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Kan Mikami › Juw

  • 2008 - Psf, PSFD-8027 (1 cd)

cd | 10 titres | 36:52 min

  • 1 ITINERARY Shibuya (One-man band) [3:55]
  • 2 NICE Seoul (Toe) [2:15]
  • 3 SUN Tokushima (Tree) [8:01]
  • 4 YOM Takamatsu (Fore) [1:45]
  • 5 GO Kochi (Vibe) [2:24]
  • 6 ROCK Osaka (Sex) [4:13]
  • 7 SHIT Kyoto (C’est bon) [5:59]
  • 8 HATCH Osaka (Ate) [2:46]
  • 9 Q Kofu (Nein) [3:30]
  • 10 JEW Koenji (Tent) [2:14]

enregistrement

Enregistré au White Road Studio par Takeshi YOSHIDA. Produit par Hideo IKEEZUMI

line up

Kan Mikami (guitare, voix)

chronique

Styles
chanson
folk
world music
Styles personnels
enka blues>le marin rejeté par la mer

L’époque aimait ses jeux cruels et ambigus. Chaque jour, elle réveillait l’un de ses morts et lui soufflait : Il est trop tard, tu peux te rendormir… Mikami n’a pas sommeil. Hors ses eaux territoriales, on prétend qu’il jouerait du blues. Les ondes nationales, un temps, lui firent florès. Et puis plus rien, dix ans durant. Alors advint un homme de goût, qui plus est de quelque influence (Hideo Ikeezumi, esprit frappeur du label PSF), désireux d’ouvrir encore, à cette bouche, à ces six cordes, un micro et quelques pistes. En fait de blues, cette musique est ailleurs. Qu’elle emprunte à la Noire Amérique, comme en passant, quelques techniques, pickings, accords ou motifs, cela peut s'entendre. Sa substance, toutefois, est autre. Lui, sans jamais tarir, s'en remet au vieil Enka. Un genre jadis populaire, s’écoulant partout, au cœur des villes et aux périphéries. Kyrielle de chansons aujourd’hui oubliées, toutes adornées de regrets, d’absences, de séparations. Toutes ces idoles graves aux parures légères, qui égrainaient en de sages romances la nostalgie d’autres légendes, ô combien plus anciennes. Lais des femmes de cour, amours dénouées dans les sous-préfectures. C’est bien cette mélancolie, ce sentiment poignant du manque ; cette douleur tapie de l’arrachement, qui cicatrise alors que pulsent les tissus ; cette obscure tristesse que l’on voudrait garder, chérir au creux du corps, parce qu’elle porte en elle une part ineffable de ce qui n’est plus. Mais ce sont d’autres temps. Les rues en sont plus dures, et les fleuves souillés. Le pas de Mikami, son jeu, sa voix, marquent un rythme plus lourd, attaquent plus pesamment le revêtement de la route. Comme épuisé de cheminer sans cesse. Son art emprunte, certes, aux complaintes déchues, toute leur douceur d’alcool tiède. Mais il lui faut pousser plus fort, plus dru, plus rude. Le son de la guitare a quelque chose de râpeux, d’essentiel. Sans amplification excessive, sans effets magnifiants, il est tout d’un matière brute, dense, opaque. Le jeu en est tout en brisures, glissements et blocages. En modes mineurs. En syncopes, parfois asymétriques. En accélérations, en roulements coupés nets quand ils touchent l’acmé. En cassures précises, exactes, maîtrisées. Et puis l’instant d’après ce sont des accords ouverts, amples, vigoureux, qui ébranlent l’air alentour. Le timbre de la voix, profonde, toute vibrante de puissance alanguie, a cette présence, cette solidité abîmée, éraillée, qu’on avait pressenti à la vue de cet masse d'homme point jeune mais campée, au physique touchant de docker taciturne. Sa subtilité, en revanche, étonne. La richesse, aussi, de ses moyens. De cette racine, de sa lignée choisie, le chanteur laisse grandir cette voix de poitrine éplorée, qui envahit l’espace en vagues concentriques ; il amplifie la vibration, dilate son volume afin qu’elle franchisse les tumultes ambiants ; pour qu’elle pénètre les consciences étouffées, engourdies de béton, poissées de monoxyde. Ailleurs, il semble qu’il emprunte à d’autres traditions ; du drame, de la tragédie ; au nô, peut-être, au kabuki, à leurs récitatifs psalmodiés ; au plus lointain kejak balinais, avec ses longues phrases glissées et gutturales, ses arcanes mythologiques ; et puis, en profondeur, aux grondements des sectes bouddhiques. Chaque chanson semble porter -pour autant qu’on s’en remette aux traductions- une histoire singulière, tout emprunte d’un mystère pragmatique et inquiétant, préoccupant. Récits aux contours abstraits mais aux détails effrayants, impitoyablement… modernes. Clochards métaphysiques, qui couchent à des porches pisseux. Confusion des sens qui prennent le printemps pour l’hiver. Inadaptation. Réclusion de cellule, de logis, tout au fond des quartiers à sueur. Les attachements impossibles, cet isolement de l’exil en pleine foule. La pâleur blême qui s'immisce, quand s’éloigne au fil des jours le souvenir de l’être cher, des lacs et des cieux adorés. Autant de scènes psalmodiées, jetées en rires douloureux, comprimés ; arrachées du fond des poumons, aux confins, parfois, d’une terreur qui passe en nous ; aux mots d’une poésie étrange, d’abord déstabilisante tant elle semble décousue ; une fois saisie, d’un cohérence redoutable. Ces chants, certes, sont implorations ; cris de détresse, on peut le soupçonner ; y brûlent les tourments, toujours inapaisés, des passions violentes et ruinées ; jamais, pourtant, ils n’en cèdent au sordide. Du fond de la défaite palpite le désir, inassouvi, sans terme, privé de but mais pas de direction ; vers les vivants, toujours, qui dédaignent les spectres ; après la fin subsiste l’attraction… Et l’on dit que certains, parmi les Revenus, de leurs larmes offertes enluminaient la terre.

note       Publiée le mardi 5 mai 2009

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DukeOfPrunes › jeudi 6 avril 2017 - 17:32  message privé !
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Ma tou é zoun' artista, no ? Bon, je verrai ce que je peux faire pour démystifier ce mec :)

Dioneo › mercredi 5 avril 2017 - 19:51  message privé !
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Ça se commande pas !

Note donnée au disque :       
DukeOfPrunes › mercredi 5 avril 2017 - 14:34  message privé !
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Alors du coup, tu nous fais quand tes chro sur Mikami, Dioneo ?

Dioneo › mardi 5 mai 2009 - 12:48  message privé !
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Oui, avec des jeux de mots-traductions-approximations assez déroutants, l'histoire du track-listing.

La voix est spéciale, c'est clair. Perso j'ai accroché tout de suite. Je pense que je vais me procurer petit à petit le reste de sa disco. Au moins ce qu'il a sorti sur PSF ; ses trucs plus anciens (années soixante-dix) ont l'air assez difficiles à dénicher.

Note donnée au disque :       
absinthe_frelatée › mardi 5 mai 2009 - 12:36  message privé !

J'avais jeté une oreille distraite à des lives de Mikami et c'était pas mal (j'ai ptet eu un peu de mal à accrocher au chant, mais ça se travaille), faudrait que je réessaie. Jolie chro sinon.

Ah puis tiens, j'avais pas remarqué tout de suite, mais les dix titres correspondent aux nombres de un à dix en japonais.