Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesAEd Askew › Ask The Unicorn

Ed Askew › Ask The Unicorn

  • 1968 • ESP ESP1092 • 1 LP 33 tours
  • 2000 • ESP ESP1092 • 1 CD
  • 2005 • ESP ESPCD1092 • 1 CD

cd • 9 titres • 42:45 min

  • 1Fancy That4:57
  • 2Peter and David5:10
  • 3Marigolds2:52
  • 4Mr. Dreams4:45
  • 5Red Woman – Letter to England3:34
  • 6The Garden3:31
  • 7May Blossoms be Praised7:10
  • 89-Song4:02
  • 9Ask the Unicorn2:52

enregistrement

1968. Produit par Ed ASKEW

line up

Ed Askew (voix, tiple, paroles et musique)

remarques

La réédition CD américaine de 2005 contient trois titres supplémentaires - The Accordion Man, The Green Song et A Soldier’s Song, absents de la version ici chroniquée. Celle-ci reproduit, sans ajout d’aucune sorte (musique ou notes de pochette), l’album original tel que paru en 1968. Il semble d'ailleurs, aux craquements et bruits de surface, qu'il s'agisse d'un transfert du disque vinyle au CD plutôt qu'un pressage d'après master.

chronique

Styles
folk
ovni inclassable
world music
Styles personnels
chronique des jours captifs et autonomes

Te doutais-tu, Dylan ? Savais-tu, Zimmerman ? Quelle brèche tu allais tailler ? Quelles traces de toi les jours allaient charrier ? Tout ce que tu rendais possible ? En plantant là, où elle sortait, ta voix de sinus obturés ? En remontant du flot ta poésie de gorge ouverte ? … Avec son air de Brautigan mal luné (pléonasme ?), Ed Askew a tout du barde beat égaré dans l’ère du Verseau. De l’Anormale Évidence qui grippe, imperceptible, le centrifuge des neuves routines. Du Singulier qui s’enkyste, à l’interstice d’une époque, répandant à ses chairs les sécrétions du frottement. Irritant, irrité, sans répit. Libéré par fragments, flottants au gré des fluides, des nuits et de l’histoire qui l’avaient précédé. Qu’on l’écoute aujourd’hui, la question n’est plus la même. Ce qu’il doit à l’acide, aux fleurs de saison, à ce que voulait autours de lui cette jeunesse aux cheveux longs… Toutes ces contingences passent au second plan. C’est ailleurs qu’il presse l’énigme. Des doigts, aux fibres de l’acier d’un curieux instrument, ramassé au hasard d’un folklore trouvé. Recréé, approprié aux buts seuls, aux cibles de ses flèches. En Colombie, pour la géographie. Une mandole épuisante, aux cordes triples et dures, au jeu astreignant, exigeant. Et ce choix difficile pousse sa voix, l’oblige à l’arracher. À jeter comme les pierres la douceur de ses mots. À lancer comme un appel ces choses qu’alors encore il fallait taire (alors que l’Amour Libre - tel on le prétendait- devenait prétexte, excuse à consommer la chair...). Le goût des hommes, de leurs corps indéniables. La nature délicate et forte, insoucieuse des festivals (ô Feuilles d’Herbe, autre poème…). La douleur, le sourire des matins bleuis au sortir des nuits sans repos. Quand il reste à veiller le temps d’un jour entier. Dans ces périodes classiques, parfois presque médiévales, ces morts et renaissances, petites ou capitales, taillées en rocs alexandrins ou ciselés en vers impairs, vibre un souffle puisé loin. En amont, en tréfonds. Sans résignation pousse un territoire. Terre libre et sans merci, aride peut-être, où toute source prend son sens, où le moindre filet porte le sel d’un vie compacte ou bien défaite, serrée autours de ses manques, articulée aux méandres des nœuds. Il y a dans ce folk isolé toute la force et les brisures de cette musique qui n’est pas un genre mais un mode, un cheminement, une exacte distance. Y foisonne l’individu, l’histoire de l’instant qui toujours est rhizome. La conscience de l’être qui chante : d’être d’un lieu et d’un moment, au cœur, aux marges, aux zones franches d’un monde. L’horreur tranquille ou affolée des liens qui l’ancrent à ce décor. La joie d’être malgré. Ce qui se passe ici ne sera jamais d’aucun musée. C’est un plaisir de contrebande, un courant sous-terrain. On s’y jette avec reconnaissance, ou bien l’on s’en détourne, agacé, rebuté par ces vagues aux reflets incernables. Ce qui s’y ouvre est à jamais Question. Inachevé, unique. Le défaut dans l’armure des anthologies, par où s’instille et suinte l’oxygène et le non-pareil… Savais-tu, Déclameur sans pairs, qu’en d’autres sentiers cheminaient d’autres frères, porteur de doutes et de sentences ? Qui nous dira, aux vallées et aux pics, s’ils franchirent comme toi vapeurs et nuées ? Qui entendra, encore, ce qu'ils en ramenèrent ?

note       Publiée le mercredi 1 juillet 2009

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Ask The Unicorn".

notes

Note moyenne        1 vote

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Ask The Unicorn".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Ask The Unicorn".

Dioneo › mercredi 3 juillet 2019 - 11:05  message privé !
avatar

Je me réécoute ça après longtemps - pas dans le même état qu'à l'époque de cette chronique (écrite assez lourdement fumé... je sens encore le truc d'ici), et après m'être envoyée (pas en une fois hein, mais l'achevant juste) l'oeuvre poétique complète de Brautigan. Eh bien... Le rapport entre les deux - Richard et Ed m'apparaît toujours, volatile, peut-être en dépit de certaines divergences de formes (Brautigan est volontiers plus concis, élusif, elliptique, peut-être moins "précieux", même si on lui a reproché ça, et même si le terme dans le cas des deux types, est à prendre avec circonspection). La comparaison avec Dylan, par contre, m'apparaît plus encore qu'alors incidente, même si presque obligée (époque, et l'influence du mec sur toute celle-là, même finalement sur des gens qui diront tout autre chose que lui).

Sinon : la rudesse vulnérable et la nudité du truc - la voix et l'instrument bizarre - me causent toujours dans les mêmes bandes de fréquences, on va dire (métaphoriques, allez), dix ans (à deux jours près) après.

Note donnée au disque :       
sebcircus › dimanche 11 avril 2010 - 17:25  message privé !

Ask the Unicorn est un chef d'ouvre absolu de folk bizarre

Dioneo › vendredi 3 juillet 2009 - 00:16  message privé !
avatar

"La pêche à la Trout Mask Replica en Amérique"...

Ouais, c'est à lire, vraiment.

Note donnée au disque :       
Solvant › jeudi 2 juillet 2009 - 23:47  message privé !

Tiens ça me fait penser que je me devais de lire "La pêche à la truite en Amérique" depuis trop longtemps...

"ll était bien plus en phase avec les truites qu'avec les gens en Amérique."

Ellestin › jeudi 2 juillet 2009 - 05:08  message privé !

chouette album, ouais