Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesAAphrodite's Child › 666

Aphrodite's Child › 666

  • 1971 • Vertigo 6673 001 • 2 LP 33 tours

lp 1 • 16 titres

  • Face 1
  • 1The System
  • 2Babylon
  • 3Loud, loud, loud
  • 4The Four Horsemen
  • 5The Lamb
  • 6The Seventh Seal
  • Face 2
  • 7Aegian Sea
  • 8Seven Bowls
  • 9The Wakening Beast
  • 10Lament
  • 11The Marching Beast
  • 12The Battle of the Locusts
  • 13Do It
  • 14Tribulation
  • 15The Beast
  • 16Ofis

lp 2 • 8 titres

  • Face 3
  • 1Seven Trumpets
  • 2Altamont
  • 3The Wedding of the Lamb
  • 4The Capture of the Beast
  • 5
  • 6Hic et Nunc
  • Face 4
  • 7All the seats were occupied
  • 8Break

enregistrement

Enregistré à Europasonor à Paris – Produit et arrangé par Vangelis Papathanassiou Ingé-son : Roger Roche – Assistant : Jean-claude Conan – Coordination de la production : Gerard Fallec – Passait par là : Giorgio Gomelsky – « This work was recorded under the influence of ‘SAHLEP’ »

line up

Vangelis (Vangelis Papathanassiou (Composition, piano, orgue, flute, percussions, vibes, backing vocals, ‘various others’)), Demis Roussos (basse, chant, backing vocals), Lucas Sideras (Batterie, backing vocals, chant sur ‘the beast’ et ‘break), Silver Koulouris (guitars, percussions), Harris Halkitis (basse, saxophone tenor, congas, backing vocals), Michel Ripoche (Trombone, saxophone ténor sur ‘babylon’ et ‘hic et nunc’), John Forst (narration), Yannis Tsarouchis (texte en grec), Irene Papas (vocaux hystériques sur ‘~’), Costas Ferris (écriture des textes)

remarques

chronique

Styles
musique électronique
pop
progressif
rock
hard rock
psychédélique
Styles personnels
space rock méditérannéen / pop / prog

