Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesLThe Legendary Pink Dots › 9 lives to wonder

The Legendary Pink Dots › 9 lives to wonder

cd | 13 titres | 58 :29 min

  • 1 Madame Guillotine [5:31]
  • 2 On Another Shore [6:24]
  • 3 Softly Softly [2:05]
  • 4 Crumbs On The Carpet [4:55]
  • 5 Hotel Z [7:45]
  • 6 Oasis Malade [2:58]
  • 7 A Crack In Melancholy Time [5:35]
  • 8 Siren [5:31]
  • 9 The Angel Trail [2:01]
  • 10 Nine Shades To The Circle [10:22]
  • 11 A Terra Firma Welcome [4:00]
  • 12 (Silence) [0:42]
  • 13 Find A Bin To Put It In [0:35]

enregistrement

Produit par les Pink Dots et Raymond Steeg

line up

Martijn De Kleer (guitare éléctrique et acoustique, batterie sur la 9, tympani sur la 8), Edward Ka-spel (Prophet Qa'Sepel) (voix, claviers, lyre détruite), Ryan Moore (basse électrique, basse fretless, basse acoustique, batterie sur 1, 2, 11), The Silverman (claviers + machines), Niels Van Hoorn (Niels van Hoornblower) (saxophones, clarinette, flûte)

Musiciens additionnels : Cevin Key (batterie sur la 3, 4, 7, 8, 10 "special guest")

remarques

L’édition vynile contient un titre bonus, ‘The Uncanny 18th Side’, de 14min10, portant la durée totale de l’album à 72 :33.

chronique

On reconnaît les grands disques à cette propension qu’ils ont à vous obséder des mois durant, puis à rechigner à se laisser disséquer, chroniquer ou analyser, comme si l’exercice risquait de leur faire perdre tout leur charme et leur mystère. Il m’est difficile, délicat, même, de parler de 9 Lives to Wonder; même si c’est un plaisir intense que de le partager… Paradoxal, n’est ce pas ? Que faire d’une œuvre comme celle-ci ? Une idée me vient : lecteur, fuis vite cette chronique qui ne fera que te gâcher le vertige et la stupeur de la découverte ; ignore étiquettes (dark folk ? groupe maudit ? balivernes), conseils, directives, et plonge toi la tête la première dans cette merveille aux reflets étranges. Pour ceux qui restent, voici mes impressions : 9 Lives to Wonder est un aller simple pour les rives solitaires de l’Inconnu. Les instruments y résonnent dans un espace imaginaire, où l’air est pur et l’eau transparente. Et empoisonnée. Peut-être leur disque le plus calme, le plus planant, flottant, navigant pourtant autour de thèmes inquiétants que Ka-Spel résumait par l’expression "The politics of agony". Superbement arrangé, 9 Lives to Wonder se veut un refuge contre le monde. Madame Guillotine illustre les dires de Ka-Spel : il s’agit bien sur d’un commentaire sur la barbarie humaine (quoique…), désespoir palpable qu’épouse un carillon lointain, qu’on entend résonner là-bas, sur l’autre rive… Le brouillard qui faisait toute la sève de cette première chanson se dissipe derrière nous avec l’arrivée d’une basse élastique et adroite… ‘On another shore’. C’est là que j’ai compris : personne n’a jamais foulé ce pays-là, personne n’a jamais atteint une telle… beauté. ‘Now crawl right up to me, my captain’, nous sussure la voix. On croît rêver. Nous sommes la caravelle, glissant entre des rimes comme murmurées par les roseaux, comme si les rives inconnues elles-mêmes parlaient. Drôle de jeu de rôles. On pose le pied à terre avec ‘Softly Softly’, toujours guidé par cette flûte sublime en guise de lapin blanc, qu’on serait prêt à suivre en enfer. Elle nous lâche d’ailleurs en pleine extase au milieu d’un banquet un peu cinglé (Crumbs on the carpet)… Frayeurs, songes et cannibalisme sont au programme de la suite. Onirisme et putréfaction servis sur un plateau de cristal. La production est à se damner, chaque instrument est à sa place, en harmonie, pour mieux se perdre dans la fange de ces vibrations bruitistes qui polluent littéralement la musique du groupe. Sauf que jamais pollution n’a été aussi belle, aussi fascinante, dangereuse et surréaliste. Ka-Spel, notre Donovan méphistophélique, lévite quant à lui plusieurs mètres au dessus du monde. De là-haut, il nous raconte son ivresse. Elle est glauque, puis tendre (The Angel Trail, fleur bleue et épris), toujours littéraire, Carollienne. On boit ses paroles comme du petit lait, sans savoir qu’on est pris dans sa toile. La section rythmique, pour finir, est parfaite (on retrouve Cevin Key, de Skinny Puppy, à la batterie), tapis roulant végétal pour la narration tout en murmures et visions soudaines de Ka-Spel, souvent appuyée par des bruits qui surgissent d'un recoin sombre, comme celui d’un couteau planté dans le cœur (9 Shades to the circle, comptine pour adultes qui ne mène nulle-part) ou encore la chute d’une saynète déstabilisante qui parodierait presque les spoken words occultes de Boyd Rice (Oasis Malade… où l’on retrouve Tanith, l’un des personnages récurrents de la faune Pink Dots… Rire ou frémir, telle est la question). Autre figure récurrente – autre arcane devrait-on dire – l’Hôtel. Hotel Z est un macchabée vicieusement lové en milieu d’album qui vous insémine des larves de tristesse en un plan séquence que n’aurait pas renié Akira Yamaoka. Mais a-t-il seulement autant de choses à raconter que les Pink Dots ? Ici, on est face au Gouffre, et pourtant ça pue le renfermé. Le piano semble venir du fond des ages. Une sorte de madrigal isolé au milieu de cette banquise noire intervient soudain, comme une fantaisie morbide, annonciatrice du médiéval et habité Siren… élégie pour un amour perdu, oublié dans les limbes, à l’image de cette musique qui pourrait aussi bien appartenir aux troubadours du moyen-age qu’aux hippies des années 2040, tout comme elle est associée à la scène gothique ou dark folk du vivant du groupe. Je me bornerai personnellement à dire qu’il s’agit de chansons, certes interprétées avec une grande liberté et habillées de visions très puissantes, mais dans tous les cas intemporelles… C’est comme si les Pink Dots n’avaient pas besoin de psychotropes, ils les secrètent déjà dans leurs cerveaux. La musique est bien à la hauteur des titres, comme ce menaçant et trouble A Crack in Melancholy Time, elle coule tout simplement dans la pièce ou dans le casque, impossible de penser aux ficelles, d’isoler un élément plutôt qu’un autre… On ne fait que s’étonner, se pâmer et rêver, sans la moindre once d’effort d’écoute, même la première fois… Oh bien sûr, il existe d’autres perles dans l’immense production des Dots, et ceci n’est qu’un premier coup de pioche. Mais un coup de pioche idéal. Le disque se termine magnifiquement avec la redescente en douceur qu’est A Terra Firma Welcome… Enfin, devrait se terminer, car ces délicats sadiques n’ont pu s’empêcher de rajouter une mini outro qui hérisse le poil (Find a bin to put it in), voire un genre de condensé ambient disloqué de tout l’album, avec ce Uncanny 18th Shade qui occupe la face D sur la version vinyle, un de ces medleys un peu coupable de remplissage mal dissimulé. Qu’à cela ne tienne, le reste, c’est de L’OR. L’or des voyageurs, pestiférés et gitans. L’or insaisissable, celui qu’on ne peut acheter (d’ailleurs ce disque est un peu un oublié, même parmi la discographie du groupe). Musique de l’égarement, du non-retour. Les Legendary Pink Dots font de la poésie sonore, cet art que tout le monde ignore scrupuleusement, et qui finira bien par recouvrir le monde. Sombre et expérimental n’a jamais aussi bien rimé avec "beauté fatale".

