des percussions ; les fibres animales à la surface des peaux, l’exactitude des tensions réglées ; le poids, l’inertie des métaux, leurs densités palpables et contrastées. Comme si les coups de paumes, de maillets, de baguettes, les grattements, les frottements à la surface, nous parvenaient au cœur même des solides vibrés. De l’intérieur des objets mis en branle : toms, caisses, calebasses, coupes inversées des cloches. Question de placement des micros, parti pris de ne rien amortir, de ne rien égaliser... Milford Graves, herboriste, acuponcteur, capteur attentif de timbres, battements, vélocités et amplitudes. Sa pratique -plus que de l’Art, des esthétiques, de la culture et de ses œuvres, de la musique en domaine isolé- tient du cérémoniel, du rite de guérison, de purification. La durée des sons, leurs textures, trames, consistances, épaisseurs, comptent autant -pour le moins- que les valeurs d’accents rythmiques, la syncope ou la métrique. Ou plus précisément, ils ne diffèrent en rien. Le Percussion Ensemble, ce ne sont pas que deux hommes. C’est un dispositif, avec ses officiants. Il s’agit là d’emplir l’espace, d’en dénouer les flux, de lui rendre -ainsi, aussi, de l’écoutant- ses qualités de conduction, de résonance juste. Régler les débits, les vitesses faussées, frapper aux agrégats pour en libérer, en inverser la charge parasite. L’attention, de fait, s’en trouve immédiatement captée, captivée, saisie même. Jetée vive aux remous. Pas de tempo qu’elle puisse marquer. Pas de figure tenue, répétée, développée. Des roulements précis, certes, mais en brèves séquences, en élans emballés, alentis, renversés avant qu’on les empoigne ; des fréquences consonantes, des appels et réponses. Rien qu’on puisse nommer. Rien qu’on puisse compter. Pourtant ce flot n’est pas chaos. La sûreté du geste, en ce ballet d’intensités, frappe cette part de l’entendement qui prend de cours, lorsqu’il le faut, langage, symboles, notations. Sans la voir, on perçoit la course des mains qui s’emparent, en toute célérité, d’objets remplis de graines, de sables ; les secouent un instant, les lâchent pour voler à un autre instrument. On se surprend, bientôt, à guetter aux coups suspendus le souffle audible des tambourinaires. On apprend à entendre, en ces respirations, les jeux et trajectoires des mouvements qu’elles amorcent. La perception s’affine aux coups de tambour-basse, aux reflux des gongs et cymbales. Les alvéoles se dilatent. De plus en plus clairement, on distingue des longueurs, des teintes, des accords et complexes d’harmoniques. La richesse des lignes, courbes, montées et arcs décroissants, s’articule autour de ces Riens qui seuls, ici , font office de titres ; des Riens distincts, on l’aura remarqué, mystérieusement chiffrés ; des Riens qui sont noyaux... Lorsque regagne le silence, la substance en est changée. On perçoit ses détails, ses phases et ses distances. On sait mieux la ruse de ses noms trompeurs. Le temps s’écoule et bruit. Son courant nous traverse. Sa course nous irrigue. Nous savons qu'elle dissout et disperse nos sels.

note       Publiée le samedi 19 septembre 2009

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Dioneo › lundi 30 août 2010 - 13:30  message privé !
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Oui, le gong fait signal, ici, balise, seuil à l'entrée puis vers le dehors !

Ce que je veux dire, c'est que pour l'auditeur habitué à un free-jazz plus dense, plus 'saturé', la perception est d'abord un peu déroutée, n'y trouvant pas forcément les dérapages qu'elle y attendrait, à quoi s'accrocher... Que par ailleurs, pour qui n'aurait jamais quitté les sentiers de la mélodie, de l'harmonie, du rythme tout de suite identifié, cette musique peut sembler 'sans repères', facilement, aux premières écoutes.

Après oui, en effet, on peut très vite s'y surprendre en familiarité !

Et quelque chose intrigue d'emblée, c'est vrai, qui fait qu'on y revient très vite.

Sans forcément savoir pour quoi.

chelonian dundee › vendredi 14 mai 2010 - 02:41  message privé !

il y a le gong qui réintrduit l'auditeur dans quelque chose de "normal",ce qui est drole comme procédé vue la connotation du reste.un peu comme un tympan mis en abîme,du coup des" deux côtes"tout le monde s'y rerouve et y résone.ce n'est pas si ésotérique ça.ou alors en pente douce

Note donnée au disque :       
Dioneo › dimanche 20 septembre 2009 - 03:14  message privé !
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Foutraque je ne dirais pas ça, non. C'est pas du tout excessivement bruyant, pas grinçant, ça ne joue pas -comme pas mal de trucs free de l'époque- sur la panique, le renversement, l'explosion.

C'est clair qu'au début on ne comprend rien, on ne trouve pas à quoi s'accrocher. Mais on sent aussi, tout de suite, qu'il n'y a pas volonté d'agresser. Raison sans doute pour laquelle on y revient. C'est intrigant, cette approche, vraiment inhabituel.

Je dis pas qu'on y entre forcément à la première écoute, ceci-dit...

merci pour le fusil... › dimanche 20 septembre 2009 - 01:23  message privé !

comme souvent, alléchante chronique ! Est ce que l'aspect "foutraque" du free jazz est prédominant ?

Reflection › samedi 19 septembre 2009 - 23:34  message privé !

Bon, on va voir.