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Annette Peacock › I'm the one

9 titres - -- min

  • A1/ I'm The One (8:45)
  • A2/ 7 Days (3:54)
  • A3/ Pony (6:15)
  • A4/ Been & Gone (2:20)
  • B1/ Blood (2:00)
  • B2/ One Way (6:12)
  • B3/ Love Me Tender (3:45)
  • B4/ Gesture Without Plot (3:29)
  • B5/ Did You Hear Me Mommy? (1:44)

enregistrement

Produit par Annette Peacock et Bob Ringe - Dirigé, composé et arrangé par Annette Peacock

line up

Barry Altschul (percussions), Mike Garson (piano & orgue sur "I'm the One", orgue sur "One Way"), Glen Moore (basse sur Blood), Airto Moreira (percussions), Annette Peacock (chant, vocaux electriques, pianos acoustiques et electriques, synthétiseurs, vibraphone electrique), Dom Um Romao (voix, berimbau, cuica, percussions), Tom Cosgrove (guitare), Stu Woods (basse), Rick Morotta (batterie), Paul Bley (synthetiseur & piano sur "Blood" et "Gesture Without Plot"), Laurence Cook (batterie sur "Gesture Without Plot"), Michael Moss (saxophone tenor), Orestes Vilato (percussions), Apache Bley (piano sur "Did you Hear Me Mommy?")

remarques

chronique

Styles
black music
funk
electro
jazz
avant garde
Styles personnels
ella goes to space

Dans les insondables galeries des musiques sombres et expérimentales, il fallait un sacré coup de pelle pour la dénicher, celle-là. Annette Peacock. Drôle de femme. Immergée dans la scène Jazz new yorkaise des années 60, elle est un peu comme Julie Driscoll/Tippets en Angleterre : la fille qui a changé son nom, qu’on entend sur les disques de tout le monde, qui semble ne jamais pondre son propre projet, mais qui, avec du recul, a abattu une sacrée quantité de morceaux. Annette Peacock, elle, s’est lancée avec cet album dans une très longue carrière solo incroyablement confidentielle, comme bon nombre de femmes musiciennes. Il lui aura fallu quelque 6 années de projets divers avant de se lancer toute seule, au cours desquelles elle aura eu plusieurs révélations (le LSD, l’adoubement d’Albert Ayler, la découverte avec son acolyte Paul Bley des synthés tout juste fraîchement sortis du cerveau de Robert Moog…). Le résultat est là : matez-moi cette pochette pleine de défiance, ce regard de cyborg que même Madonna n’a encore jamais osé, et ces couleurs over-the-top, qui scintillent façon peinture métallisée sous la lumière… Et une fois le diamant dans le sillon, me direz-vous ? Eh bien, le qualificatif qui me vient est flamboyant. Totalement libérée des éventuels carcans (free) jazz, musique électronique, soul, pop ou funk, Peacock brasse le tout dès le premier morceau, valant à lui seul l’achat du disque : Après une intro austère signifiant l’entrée en terra incognita pour l’auditeur (on est quand même sur RCA… vive les 70’s), la maîtresse des lieux, accompagnée par ce bon génie de Mike Garson - bien plus libre que chez Bowie et ici encore crédité à "Michael" - invoque une prouesse de chanson à tiroirs qui mute rapidement en jerk spatial complètement barré, pour retomber sur des vocalises triturées par les machines sur un tempo blues. L’ensemble carillonne de schizophrénie et de délire futuriste tel qu’aurait pu piquer Polnareff à la même époque (un autre freak absolu, tiens). Si certains crieront au viol auditif, d’autres, dont votre serviteur, ne se remettront jamais de leur première écoute. "Can’t you feel it in my skiiiiiin" hurle-t-elle. On comprend mieux en lisant certaines notes de pochette : “Pain and pleasure are equal but different”. 7 Days joue le contraste total : dépouillé et poignant, il montre une autre facette de l’artiste. Beaucoup plus torturée et vulnérable… On retrouve la classe féline du début sur Pony, funky et sauvagement cool dans la rythmique, déconstruit dans les lignes de chant, Peacock semblant jouer de sa voix comme un saxophoniste de free jazz ferait avec son instrument. Ce qui n’exclue pas la parcimonie. Ses expérimentations vocales semblent, étrangement, ne pas avoir trouvé d’écho, malgré l’idée pourtant intéressante : filtrer sa voix à travers un synthétiseur, et en moduler les effets pour changer le timbre des cordes vocales en direct. Peacock est une pionnière. A ce moment de l’album, elle semble flotter telle Barbarella dans des bulles de son au dessus de nos oreilles… Mais le vrai malaise fait son apparition à la fin de la face A, sur Been & Gone… Piano et voix résonnent dans la solitude d’une pièce, comme sur 7 Days, mais quelque chose a cassé. La face B s’ouvre sur un morceau aux paroles très vindicatives, le bien nommé Blood, où Paul Bley joue les Duran Duran tandis que la belle s’époumone… Mais les paroles suggèrent un rapport de force inversé. De toutes façons, et malgré le line-up garni de fines lames du milieu, sur la majeure partie du disque, Annette Peacock tient les rennes, fait à la fois le bourreau et la suppliciée. Est-ce pour cela que la face B nous donnera cette impression de triturer ses plaies un peu vainement ? La reprise de Love Me Tender tire un peu sur la corde du tord-boyaux, et le paysage futuriste esquissé au début de Gesture without plot ne suffit pas à rehausser le lot. Il est écrit sur la pochette que le deuxième couplet de ce morceau se trouve sur Continuation, le second LP de la dame... Jamais sorti. De quoi confirmer cette odeur d’inachevé, ou du moins de tâtonnements dans l’obscurité qui règne ici. Aussi perdue que nous dans ce magma de sons que nous, finalement. Ce qui n’empêche pas cet album d’être indispensable, mais riche en éléments allergènes. Ici, vous pouvez cocher toutes les cases, docteur : Kitsch, expérimental, ampoulé, dissonant, putassier, redoutablement daté pour les oreilles non habituées… Pour ceux qui restent : A Star is Born !

