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Beck › Mellow gold

  • 1994 • Geffen GED 24634 • 1 CD

cd • 12 titres

  • 1Loser3:54
  • 2Pay No Mind (Snoozer)3:03
  • 3Fuckin' With My Head (Mountain Dew Rock)3:41
  • 4Whiskeyclone, Hotel City 19973:28
  • 5Soul Suckin' Jerk3:55
  • 6Truckdrivin' Neighbors Downstairs (Yellow Sweat)2:55
  • 7Sweet Sunshine4:17
  • 8Beercan4:00
  • 9Steal My Body Home5:32
  • 10Nitemare Hippy Girl2:54
  • 11Mutherfuker2:05
  • 12Blackhole5:17

enregistrement

Enregistré chez Karl et chez Rob et sur le 4 pistes de Beck - Produit par Karl Stephenson (sauf 2, 6, 10, 11, 12), Rob Schnapt (sur 2, 3, 10, 11, 12), et Tom Rothrock (1à 3, 10 à 12) - Mixé par Rob Schnapt et Tom Rothrock - Masterisé par Stephen Marcussen à Precision Mastering, Los Angeles, CA

line up

Tom Rothrock, Rob Schnapf, Karl Stephenson (composition, sur la 1,5,7,8), Petra Haden (violon sur Blackhole et Steal my body home), Rob Zabrecky (basse), Mike Boito (orgue), David Harte (batterie), Beck (le reste, probablement)

remarques

Artwork par Robert Fisher

chronique

Styles
folk
hip-hop
punk
rock
psychédélique
indie rock
Styles personnels
lo-fi > who's fuckin with my head