Aphrodite’s Child sur guts ? Et comment ! 666, de Aphrodite’s Child, s’il vous plaît. J’ai pas pu me retenir jusqu’au premier Avril, ça aurait sûrement fait croire à une farce. Ce disque, jusqu’à ce que je rassemble mon courage pour l’écouter, m’avait considérablement effrayé, non pas par son concept diabolique (L’apocalypse de Jean chantée par Demis Roussos, et ce n’est pas une blague du Kamoulox), mais bien par le déluge de guimauve et de claviers ronflants que je m’apprêtais à recevoir, sûr de mon équation « Rain and Tears + concept fumeux = au feu les pompiers ». Je craignais le désastre, l’album ambitieux et totalement dépourvu des arguments choc des progueux anglais où même italiens de la même époque. J’en oubliais la réputation de qualité du label Vertigo à ses débuts… Les seuls qui autorisèrent la propagation à grande échelle de l’imagerie satanique de Black Sabbath à l’époque… Il était donc logique qu’ils soutiennent ce projet un peu cinglé. Et ils ont eu raison. Car Aphrodite’s Child avait une sensibilité bien trop pop pour se lancer dans de grandes envolées techniques que le groupe n’aurait de toutes façons pas pu assumer (sauf son leader, Vangelis). Résultat, on tient là un double album concept bien plus proche des Who de la même époque que du genre progressif… Ecoutez l’ouverture coup de poing, Babylon, pour vous en convaincre. Ça ne vous rappelle pas Pinball Wizard ? Cette gratte sèche surexcitée, cette dynamique… Pourtant, dans les structures, on est aussi loin du progressif que du rock classique… On est quelque part dans un espace interlope, tout à fait singulier, qui doit beaucoup aux arrangements de Vangelis, qui montre ici un talent incomparable pour les atmosphères inquiétantes et évoquant la religion. Le groupe fait mouche systématiquement pour l’installation d’ambiances dès les premières secondes de chaque morceau : orientalisme hippie (The Seventh Seal), lente expiation ambient au purgatoire (Aegian Sea, vénéneux et fascinant) ou encore paysage de désert métaphysique à la Dali avec The Four Horsemen, une tuerie en règle où Demis Roussos chante comme un dieu un texte malsain, avant de partir dans des « Pa pa pa, papa padalala » qui désamorcent parfaitement la grandiloquence de l’ensemble… Si tout l’album semble évoquer en filigrane un sujet grave (Altamont, la stupidité du genre humain et surtout la puissance terrifiante de la foule), il y a toujours une once de dérision qui traîne quelque part, comme sur ce Hic et Nunc tout droit sorti de Hair, la comédie musicale – en guise d’hommage à la maxime flower power : Be Here Now. Cela dit, l’atmosphère s’épaissit et devient bestiale dès The Marching Beast, qui annonce le début des hostilités instrumentales… à partir de là, chaque instrumental est annoncé par une voix mécanique, sans pause dans la musique, et l’effet est saisissant : tout s’enchaîne avec brutalité et déferlement de batterie aux sabots plombés (Do It). Silver Koulouris, le gratteux, n’est pas en reste, la preuve sur les nombreux solos brûlants qui parsèment ce disque (Aegian Sea, ce son !), où le déluge d’accords psychés en diable de titres comme The Lamb. Le seul reproche qu’on pourrait faire à cet album, finalement, c’est de ne pas nous faire entendre plus souvent le chant de Demis Roussos, qui, croyez-le ou pas, est juste d’une efficacité et d’une beauté hallucinante… Une voix presque féminine, au timbre étrange, asiatique, qui joue ici le rôle de l’oracle annonçant la grande tribulation, période de tourments intense précédent le jugement dernier. Il joue les muezzins messianiques sur Lament, mais incarne surtout le pendant efféminé de Roger Daltrey sur les énormissimes Babylon et The Four Horsemen, et c’est bien connu, le diable est androgyne. Le reste des voix du disque est malheureusement assuré par des spoken words comme Hawkwind le fera plus tard… Il s’agit de la bible, après tout. Mais si vous voulez mon avis, cela est plus à mettre sur le compte du partage en couille de l’album au fur et à mesure qu’on y avance… 666 est un album progressif… Progressif dans la défonce. Ça commence concis, soft, et plein de bonnes intentions (Le très hippie Loud, Loud, Loud), et petit à petit, ça dérape, dès le milieu de la deuxième face avec
Tribulation (mais qu’est ce que c’est que ça ??) et un The Beast complètement débilos chanté par le Ringo Starr du groupe en mode délire potache. La peinture de la pochette intérieure, étrangement troublante, illustre tout à fait la dégénérescence entendue ici. Le deuxième disque a sûrement été entièrement réalisé sous acide. Les salauds y ont placé un morceau interminable judicieusement baptisé du signe de l’infini sur lequel Irene Papas vient nous jouer un numéro de possédée par le démon assez éprouvant, oscillant entre l’orgasme débridé, la folie et l’accouchement… Sans compter que le groupe s’écarte un peu des écrits pour évoquer Altamont, ce qu’ils étaient peut-être bien les premiers à faire depuis la tragédie… La dernière face frise presque le foutage de gueule puisque les musiciens, sans doute trop usés par les orgies pour continuer, ont foutu un espèce de medley de tout l’album sur All the Seats Were Occupied (ce titre est LOUCHE), façon montage de bandes… Ca prend les 3 quarts de la face (posé sur une jam visiblement écartée du disque, à l’origine), et ça a déjà été fait de manière plus concise et efficace par les United States of America. Ils n’ont même pas pris la peine de composer du remplissage (sans doute facile pour Vangelis), mais nous laissent tout de même sur une pop song en hommage à leur style des années 60, ainsi qu’un adieu du groupe. Ainsi ce termine ce projet gargantuesque, élaboré pendant 3 ans par Vangelis tandis que le groupe écumait les salles avec un remplaçant à l’orgue, enregistré « sous l’influence du Sahlep » (une boisson turque à base de lait), et censuré dans de nombreux pays (entre la bible, les cris obscènes d’Irène Papas et le Sahlep, que tout le monde avait pris pour une nouvelle drogue super dangereuse, il y avait l’embarras du choix !). Résultat : gouffre financier ! Bref, un album aux ambiances mystiques tuantes et pas boursouflé une seule seconde, farci de tubes sur le premier disque, indispensable pour qui n’est pas allergique au son de ces années-là.