note       Publiée le vendredi 24 octobre 2008

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    Bowie l'aurait supplié d'apparaître aux côtés de Garson et de Mick Ronson (grand admirateur, lui) sur Aladdin Sane... En vain.
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Dioneo › lundi 20 mai 2019 - 13:50  message privé !
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Bon ! Je découvre - cet album et l'artiste tout court, encore une dont je lisais le nom depuis des lustres sans en avoir jamais écouté une note... Eh bien l'ami Dada n'exagère pas un poil ! Vraiment ailleurs, la chose. L'intro du morceau titre flotte pas loin du Sun Ra le plus "abstrait" d'à peu près cette époque et puis BOUM ! Une cassure, et on se retrouve dans des sphères proches de la Carla Bley la plus "faussement normale" (celle de Dinner Music et cie.) - en plus ouvertement tordu, toutefois. Et ça n'arrête pas, de là : voisin de tant de trucs, d'horizons - Wyatt (en plus cassant), Betty Davis (en délibérément frigorifié, congelé), les albums jazz-fusion de Jeff Beck (en bien plus inquiétant)... un tas de trucs funk, rhythm and blues, free passé cybernetique, Marianne Faithful versant Broken English (en beaucoup plus... jazz ?). La voix - blanche version chaux - arrache et attrape direct - j'entends bien ceci-dit qu'elle peut aussi en rebuter certains tout aussi direct - et la prod est certes très "de son époque" et de son secteur jazz-expé-po-bidule-funk mais je trouve que sur celui-là, ça rehausse encore l'impression d'étrangeté de l'ensemble, d'être coincé dans un bouge - avec sièges en velours rouge et cuivres piquetés cependant - d'une ville du futur telle que vue de ces années là voire par la décennie d'après (le cliché Blade Runner ? ben OK, si ça peut vous donner une idée... mais alors avec des gens habillés comme dans The Last Waltz de Scorcese, sur scène). Et d'ailleurs oui : ça me téléporte aussi - avec variantes évidemment, d'autres options apparues entre temps - dans des contrées plus eighties, perso, où l'indus trébuchait là encore dans une espèce de free pour se sortir d'une impasse (le Clock DVA de White Souls in Black Suits, certains passages des premiers Cabaret Voltaire... This Heant ?) ; où d'autres gens cherchaient autrement et en venaient à côtoyer, frôler des ambiances proches (curieusement... j'ai presque envie d'ajouter l'Annette en reco du 10 Suicides d'Ilitch, là).

WZX › jeudi 14 février 2019 - 12:10  message privé !

Peu commune mixture que cette euh... chose. L'hétérogénéité entre les pistes me laisse un peu perplexe, mais la title-track notamment est très goutue.
À noter qu'on peut retrouver un bon article de Philippe Robert sur la carrière de Peacock par là.

dariev stands › samedi 18 décembre 2010 - 19:32  message privé !
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album dispo pour la 1ère fois en CD ici :

http://www.annettepeacock.com/shop/shop.html

édition limitée à 500 exemplaires numérotés et signés !

sebcircus › mercredi 21 juillet 2010 - 13:33  message privé !

J'ai tout de même une préférence pour "a perfect realease" que je trouve plus abouti

Note donnée au disque :