note       Publiée le lundi 10 août 2009

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

partagez '9 lives to wonder' sur les réseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "9 lives to wonder"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "9 lives to wonder".

ajoutez une note sur : "9 lives to wonder"

Note moyenne :        15 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "9 lives to wonder".

ajoutez un commentaire sur : "9 lives to wonder"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "9 lives to wonder".

Klarinetthor › mardi 29 août 2017 - 21:25  message privé !

Il y a peu de mauvaises choses chez le groupe de Ka-Spel, mais celui-ci est un peu à part. un peu plus implacable et moins rêveur, enfantin que d'autres. Respect!

Note donnée au disque :       
Kagoul › vendredi 26 février 2016 - 20:36  message privé !

Quelle belle chronique pour un disque hors du monde et du temps ! Un de mes Dots favoris. C'est fou malgré les années on ne se lasse jamais de leurs productions.

Note donnée au disque :       
fab22 › mardi 21 avril 2015 - 15:23  message privé !

mes 1ers contacts avec les dots, lors d'un concert en 1994 à lyon, ils jouèrent l'intégralité de cet album ; un choc visuel et auditif A jamais le meilleur des pink dots à mon avis

Note donnée au disque :       
salida › dimanche 28 avril 2013 - 19:20  message privé !

UN album qui vous enveloppe tout doucement pour vous faire planer au dessus de tout...

pampa › jeudi 23 février 2012 - 11:37  message privé !

Il commence à faire son chemin vers mon subconscient, celui-là. Encore un peu de mal à me remettre dedans après le duo Hotel Z/Oasis Malade, d'une tristesse et d'une beauté indescriptibles, mais ça va finir avec 6 boules cette histoire je sens