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KK. Null / Chris Watson / Z'ev › Number One

  • 2005 - Touch, Tone 24 (1 cd digipack)

cd | 5 titres | 48:17 min

  • 1 Invocation – Kami [The Celestial] Jupiter Sight Wood East Spring Dawn [8:20]
  • 2 Introduction – Man [The Warrior] Mars Speech Fire South Summer Morning [9:45]
  • 3 Development - Woman [The Balance] Saturn Taste Earth Center Late Summer Noon [12:04]
  • 4 Climax – Madness [The Trickster/Fool] Venus Smell Metal Autumn Dusk/Sunset [9:40]
  • 5 Conclusion – Demon [The Supernatural] Mercury Hearing Water North Winter Twilight [8:28]

enregistrement

Enregistré janvier 2004 par KK. Null (Kazuyuki KISHINO) et Z’ev. Monté, assemblé et mixé par Z’ev les 20 et 24 mars 2004.

line up

Kazuyuki Kishino (électronique, percussions électroniques), Chris Watson (enregistrement de terrain réalisés en Afrique de l’Est), Z'ev (« 25 binary-acoustic files »)

remarques

De courts texte à l'intérieur du digipack détaillent les situations enregistrées par Chris WATSON, avec des indications d'ordre climatique, topographiques ou autres.

chronique

Styles
ambient
field recordings
musique électronique
noise
Styles personnels
unstill life

C’est toujours frappant. Les concepts, à la lecture, ont beau nous sembler obscurs, développés à l’excès, selon un plan qui nous échappe ; la forme complexe, fouillée, travaillée par des techniques à nos sens ésotériques… Il n’empêche : à l’écoute on est saisi, emporté, à notre tour malaxé. À la première coulée. Sensible au moindre glissement de textures, attentif à tous les frottements, durci ou liquéfié selon que le flot se fait plus fluide ou plus épais, qui s’élève à nos voûtes et vient faucher nos bases. C’est comme si Null voulait générer, et les jeter au monde dans un même élan, des formes d’existence autonomes, indépendantes de tout propos, des machines qui les crachent, du matériau de leur origine. Apparentées à eux sur un plan chimique, moléculaire, mais détachées de tout lien narratif, anecdotique. Délivrées de tout sujet. Des puissances, des forces, courants ou entités, peu importe : quelque chose de vif qui grandit, agit et se meut de soi-même une fois libéré. Les cinq pièces de Number One, si l’on en croit leurs titres, entendent évoquer, tour à tour, les cinq catégories de pièces du théâtre nô. Avec pour chacune ses lieux propres, ses personnages idéaux (humains ou surnaturels), rendus sur scène par des moyens très codifiés, un sens très pointu de l’épure ; ses situations qui sont des états, des ambiances exactes qui -très exactement- s’éploient ; bien plus que des histoires qui défilent et nous édifient. Chaque index, en outre, indique une planète, un sens ou une fonction humaine (la vue, la parole…), un Élément, une direction, une saison, un moment du jour. Et de fait, chacune de ses plages -élaborées sur des enregistrements de Chris Watson, scènes de nature captées avec une extrême précision- nous aspire au cœur d’un complexe de mouvements, de masses, de densités ; d’émotions violentes ou subtiles, qu’on ne cherche même pas à nommer tant on ressent l’impact physique, immédiat. Les nuances s’en déploient et, si l’on sent bien le lien avec leur source (la plénitude de la troisième pièce, basée sur le cheminement tranquille et puissant d’une horde d’éléphants, avec ses merveilleux froissements d’herbes lorsque la faune s’égaille alentours ; le déferlement du quatrième morceau, déchaînement soudain d’un orage tropical…), on entend bien aussi que rien ici n’est prétexte à description, à écriture. Les cris et battements des vautours se repaissant d’une carcasse n’évoquent pas la mort comme une abstraction, une crainte morbide, une triste figure nous couvrant de son ombre. On entend là qu’un lieu et un moment, parcourus, habités ; des êtres qui s’agitent et luttent, certes, mais des êtres vivants, jamais fixés, arrêtés dans leur course. Avec, flottant, changeant autour d’eux, ce nuage d’informations sensibles, qu’on saura ou non décoder : odeurs, poussière soulevée par le combat, couleur projetée de la viande ou des plumes… Voici un art, décidément, qui est le contraire de la Nature Morte. Une musique concrète, littéralement : solide, tactile, physiologique. Impossible à déchiffrer, défiant l’analyse, le décorticage formel, la glose tant elle nous submerge comme un tout articulé, multiple en ses parties mais compact dans sa marche ; et qui pourtant stimule la pensée tout autant qu’elle déclenche les sensations. Qui ne fait entre celles-ci et celle-là pas de quartier ni d’inutile distinction. Inéluctable, impressionnante, mécaniquement irrésistible. Élémentaire ET fine ; subtile, énorme, infinitésimale. Et bienveillante si l’on veut : en ceci qu’avec elle, au rythme de ses contractions et dilatements, nous respirons ; et qu’elle nous porte : à l’air libre et à ciel ouvert.