note       Publiée le vendredi 6 février 2009

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "666".

notes

Note moyenne        17 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "666".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "666".

SEN › vendredi 15 janvier 2021 - 12:22  message privé !

Super disque quand même, à part quelques titres par ci par là des Aphrodite's Child j'avais jamais pris le temps d'écouter cet album dont on m'avait pourtant parlé... ben j'avais tort !

Note donnée au disque :       
cantusbestiae › lundi 25 juin 2018 - 12:36  message privé !

Il y a parfois des révélations, généralement tardives, qui vous bouleversent. Cet album en est une. J'ai souvent entendu parler d'AC, le groupe de Vangelis et Demis Roussos, en bien d'ailleurs mais j'avais un peu de mal à me figurer ce à quoi cela pouvait ressembler, sans pour autant être assez curieux pour tenter l'expérience. Il n'est pas dit qu'à l'époque j'aurais nécessairement accroché à cet album-concept pour le moins étrange. Aujourd'hui c'est une autre histoire, je suis totalement obsédé par "666" qui malgré quelques défauts (l'infernal "infinity", du proto Diamanda Galas en moins bien) me fout des frissons. De l'immense "Four Horsemen" et ses envolées vocales sublimes, à l'enchaînement dévastateur "Battles of the Locus" / "Do it", en passant par le potache "Hic et Nunc", j'y trouve un plaisir sans pareil. A la croisée des chemins, sur les cendres du flower power, AC propose sa version de l'Apocalypse, irrésistible, chaotique, à la fois grandiloquente et intimiste. Son pot-pourri prog/hard/pop n'a pas à ma connaissance d'équivalent.

Note donnée au disque :       
Dun23 › mercredi 12 avril 2017 - 15:30  message privé !

Vu le titre, c'est certainement l'effet escompté. Mais ça se noie bien dans All the seats were occupied, qui est un gros foutoir mais dont j'aime bien la première partie.

zugal21 › mardi 11 avril 2017 - 19:21  message privé !

Réécouté après une longue pause. C'est bon, en fait, oui . Par contre, je continue à bloquer sévèrement sur le titre avec Irène Papas, qui me hérisse... Mais va savoir, peut-être est-ce ce qui est attendu...

Note donnée au disque :       
Dane › samedi 8 avril 2017 - 20:51  message privé !

Sur le cul quand je l'ai découvert il y a quelques années. "Aegian Sea" est effectivement un superbe morceau, ça vaut du Pink Floyd, mais bon quand même Vangelis finalement. Le solo de "The Four Horsemen" me scotche à chaque fois.
Garden of Delight ont repris la dernière phrase de "Seventh Seal" pour ouvrir leur album "Radiant Sons".
Je me suis déjà dit la même chose que toi, pour Demis ou d'autres, je pense que c'est le cas de beaucoup ici. Sinon il y a environ 20 ans, deux types m'avait dit : "Tu verras, dans 20 ans tu aimeras (on disait pas "kiffer"...) les Doors, Hendrix, Led Zep...". Ils ne s'étaient pas trompés...