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Davy Graham › Folk, blues and beyond

cd • 17 titres • 46 :51 min

  • 1Leavin' Blues
  • 2Cocaine
  • 3Sally Free And Easy
  • 4Black Is The Colour Of My True Love's Hair
  • 5Rock Me Baby
  • 6Seven Gypsies
  • 7Ballad Of The Sad Young Men
  • 8Moanin'
  • 9Skillet (Good 'N' Greasy)
  • 10Ain't Nobody's Business What I Do
  • 11Maajun
  • 12I Can't Keep From Cryin' Sometimes
  • 13Don't Think Twice, It's Alright
  • 14My Babe
  • 15Goin' Down Slow
  • 16Better Git It In Your Soul
  • 17Anji

enregistrement

Produit par Ray Horricks – Ingé-son : Gus Dudgeon

line up

Davy Graham (guitare, voix), Tony Reeves (basse), Barry Morgan (batterie)

remarques

chronique

Styles
black music
blues
folk
jazz
world music
Styles personnels
gypsy music

"I lay down on my pillow and cried myself to sleep"… Quand commence Leavin’ Blues, reprise de Leadbelly, on est pas tout à fait sûr de qu’on vient d’entendre : un sitar, sur un disque anglais, en 64 ? Non, c’est la guitare acoustique de Davy Graham, avec un accordage d’ordinaire réservé aux musiques celtiques ou orientales, dont les cordes malmenées semblent raconter les périples… Un musicien respecté mais ignoré, un "musician’s musician" pourrait-on dire, adulé dans la communauté musicale anglaise depuis ses débuts, mais qui aurait raté le coche des années hippies, lui qui en avait pourtant cerné les obsessions avant tout le monde. Graham est connu pour avoir insufflé le jazz le plus actuel de son temps à la guitare folk, ainsi que les musiques arabes et indiennes qu’il ramenait de ses excursions. C’est cela, le "Beyond" du titre… Graham était peut-être l’un des seuls musiciens blanc à pouvoir reprendre du blues en vivant littéralement ce qu’il chantait. Son Cocaine est aussi détaché du sujet que le Heroin du Velvet est explicite… Un morceau immédiatement accrocheur, entraînant, qui pourrait presque laisser planer un doute un peu malsain… N’est-il pas en train de nous chanter "la cocaïne, quel pied, mes amis" sous couvert d’une chanson sur la détresse du junkie, comme le présente le verso de la pochette ? Il chante un blues adulte, qui renvoie les groupes du blues boom anglais (Stones, Animals, Yardbirds…) à ce qu’ils sont : des ados un peu geignards et teigneux qui plaquent leur frustration sur une musique, qu’ils n’ont, quelque part, pas vécue. Ce qu’ils retiendront de lui, bien sûr, c’est ce jeu de guitare vigoureux, tout en fingerpicking, qui sera comme une source abondante pour tout le folk anglais ("and beyond" pourrait-on ajouter) ainsi que pour certains requins au nez exagérément creux (Jimmy Page, qui n’en est point à son premier pompage avéré). Davy Graham est l’un de ces vieux maîtres secrets du folk, un de ceux dont parle parfois Donovan, un de ces clochards qui lui aurait tout appris, fascinant tous les jeunes gens autour d’eux, et qui restaient une semaine ou deux à jouer dans un pub avant de disparaître comme ils étaient apparus, partis pour on ne sait quel pays… Davy Graham, lui, a eu la chance de sortir des disques. Et plusieurs, avec ça. Cet Ulysse moderne (tel que le présentent les notes de pochettes), sans être un personnage rocambolesque tel ceux que décrit Donovan, était un baroudeur, un insatiable. Du genre à bourlinguer au moyen orient ou en méditerranée et à revenir les doigts pleins d’accords étranges dont il saupoudre ensuite les classiques folk, blues et autres airs traditionnels qu’il reprend sur ses disques. Inutile de préciser qu’en 64, la démarche était inédite, en avance de pas mal d'années… On parle d’une époque où l’identité musicale de l’Angleterre est encore en train de se définir, au contact d’une Amérique toute puissante et influente. Davy Graham, lui, écossais à moitié guyanais, va voir ailleurs si il n’y aurai pas de quoi renouveler la scène folk écossaise, tout un gardant un œil sur Dylan et Jack Eliott, qui lui soufflent quelques chansons superbes, ainsi que sur le blues, ici chanté d’une voix unique. Sans chercher le moins du monde à masquer ses origines nordiques et blanches. La voix de Graham a souvent été critiquée, au profit de son jeu de guitare virtuose. Pourtant, elle envoûte pour de bon sur Black is the colour… air traditionnel Norvégien transcendé par cette voix grise, tellement différente des voix de canards si caractéristiques du folk ; et émeut sur Ballad of the Sad Young Men, chanson d’une tristesse à pleurer, tout simplement. Moanin’ arrive à point nommé pour balayer ce cafard avec un air jazzy qui mettrait de l’ambiance dans n’importe quel mauvais bar. Mais le seul remède, pour Graham, c’est sans doute de prendre la route, comme le laisse supposer sa reprise de Dylan, Don’t Think Twice, It’s All Right… Il semble éternellement en train de partir, de quitter quelque chose, comme ces marins du nord de l’Angleterre qu’il évoque sur Sally Free and Easy. La diversité de ce premier album solo (il avait déjà à son actif un disque avec Shirley Collins, un peu trop traditionnel) est stupéfiante : il y a là du folk bien sûr, du blues (Goin’ Down Slow, Rock Me Baby, Leavin’ Blues), des "musiques du monde" (Seven Gipsies, Maajun, entendu quelque part à Tanger, et Leavin’ Blues qui ouvre l’album sur des gammes évoquant l’inde et des percussions idoines) et enfin des reprises jazz issues du répertoire de Charles Mingus (Moanin’, Better git it to your soul) qui ferment chacune des deux faces. Chaque morceau à une histoire, lui a été appris par tel marin, ou tel bluesman de passage en Angleterre, voire tel "joueur de banjo qui disait venir des Appalaches"… Et c’est probablement de là que viennent toutes les musiques du monde, si l’on pouvait remonter jusqu’à l’origine, on finirait toujours par tomber sur un passeur qui a tout déclenché et vous parlera de ce "vieil homme qui venait de loin et qui m’a appris à jouer comme ça". Seule composition de graham (à part cette "Ain’t nobody’s business…" pleine de… véracité), Anji, rajoutée en bonus track, sera reprise par Simon & Garfunkel sur leur best seller Sounds of Silence. Davy Graham est mort fin 2008. Personne n’en a parlé. Il n’est pourtant nullement besoin des ces circonstances "particulières" (qui commencent à devenir banales, vu le nombre de musiciens décédés chaque mois) pour le redécouvrir, car sa voix claire et son jeu fascinant en font une porte d’entrée merveilleuse à toutes les musiques "d’avant le rock".

