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Leonard Cohen › I'm Your Man

cd • 8 titres • 41:00 min

  • 1First We Take Manhattan6:01
  • 2Ain't No Cure for Love4:50
  • 3Everybody Knows5:36
  • 4I'm Your Man4:28
  • 5Take This Waltz5:59
  • 6Jazz Police3:53
  • 7I Can't Forget4:31
  • 8Tower of Song5:37

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Leonard Cohen, Roscoe Beck, Jean-Michel Reusser et Michel Robidoux

line up

Leonard Cohen (chant, claviers), Vinnie Colaiuta (batterie), Peter « Sneaky Pete » Kleinow (pedal steel guitar), Jude Johnson (chant), Anjani Thomas (chant), Jennifer Warnes (chant), Meyl Assouly (voix), Evelyine Hebey (voix), Elisabeth Valletti (voix), Jeff Fisher (claviers), Bob Stanley (guitare), Peter Kisilenko (basse), Tom Brechtlein (batterie), Lenny Catsro (percussion), Michel Robidoux (batterie, claviers), John Bilezikjian (oud), Richard Beaudet (saxophone), Raffi Hakopian (violon)

remarques

chronique

Styles
chanson
new wave
pop
Styles personnels
leonard cohen façon new wave

Leonard Cohen serait donc devenu un ringard. Un crooner à ménagères. Maman en était une, et elle mouillait autant sa serpillère sur Various Positions que sur celui-ci - mais je préfère nettement I'm Your Man (pas pour cette banane qu'il a piquée au Velvet, mais surtout pour un morceau - je vous dirai lequel après - et puis aussi parce que la production me semble plus à son avantage). On l'a vu avec Various, parfaitement cerné par mon collègue Sheer-Khan : Cohen a totalement viré années 80, mué, en apparence si on regarde vraiment vite, en laquais romantique de la race des Paul Anka et Pat Boone. Mais Cohen est un vieux brigand, et intelligent avec ça, toutes candeur et bonhommie venant de lui ne sont qu'illusion. Il n'a pas accepté ce travestissement. Il l'a calculé. Finies les guitares, adieu la finesse du bois et la sobriété des arrangements... l'opportunisme cependant ne lui a rien fait perdre de son talent de parolier et d'interprète ; au contraire même : il va se révéler capable d'atteindre des sommets d'écriture, maniant les double-sens et le mystère, l'occulte et les poésies les plus intimes, en faisant montre d'une présence vocale plus intense que jamais. Bien qu'il ne soit pas débarrassé d'un feeling plus que borderline avec la variétoche ("Ain't No Cure For Love"), par rapport à Various Positions, Cohen a selon moi gagné en épaisseur, du moins sur un morceau. Et ce morceau c'est "First We Take Manhattan" : une introduction d'une tension et d'une ambiguïté rares dont la puissance de pénétration mentale rappelle le Cohen qui a fait "Avalanche", un Cohen insaisissable, fascinant, casseur d'ambiance impeccable. "First We Take Manhattan", c'est le tube pop cryptique ultime des années 80, fait par un gentleman avec un style et une intelligence a faire passer le commun des songwriters pour des petites bittes. Derrière ce gimmick de synthé glacial et ces choeurs nunuches (dont l'ironie n'échappera qu'aux balourds), se trame une atmosphère de menace, de sarcasme (le rire qu'il lâche vers la fin me file des frissons à chaque fois), de fantasme, et, qui sait, de comptes à régler avec l'Histoire (et son histoire personnelle)... ? Cohen y est magistral et signe un de ses textes les plus complexes et métaphoriques. Même ses détracteurs habituels, qui le considèrent comme un vieux pète-sec aux rengaines monotones pour maisons de retraite quand ce ne sont pas les morgues, ne pourront pas être sourds face au degré de menace latente de ce pur chef d'oeuvre, son côté à la fois totalement accessible et parfaitement impénétrable. A la suite de ce rigide incipit, s'empilent sept morceaux dans la droite lignée de ce qu'il y avait sur Various Positions, en un peu plus "net", puisque je n'arrive pas à trouver mieux comme terme, avec au rayon cosmétique les choeurs de la toujours impeccable Jennifer Warnes. Quasiment que de la guimauve de luxe. Maman, par exemple, vous aurait dit qu'elle aime beaucoup "I'm Your Man", et qu'elle l'aurait volontiers casée entre deux tubes de Marc Lavoine sans sourciller. Comment une femme qui fait d'aussi bonnes madeleines peut être aussi vulgaire ? "I'm Your Man", c'est une des plus simples et des plus belles chansons de Cohen, une chanson de gentleman qui crève le coœur, sans avoir l'air d'y toucher... tu files des paroles comme ça à Tom Waits ou Nick Cave, ils t'en font direct un truc assomant, surjoué, caricatural et grossier. La juste mesure, maman, voilà de quoi je te parle. "Jazz Police", nourri à la new wave funky, fait curieusement ou non penser à Gainsbarre, celui, pataud, outrancier et synthétique, de Love On The Beat et You're Under Arrest. Les choeurs ont quelque chose d'un peu Klaus Nomi, presque malsain... le seul morceau "bizarre" en dehors du premier. "Everybody Knows" rentre dans la tradition des rengaines méditatives et télépathiques du Maître, une molesse qui fait dire à ses éternels détracteurs qu'il est le somnifère idéal, mais une justesse et une économie d'énergie pour un maximum de magnétisme. On pourrait dire exactement la même chose du final, "Tower Of Song", délicate mélopée sur laquelle Cohen pose un regard à la fois dur et amusé sur le passé, sans se répandre en chouineries. Pas le genre de la maison, on préfère ravaler ses larmes, et y aller de la désinvolture, de la sagesse... une émotion très fine, réservée aux gourmets, un peu comme les madeleines de Maman en fait... Oui, j'aime beaucoup ce Cohen quinqua, vêtu de kitsch mais plus mûr et charismatique que jamais. Je n'ai jamais vraiment mis le doigt pile sur ce qui me fascinait dans ce disque en particulier, mais quand j'aurais moi aussi des cheveux gris il sera encore là, fidèle compagnon, tendre canaille, étrange mentor, mystérieux étranger ; jamais dupe. Et surtout ringard, ringard, ringard...

