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Horace Andy › Dance Hall Style

cd • 6 titres • 41:01 min

  • 1Money Money6:17
  • 2Lonely Woman6:25
  • 3Cuss Cuss7:06
  • 4Stop the Fuss7:16
  • 5Spying Glass5:12
  • 6Let's Live in Love8:45

informations

Enregistré et produit à la fin des années soixant-dix par Lloyd ‘Bullwackie’ BARNES au studio Bullwackie’s, Bronx, New York.

line up

Horace Andy (voix, basse, guitare), Jah T (basse, guitare), Myrie Dread (basse, piano, orgue), Henry ‘Snowhite’ Seth (batterie), Junior Delahaye (batterie, ingénieur du son), Toney Allen (guitare), Ras Menelik (percussion), Owen Stewart (piano, orgue)

chronique

black music / reggae / dub / sleepy inna bronx version

À l’ouverture, un grondement vous aspire. Lointain comme un vide qui soudain se dilate. Pas moins anxiogène. L’écho vrillé d’on ne sait trop quoi, d’abord. Et puis la pompe, la rythmique hydraulique. Accords plaqués en remontant sur le deux et le quatre. Écho partout, cymbales crissantes, mix sans fond. Le son déjà classique du dub ? L’Inchangée Profondeur du genre, formules appliquées au quart de gradation près sur les potentiomètres, depuis le temps des Fondateurs ? Pas vraiment. Non. Tout de suite, il se passe autre chose. Ces trémolos de guitare, par exemple, avec leur groove en sourdine, presque asphyxié. Et puis comme un détail dans le son, un éclairage qui évoquerait l’Île aux Trésors comme un souvenir voilé, une absence, une gêne vaguement douloureuse.

De fait on est ailleurs. En plein Bronx, à vrai dire. Chez Bullwackie, précisément. En bon producteur jamaïcain (certes bien délocalisé), ledit Lloyd Barnes importe ici ses manières et méthodes de parfait contrebandier. Pas un simple pirate, non. Un passeur en alerte, un commerçant habile. Un brouilleur de pistes. En l’occurrence il taille entre ses murs d’accueil (une affaire, sans doute, de rares mètres carrés) une enclave de Sound System. Comme au pays ? Non, bien sûr, pas tout à fait. Comme nombre de ses compatriotes, il adapte et se fond, hybride et maquille. Implante ses réseaux, les ramifie ; jauge les Locaux pour en faire des auxiliaires ; répartie les cargaisons ; pèse et redistribue, les mêlant à ses fonds de cale, les marchandises du cru ; substitue les denrées, affine les échanges et les permutations. Plus que d'autres, il colle à ses racines. Pas de hip-hop embryonnaire, ici, pas de souches trop manifestement mutantes. Il n’empêche. Dans cet espace inouï que creuse le dub, partout où il s’implante, s’engouffre un air différent. Plus sec, plus vicié. La tension des rues alentours, avec leur misère plus sale, plus poussiéreuse, plus suie. Ici point de mangrove où s'isoler, se cacher. Aucune langueur tropicale. Et ce parti pris d’allonger les morceaux en d’interminables ‘discomixes’ (ces versions destinées aux dancehalls -tiens donc- et qui alternent sans coupures passages purement dubs, aux voix effacées ou triturées, et couplets ou refrains maintenus dans leur entière intelligibilité) qui, curieusement, amplifient et distordent le malaise, la hantise, la nervosité du flux sans jamais les diluer.

Et puis bien sûr, il y a cet impossible organe. Unique, toujours étranger, autre. Haut perché, chevrotant par phases mais exempt du falsetto très soul qui ailleurs illumine, érotise l’anomalie (chez Junior Murvin, chez Cedric Myton des Congos, chez Desmond Dekker bien avant ceux-là…). Délicate, oui. Mais on ne peut la nommer douceur, pas tout à fait, cette qualité toute spéciale de l'interprétation. Ensommeillée souvent, parfois jusqu’à la torpeur. Mais jamais totalement apaisée. Conscient du gemme singulier qui lui tombe entre les mains, ‘Wackie décide d’en magnifier l’étrangeté. Ce timbre étonnant, il ne cherche pas à le polir. D’une piste sur l’autre il le multiplie, superpose les lignes, trace des parallèles et lie des entrelacs. Le chanteur harmonise avec lui-même, en duos, en trios. En mineur, souvent. Les effets prolongent encore son phrasé traînant, ondulé. Et ses histoires, ses mises en garde, ses appels ou ses suppliques, rayonnent d’une aura d'inquiétude à nulle autre semblable. Du spleen en sillons que rien ne vient abréger. Sans remède envisagé. Clairement, le très secret Horace n’est pas ici en ses lieux familiers. Trop de bruit dans cette ville. Toute latitude, pourtant, lui est laissée. Il choisit son répertoire, couche les favorites d'entre ses chansons telles que lui les entends. Des instruments, même, lui passent entre les mains, afin qu’il leur insuffle lui-même la couleur. Mais sans doute, ses rues lui manquent, et le refuge des collines proches. La promesse même du bonheur, des caresses, se teinte d’un mélancolie à vif. Les incitations à l’Unité ont quelque chose de noué, d’insidieusement retenu, comme l’espoir ou la menace d’une émeute ou d’un esclandre.

Non, ce dub-là, proche cousin de l'originel mais à la musculature plus lourde, tendue d’un plus puissant voltage, bourdonnant d'un stress jusqu'alors inconnu, n’enrobe rien. Le luxe tout relatif des moyens, la modernité des équipements (par rapports aux studios des pionniers) n’amortit pas le choc. Il expose au plus nu cette bizarre beauté, souple dans sa marche, chaloupée, mais rêche sur la peau, au tympan ; âpre sous la langue et pourtant veloutée. Fragile et assurée. Ce son-là ne noie pas l’énigme. Il nous la livre, telle quelle, opaque et sans excuse. Ainsi se coule en nous l’ambiguë séduction.

Très bon
      
Publiée le mercredi 25 mars 2009

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Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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Un millésime de noirceur anxiogène. Probablement dû à cette reverb qui fait sonner chaque répétition de manière encore plus sombre que celle qui la précède. Un grand disque.

Note donnée au disque :       
Damodafoca Envoyez un message privé àDamodafoca

Tu dis vrai : n'oublions pas que SVT a été... un rasta blanc !

born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Ah chez Harvestman oui, j'y avais pas pensé mais sans problème, oui. Quant à la sensibilité, traveller machin et transe : ok. Les dreadlocks de SVT, remarque, aussi.

Damodafoca Envoyez un message privé àDamodafoca

Ah oui, ça s'emboite bien avec rhythm & sound : d'ailleurs Kevin martin joue souvent du Horace Andy de cet album avant d'enchainer sur un Queen in my empire en DJ set, et avec des grosses enceintes, ça ramone bien le bas ventre comme il faut. Sinon pour le lien avec Neurosis : c'est probablement moins frontal qu'avec Om ou Sleep mais on va dire que pas mal de musiciens de stoner/sludge/doom aiment le dub et le reggae, et que ça peut infuser dans la musique (l'utilisation du delay, les longues séquences répétés et hypnotiques, certaines lignes de basses..) Rien de franc chez Neurosis, mais Von Till revendique la place de cette musique dans la sienne maintenant.

kalcha Envoyez un message privé àkalcha

D'ailleurs, de mémoire, le catalogue de Wackie's est désormais géré par le label Basic Channel, sous-division de Rhythm & Sound. CQFD.

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