note       Publiée le vendredi 10 avril 2009

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Dioneo › mercredi 23 mars 2016 - 17:53  message privé !
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Je me réécoute ça, tiens - ça faisait un moment... Le passage avec le troupeau d'éléphants qui froussshent la brousse (piste 3) et celui avec l'orage tropical (piste 4) sont quand-même spécialement trippants. Ça fait du bien de se le ressortir celui-là, chaque fois.

Klarinetthor › mardi 15 mars 2016 - 22:33  message privé !

ouaip il bute! retour a la musique et reponse ptet sur un topic dedié.

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Rastignac › mardi 15 mars 2016 - 22:28  message privé !
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Sinon ce disque, il bute.

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Rastignac › mardi 15 mars 2016 - 22:11  message privé !
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Oh, chépas ce qui est charlie ou l'est pas, et ho, j'ai un coeur tout chaud aussi. :-) Je précise : on aidera tout de suite plus facilement un artiste qu'un quidam, cf. tous les tributes, concerts caritatifs, et ce genre de site qui se met 7 ou 8% de commission qui ne retournent évidemment pas dans des caisses de secours pour d'autres, célèbres ou non, qui pourraient pas se payer leur enterrement ou leur opération. Que des gens soient obligés de passer par ce genre d'agence immobilière de la charité, pour des raisons vitales (genre Ze'v) ou non (le mec qui veut s'acheter une pizza) montre bien, comme je disais en conclusion, qu'il "Faut vraiment qu'ils se mettent à la sécu au far west". Vu qu'ils demandent de la thune au monde entier (internet quoi), vu qu'ils ne peuvent pas faire autrement (ie passer aussi obligatoirement par un ebay de la charité se graissant sur le malheur social et sanitaire). J'ai l'impression bizarre d'être au chevet de l'Amérique malade de son système social, ce qui est assez cocasse quand même (malgré la gravité des situations, ça j'en ai bien conscience.). Ça peut faire aussi réfléchir sur ce qu'est un pays sans action sociale de la part de l'Etat, ou d'une autre entité censé être non lucrative. T'as pas de thunes, t'es mort, ou t'es obligé de mendier pour survivre (et te faire racketter au passage).

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Klarinetthor › mardi 15 mars 2016 - 21:43  message privé !

whoah c'est pas tres charlie comme remarque. Si t'as pas d'assurance t'es dans la merde (je dirais meme, meme si tu as une assurance car quand il faut raquer elle fait forcement la fine bouche) partout. J'ai hesité a donner, a partager, apres chacun est libre. Mais il faut juste se rappeler qu'on n'est jamais totalement a l'abri de devoir serieusement demander de l'aide. et puis c'est pas parce que certaines autres demandes de fonds te font ni chaud ni froid que ca a rapport avec celle-ci precisement.

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