note       Publiée le dimanche 12 février 2012

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Note moyenne        10 votes

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nowyouknow › jeudi 30 janvier 2020 - 20:02  message privé !

Everybody Knows est utilisée avec insistance dans le troublant Exotica (1994). J'avais été surpris de découvrir qu'il s'agissait de Cohen tant la voix n'a plus rien avoir avec ses débuts... C'est osé voire périlleux cette façon de jouer avec ces chœurs féminins racoleurs et ces synthés sur le morceau d'ouverture! Au final l'album sonne bien et est arrangé avec goût, chose rare chez les mecs de sa génération à cette époque. Si First We Take Manhattan et Jazz Police ont un bon goût de décadence européenne, Leonard se laisse roucouler en maître sur la chanson titre (que j'aime beaucoup) ou sur Everybody Knows... Vraiment un très bon album.

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zugal21 › jeudi 5 décembre 2013 - 19:54  message privé !

Un sans faute, vu d'ici

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E. Jumbo › mercredi 15 février 2012 - 00:12  message privé !

On est assez loin de la chro barbante qui parle de tout sauf du disque là non ? Et même si ce ne sont pas mes préférées, ça fait jamais de mal face aux innombrables chroniques plates et carrées qui peuplent le net. Au sujet de cet album, la production est vraiment impressionnante de synthétisme total, de kitsch 80's & co, mais ouais on se rend vite compte qu'à l'écriture Cohen est toujours aussi grand.

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Int › mardi 14 février 2012 - 15:02  message privé !

Le corbac est la meilleure plume du site, faut pas déconner.

cantusbestiae › mardi 14 février 2012 - 14:28  message privé !

Effectivement tu ne pourrais pas vraiment compter sur moi pour lire ta prose.