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Nick Cave And The Bad Seeds › The Firstborn is Dead

cd | 9 titres

  • 1 Tupelo
  • 2 Say Goodbye to the Little Girl Tree
  • 3 Train Long-Suffering
  • 4 Black Crow King
  • 5 Knockin’ On Joe
  • 6 Wanted Man
  • 7 Blind Lemon Jefferson
  • 8 The Six Strings That Drew Blood
  • 9 Tupelo (Single Version)

enregistrement

Enregistré en novembre et décembre 1984, Hansa, Ton-Studios, Berlin Ouest. Ingénieur du son : Flood. Assistant : George. Produit par The Bad Seeds et Flood.

line up

Barry Adamson (basse, guitare, orgue, batterie, chœurs), Blixa Bargeld (guitare, guitare slide, chœurs), Nick Cave (voix, harmonica), Mick Harvey (batterie, piano, guitare, orgue, basse, chœurs)

chronique

Styles
black music
blues
folk
gothique
rock
Styles personnels
true noir

Il y a le fantasme ordinaire bien sûr. Grandiose ou minable dans ses détails et sa dimension, celui-là reste à jamais ès qualité. Spécialisé, enclos, pour toujours destiné à hanter les coursives scellées de la "vie intérieure", cette grande arnaque compensatoire de l’homme moderne. Des œuvres immenses peuvent bien en pousser, des vies incroyables en jaillir. Elles sonneront toujours creux ou trop mat. Fabrications ; manufacture ; arts appliqués. Et puis il y a l’anomalie, celle dont on sait, du premier regard, à première écoute, au premier contact, qu’elle est la forme en plein du rêve et de l’hébétude. Le surgissement. Le fantasme alors se mue en désir pour transpercer la cloison. L’assurance le porte, irrépressible, de ce qui à l’heur de venir au monde déjà tout formé, chargé d’expériences instantanées, inexpliquées, sillonné d’appétits féroces et innocents. Tout alors devient possible. Une bande de ravagés précoces et cosmopolites -junkies australiens, nègre-blanc des faubourgs londoniens, stratège contre l'architecture, frappeur sec à l’allure de surineur buté- peuvent bien s'inventer, en plein Berlin pas encore réunifiée, le fin fond d’un Mississippi boueux, mythologique, au ciel déchiré par l’éclair. Il savent ce qui se cache de vil au fond des grandes littératures. Et la noblesse de ceux qui hantent les carrefours, sournoisement couvert sous les pauvres habits de l’errance. L’arbre à petite fille n’est plus une métaphore. Sa séduction et son danger griffent bien plus profondément, plus méchamment, plus vivement. Les icônes du blues, les héros du peuple et du siècle, les tueurs blêmes au charme Fou, deviennent des voisins de palier. Des Familiers. Les appels et réponses du gospel peuvent chanter le Roi Corbeau Noir, ce porteur de feu à la peau toujours froide qui éclaire les moissons, embrase les esclaves, calcine les maîtres et foudroie au hasard. La ballade retrouve ce qu’elle devrait avoir d’inquiétant, de mordoré, attirante comme la mine inscrutable de l’inconnu qui passe, absorbé dans sa marche. L’hymne aux douleurs, à la souffrance se fait chant d’amour à l’existence. Lucide, solide, exalté. Lumineux et libre, véloce, élevé aux altitudes où n’atteindront jamais ces musiques que l’ont dit légères. Six cordes drainent le sang. On l’entend battre au groove d’une batterie syncopée à la serpe. Et le son suit, bien sûr. Compact, resserré comme jamais. Détaillé comme le relief d’une paroi minérale. Plastique comme la chair d’un corps sans graisse, sans autre exercice que les courses sauvages, l’absorption des corrosifs et les convulsions radieuses de l'étreinte. Plus rien, aucune note, aucun arrangement, aucune parole, aucun instrument, ne semble rapporté, maladroit ou plaqué. La fougue n’est plus adolescente ni la colère brouillonne. Rien n’est poli. Rien n’arrache au hasard. Ces hommes, désormais, sont recherchés. Peu importe l’état, la ville, le terrain de jeu. Qu’on leur destine la couche, la table des grands ou le bout d’une corde n’a finalement qu’une importance secondaire. Leur musique est la quête, la propulsion du manque qui se mue en élan. L’ombre attirante, peuplée de peurs et de promesses. Sa vitesse vous happe et son flot vous éreinte. Mort ou vif, vous en ressortez neuf. Qu’importe-t-il, alors, de confiner à l’aube ou de toucher au crépuscule ?

note       Publiée le samedi 22 novembre 2008

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Demonaz Vikernes › lundi 23 juillet 2018 - 09:55  message privé !

Une excellente découverte. Je ne savais pas trop quoi en penser lors des premières écoutes (passés les plus immédiats Tupelo & Train Long-Suffering, toujours mes morceaux favoris de l'album) mais j'ai bien fait de ne pas lâcher l'affaire.

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Rastignac › lundi 29 janvier 2018 - 14:21  message privé !
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Celui-là fait partie des plus nauséeux, noirs et malades de sa discographie. Mange ta pilule amère.

Wotzenknecht › mardi 10 septembre 2013 - 07:30  message privé !
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Oh, oh, Black Crow King... pourquoi j'écoute si peu les débuts de Nick Cave, alors qu'ils sont si bons. Ne dit-on pas qu'une habitude se prend en quarante jours ? Allez, au boulot.

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Crusard › samedi 19 juin 2010 - 20:20  message privé !

Retour à la cave départ ...

Note donnée au disque :       
Nokturnus › dimanche 13 juin 2010 - 13:36  message privé !
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mon premier contact avec le bonhomme, j'saurai pas trop quoi dire non plus à part... grosse baffe