“In the time of chimpanzees, I was a monkey...” Au temps des chimpanzés, quand nos ancêtres avaient encore cette coutume primitive qui consiste à acheter des cd’s, il était un single savant plus malin que les autres… Un petit bricolo sans prétention que le monde s’obstinait à prendre au sérieux… L’archétype du mec qui gratte sa guitare depuis des années dans son coin et que 4 mecs en costard cravate encerclent tout d’un coup en se lançant des petits "hummmm, interessant", "les jeunes adorent ça", "c’est de l’art brut, très touchant". Non, Mellow Gold n’était pas supposé être touchant. Mellow Gold était un one-shot pur et dur, une grosse aberration qui s’est retrouvée dans tous les carrouf de la planète par le simple effet "appel d’air" entraîné par Nirvana, et une aberration qui aurait du rester sans suite… Loser aurait-dû être un peu comme How Bizarre de OMC, où Walking on the Sun de Smashmouth, un tube du grenier qu’on ressort pour les soirées années 90 et rien de plus… Et Beck aurait fait comme son acolyte Karl Stephenson, avec qui il bricola une bonne partie de ce Mellow Gold… Ce dernier décrocha un hit avec Dream sous le nom Forest for the Trees et sombra, parait-il, dans la folie juste après, en tout cas dans l’oubli ça c’est certain. Mais Beck, un peu à la manière de Eels qui refusa de n’être que "le groupe qui a pondu Novocaine for the soul", semble s’être pris à son propre jeu. Mais pour l’instant nous sommes en 94. Geffen, après le suicide de Kurt Cobain, a besoin de chair à canon toute fraîche. Beck semble le successeur tout indiqué… Sauf qu’il ne signera qu’après avoir obtenu le droit de sortir des disques sur des labels indépendants, parallèlement à son deal avec la major company. Geffen, en ces temps de ruée vers l’underground et de marché du disque florissant, accepte. L’album choisi pour être balancé au 4 coins de la planète est Mellow Gold, mais il est en réalité tout aussi peu commercial que les deux autres disques sortis la même année par Beck, grâce au fameux deal. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Beck a décroché un mega-hit en faisant n’importe quoi (sa méthode de travail était pour le moins expéditive, à l’époque), logique que l’album soit à l’avenant. Mellow Gold exhale un parfum inimitable et dégage une atmosphère qu’aucun autre disque n’atteindra par la suite… C’est une décharge d’objets trouvés, une baraque en bois perdue dans un terrain vague devant laquelle s’amoncelle une montagne de jouets cassés, de ressorts rouillés, d’ustensiles de garagiste, de cadavres de bidets, et d’une multitude de trucs que plus personne ne veut. Les mots manquent pour décrire un tel foutoir. Beck y est tout sauf sérieux. Suffit de regarder la pochette… Non mais sans rire, qui, à part peut-être les Butthole Surfers ou les Revolting Cocks, aurait pu pondre une pochette pareille ? Tout est déjà dit rien qu’en la regardant… La quintessence du style Beck 94 s’y trouve concentrée, bien plus que dans les 3 clips 100% foutage de gueule balancés sur MTV (qui lui donne envie de fumer du crack, de toutes façons), encore que le mec avec un masque de tête de mort qui nettoie un pare-brise avec un balai en feu, ça peut aussi vous donner une idée du truc. Décrire la musique ne sert strictement à rien. Je pourrai vous dire que, déjà, Beck tourne à 2 ou 3 idées, pas plus, du rap drolatique façon Beastie Boys de récupération (Beercan et Loser), au folk d’errance nocturne pour foyers de sans abris (Pay no mind, Whyskeyclone), en passant par les bonnes tranches de déconne lo-fi qui ont de quoi traumatiser le pauvre péquin qui tombe sur ce disque au carrefour de Roquefort-la-Bédoule un beau jour de 94 (Sweet Sunshine, l’inénarrable Mutherfucker). J’allais oublier les litanies ovniesques sous tranquillisants, à écouter en savourant un coucher de soleil le cul dans la poussière parmi les mimosas (Steal My Body Home et Blackhole, chef d’œuvres qui ne disent pas leur nom). Plus le temps passe plus l’indéfectible candeur, l’humour potache et la poésie de trottoir de ces 12 morceaux devient précieuse… Mellow Gold avait tout du disque vendu à 3 exemplaires, oublié du monde entier 3 jours après sa sortie… Le même temps qu’il aura fallu pour l’enregistrer. Le disque se referme sur une grosse farce lo-fi à la Mr Bungle nommée Analog Odyssey, histoire d’enfoncer le clou pour ceux qui n’auraient pas compris que tout ceci n’était qu’une blague… Et ils sont encore nombreux… Les 3 premiers morceaux sont pourtant assez clairs : Beck est dans une logique de laisser-aller total, d’abandon de toute velléité artistique et musicale… "Give the finger to the rock’n’roll singer", lance-t-il d’une voix molassone avant de lacher "I pay no mind, I just got signed". “I ain’t got no soul” hurle-t-il à la foule qui s’approche pour lui jeter des cacahuètes à la fin du morceau suivant… Le truc ultime à savoir, en définitive, sur Mellow Gold, c’est que les poubelles, la crasse, le rien-à-dire, le vagabondage, et le désordre sont des vecteurs de libertés et des refuges contre l’age adulte… Peut-être les derniers à ne pas avoir été investis par les clichés et par le marketing tout puissant… Malheureusement, Mellow Gold ne restera pas sans suite, et ce n’est pas la "culpabilité moderne" de Beck qui donnera tort à mes théories fumeuses, malgré son titre éloquent… Beck théorisera ses créations dès Odelay, mais avec Mellow Gold, il était vraiment au top du branquignole-staïle. "I ain’t got no inclination/To give away my sweet sensation" et pis c’est tout, oubliez ma chro, le voilà le manuel. Tu l’as ou tu l’as pas. Unique au monde, inimitable, irrécupérable, incompréhensible, et profondément, intrinsèquement, intégralement… INUTILE. Donc indispensable. Mellow Gold.

note       Publiée le vendredi 23 janvier 2009

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Note moyenne        16 votes

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NevrOp4th › dimanche 4 novembre 2012 - 11:04  message privé !

Très bonne critique Dariev. Bravo. J'aime beaucoup ce disque de Beck, il m'a beaucoup suivis dans ma vie. Une valeur sûr en ce qui me concerne.

Note donnée au disque :       
Ignus › jeudi 12 janvier 2012 - 00:36  message privé !

Putain, Sea Change, je m'en remet pas...

zugal21 › jeudi 29 septembre 2011 - 18:59  message privé !

Pas acheté à l'époque. Pas écouté non plus. Je le trouve en promo ce jour, je le prends. Et ben : Beurk, un peu, hein

Note donnée au disque :       
Alliage › jeudi 14 avril 2011 - 13:20  message privé !

R.I.P. Pauly Fuemana

Note donnée au disque :       
Wendy Scabtree › jeudi 22 avril 2010 - 02:14  message privé !

Chro qui tue, exercice d'autant plus louable vu qu'il a réussit à caser le lieu-dit "Roquefort-la-Bédoule"... Je suis d'accord, inutile ET totalement indispensable.