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Jandek › Ready For The House

cd • 9 titres • 43:51 min

  • 1Naked in the afternoon4:51
  • 2First you think your fortune’s lovely8:10
  • 3What can I say, what can I sing4:51
  • 4Show me the way, o Lord4:18
  • 5Know thy self2:38
  • 6They told me about you4:33
  • 7Cave in on you4:26
  • 8They told me I was a fool5:08
  • 9European jewel (incomplete)4:56

informations

Non renseigné.

line up

Jandek (guitare, voix)

chronique

folk / ovni inclassable / terminal blues>desolation row

L’ennui. Plutôt que de le détruire, de le prendre à parti ou bien d’en faire de l’art, Jandek a choisi de le balancer, comme ça, tel quel. Sans chercher à rien adoucir, embellir, sublimer. De ne rien lui opposer, cajoleries ou résistance. Dans cet abandon il se pose, au fond de sa maison (Houston, Texas, ça vous excite ?). Avec juste une guitare, un seul micro probablement. Il enclenche le magnéto puis laisse couler le rien. Ou alors, peut-être pas. Peut-être a-t-il tout planifié, travaillé à sa manière bizarre chacune de ces chansons, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa forme accomplie - toute latitude à cet égard laissée à son seul jugement. Difficile à dire.

D’où les sort-il ces accords mal foutus, malsonnants, malvenus ? Que doivent-ils au hasard ? Est il désaccordé ? Autrement accordé ? Touche-t-il au moins, une fois l’an, aux clés de l’instrument ? Et cette voix… Atone, détachée de tout ce qui est dehors, obnubilée par sa tâche – quelle qu’elle puisse bien être... Il y a ces textes aussi, abstraits, incernables et plats, comme un parler automatique. Au fil d’un esprit qui divague autour des pas grand-choses, des jours, des murs, des fantasmes vagues et des frustrations… Dérangeants tout pareil, avec leurs détails malséants, leurs concordances moches à nos propres fatigues.

Encore une fois, tout ça pourrait aussi bien être le fruit d’une stratégie, une construction délibérément bancale, contrefaite, malignement et patiemment. C’est certain, le personnage peut agacer autant que fasciner. Sa légende a quelque chose d’artificiel, de fabriqué, peut-être, d’un peu trop parfaite dans sa claustration. Ce type entretient le mystère depuis plus de trente ans, on aurait bien le droit de trouver que le truc s’émousse à l'usage. Pourtant, au-delà des cachotteries qui font les cultes, quelque chose accroche. L’oreille et le battement de cœur manquant, celui qu’on saute par saisissement ou lassitude, par négligence.

Il y a dans ces plaintes exsangues une obstination, une passion défaite mais tenace qui forcent le respect. À bien y écouter, à se laisser gagner par cet engourdissement, tout n’est pas d’un seul tirant. La monotonie est bien là, irréfutable ; mais dans son air confiné, appauvri en oxygène, des nuances se détectent. Aussi rudimentaires soient ses techniques, ses demis arpèges, ses placages, ses accords indigents - un seul par chanson, presque tout du long, encore est-il difficile de juger si la variation est même aussi ample -, il est certain qu’elles doivent peu à une errance aléatoire des doigts sur les cordes. Elles cheminent sans grâce mais avec cette effrayante précision - de celles qu’on n'aime pas reconnaître - ce sens du rythme rampant, dérangeant qui est le sceau des Obsessionnels.

Et puis à bien y écouter, le tempo varie au noyau même des chansons, souligné mais à peine du pouce ou de la paume sur la table d'harmonie (...). Rendant encore plus pernicieux le nébuleux propos. La voix non plus, une fois l’oreille acquise à sa cause, n’est pas si monocorde. Ses écarts de diction, de volume, aussi minimes puissent-ils d’abord paraître, portent tour à tour indifférence, dégoût, peurs mal définies, tentatives rentrés, ironie éteinte, colère sèche et impuissante trop bien scellée sous le couvercle pour atteindre à l’explosif. Oui, il y a bien dans ces lambeaux une force d’attraction morne et… Captivante, en effet. On finit même par entendre les césures, là où sont coupées et remontées les bandes. Et puis ce dernier morceau qui aligne - ô miracle - une suite d’accords plus énergiquement pincés… Oh, si peu ! Mais qui semble d’un tel contraste au bout de cette litanie d’hypnoses liquides, stagnantes, tièdes et troubles. Et qui s'interrompt, comme de juste, avant d'en avoir fini. Intrigant, oui, sans conteste...

Reste que ce disque a ses heures dédiées ; et que celles-ci sont plutôt rares. En état de bonheur, de désir, d’appétits, on le rejettera, presque à coup sûr ; comme une somme de vides néfastes, inutiles, sans recours. En déprime latente, en souffrance précise, on n'osera trop y venir, de peur d’y sombrer ou d’y trouver un simple reflet ; sans apaisement, sans solution. Sans questions. Lui convient seulement, peut-être, cet état morose de l’indécidable, quand la volonté cale et que les ouvertures deviennent béances. Dans ces cas-là, l’objet fait charge. On peut s’étendre, dos contre son sol et attendre que son poids nous entraîne. Par dessus la rambarde ou tout au fond du puits, ou bien de l’opiacé qui conviendra le mieux, peu importe. Ou alors l’attention flottante se grèvera, se gorgera d’une telle irritation, d’une terreur du gouffre si diffuse que jaillira l’impulsion, le besoin d’ouvrir en grand, de renier ses murs. Dans ces instants-là, ce disque est... On ne dira pas un chef d’œuvre non, le terme ferait bien peu sens. Mais quelque chose d’irréductible. En toute autre occasion, il ne sera qu’un boîtier, inerte sur sa planche. La logique commune voudrait donc, par recoupements, qu’il écope de la moyenne.

Mais qui donc se soucie des moyennes et du Moyen ? Et puis qui, encore, des communes logiques ?

Très bon
      
Publiée le dimanche 3 mai 2009

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jacques d. Envoyez un message privé àjacques d.

Ah oui 15 ans déjà, bigre (mais la chronique n'a pas pris une ride) ! Bon, c'est vrai, on n'y revient pas souvent au gars Jandek, à ses errances sonores, à ses chemins de traverse débroussaillés à la va-comme-j'te-pousse, à cette discographie luxuriante, mais une fois de temps en temps, comme ça, à l'occasion, au débotté, ça surprend et décoiffe encore mais ça fonctionne, ça fonctionne vraiment. Ca fictionne.

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Bon... J'y reviens assez peu souvent, à Jandek, mais voilà : avec les années, j'ai de moins en moins tendance à y entendre un truc erratique, j'ai l'impression d'entendre mieux les variations là-dedans, d'intensité, d'intention. Cave In On You m'a complètement attrapé, là, et They Told Me I Was a Fool ne veut pas trop me lâcher non-plus. Allez... Cinquième boule validée. (Je ne l'aurais vraiment pas forcément parié, quand j'ai écrit ces chros y'a une grosse quinzaine d'années).

Message édité le 29-11-2025 à 15:39 par dioneo

Note donnée au disque :       
merci pour le fusil... Envoyez un message privé àmerci pour le fusil...
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Chouette lien, merci Sergent.

Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor
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Et au slap c'est Weslew Willis?

sergent_BUCK Envoyez un message privé àsergent_BUCK
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https://www.youtube.com/watch?v=acL...

Je ne pensais pas qu'un jour je verrai quelque chose comme ça...

Note donnée au disque :