note       Publiée le mardi 8 septembre 2009

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Note moyenne        2 votes

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saïmone › jeudi 19 avril 2012 - 09:24  message privé !
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Ca a l'air excellent ça

my_friend_goo › dimanche 20 décembre 2009 - 13:21  message privé !

Je m'attendais à quelque chose de "vieux", voire ringard... Mais pas du tout en fait, ça s'écoute très bien aujourd'hui. La diversité des morceaux est stupéfiante, les mélodies vous transportent immédiatement, et le son est nickel. Belle découverte en tout cas.

Note donnée au disque :       
dariev stands › vendredi 11 septembre 2009 - 10:27  message privé !
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pas de mal ;-) ben en fait je commence à appréhender la simple réalité : electronic music ou folk, peu importe le flacon, tant qu'on parle pas de trucs que tout le monde connaît, les réactions sont tièdes, quand réaction il y a... mais bon faut laisser le temps aux éventuels curieux de découvrir, comme pr les chros de proggy qui souvent voient leur premier comm arriver longtemps après...mais j'oublie pas l'electronique, tinquiète pas, j'en ai des camions à passer ici...

Lapin Kulta › jeudi 10 septembre 2009 - 23:23  message privé !

Et avant qu'on me fasse la morale: joke inside hein. On peut dire les conneries qui nous passent par la tête entre amis non?

Lapin Kulta › jeudi 10 septembre 2009 - 23:21  message privé !

Bon allez dariev, stop, back to electronic music.