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Cluster › Cluster II

cd | 6 titres | 45 :53 min

  • face A
  • 1 plas [ 6:16]
  • 2 im suden [ 12:50]
  • 3 fur die katz' [ 3:05]
  • face B
  • 4 live in der fabrik [14:41]
  • 5 georgel [ 5:37]
  • 6 nabitte [ 2:40]

enregistrement

Janvier 1972 - Production et ingé-son : Conny Plank

line up

Hans-joachim Rœdelius (guitares, claviers, électronique, percussions & FX), Dieter Moebius (guitares, claviers, électronique, percussions & FX)

chronique

1972, une faste année pour le Krautrock, peut-être la meilleure… l’année où le terme sera inventé dans les colonnes du Melody Maker, pour tout dire. Tout ce qui est sorti cette année semble bénéficier d’une bonne aura, et peut-être aussi – il faut le dire – d’une exposition un peu disproportionnée, surtout vis-à-vis des dizaines de groupes restés dans l’ombre. C’est peut-être bien le cas de ce Cluster II, extrêmement difficile d’accès, quoique très agréable en simple tapis sonore. Percer la surface, épaisse comme une calotte glaciaire, nécessite beaucoup plus de patience. Grâce à son exposition via le label Philips et au statut culte de ce Cluster 2 (lui-même probablement dû à leur virage motorik de l’album suivant), le duo inspirera les révolutionnaires de la fin des années 70 comme Suicide et Nurse With Wound… Plus tard, ils influenceront Coil, The Orb, Oval, Robert Rich et on en passe… Pour l’heure, ils continuent dans la droite lignée du premier Cluster, toujours sans rythmes, rien que des pulsations sourdes et imperceptibles, et sans la moindre once d’accroche harmonique. C’est quelque part la musique la plus neutre au monde, fusion impossible entre les machines et le son le plus primitif qui soit, évoquant une tribu australopithèque dans une grotte (le troublant Nabitte). C’est la première fois que le groupe donne des titres à ses morceaux, bien que rudimentaires - encore un signe de rupture avec la période Kluster - qui atteignent d’ailleurs des formats plus humains… à l’exception notable des deux pièces centrales, qui sonnent désespérément improvisées. Im Süden est un formidable désert sonore, une traversée martienne où trois motifs s’entremêlent à l’infini, changeant sans cesse de position dans l’espace : 4 notes de guitare orientalisantes, une respiration machinique, et enfin un arpège de guitare cosmique à la Manuel Göttsching. Le beaucoup plus difficile Live in der fabrik pourrait être une référence aux conditions d’enregistrement d’Electronic Meditation de TD, mais la Fabrik est tout simplement une salle de concert de Hambourg. Cluster était parmi les tous premiers artistes à monter sur scène seulement pourvus d’instruments électroniques (ce n’était le cas d’aucun de leur contemporains allemands de l’époque, ni des Silver Apples et de leur batteur). Ce qu’ils ont fait ce soir-là ressemble à un intro sci-fi de Pink Floyd étirée à l’infini, une longue traînée stellaire dont la torsion sous tous les angles laisserait entrevoir les reflets multiples : indus, noise, voire musiques asiatiques, avec cet étrange motif de percussion amer… Un titre quasi impossible à appréhender, même après des dizaines, voire centaines d’écoutes… Les autres pièces, plus courtes, sont plus ambient, même si Plas se développe en une étrange bande-son de film imaginaire, genre Solaris II. Fur die Kätz est sûrement une allusion à ces réactions étranges des chats à certaines fréquences, et Georgel, une agglomération de vibrations épaisses et corps célestes tournant sur eux-mêmes dans un ballet d’un autre monde… Cet album ovniesque, version sans aucun compromis et radicale de la kosmische musik de Tangerine Dream, a déjà été décrit comme du "space rock sans le rock". C’est le dernier album de la période Berlinoise du groupe, qui déménagera à la campagne peu après pour y fonder son propre studio, et entamera une période de collaboration avec Michael Rother, de Neu, sous divers noms. Ce qui symbolise le passage tardif des 60’s aux 70’s en Allemagne, et le fameux tournant des années 73-75. Une période encore très bien documentée dans les anthologies consacrées au Krautrock, même si cet album est considéré comme le classique du groupe. Un choix étrange, vu son hermétisme. Rappelons donc, en attendant leur figuration ici, que le groupe a donné naissance à 13 albums, et n’a jamais cessé définitivement son activité.

note       Publiée le jeudi 17 septembre 2009

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    Autre musique de la préhistoire, cette fois au moment de l’invention du rythme, et du langage oral en court de création.

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snooky › mercredi 22 juillet 2015 - 19:02  message privé !

Dieter Moebius 16 Janvier 1944 - 20 Juillet 2015 ! RIP !

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SEN › mardi 21 juillet 2015 - 08:14  message privé !

La mort de Dieter Moebius me fait replonger dans cet album que j'avais pas pris le temps d'écouter depuis quelques années ! Intense et fascinant !

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Wotzenknecht › vendredi 23 mars 2012 - 23:46  message privé !

Réédition des débuts de Kluster (pas Cluster) en mai chez Vinyl-On-Demand en 8 LPs

Seijitsu › vendredi 23 mars 2012 - 21:56  message privé !

Visionnaire en effet, ce disque ne vieillit pas et reste fascinant 40 ans plus tard avec ses longs morceaux droneux. Une excellente découverte.

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snooky › jeudi 27 janvier 2011 - 19:54  message privé !

Pour ce deuxième album, la démarche reste sensiblement la même.La musique se veut toujours en osmose totale avec le monde froid et répétitif des machines même si l'ensemble glace un peu moins( quelques guitares humaines apparaissent).Et le vrai tour de force de cet album c'est Live in Der Fabrik bien sûr , longue complainte futuriste qui s'étire jusqu'à en plus finir,et Georgel dans le même état d'esprit, lent, presque immobile, ces deux morceaux n'étant pas sans évoquer, du moins dans la démarche,le Zeit de Tangerine Dream.A l'image du premier, un album de visionnaire et ce, même si la suite( Sowiesoso notamment) sera bien différente.

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