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Godley & Creme › Freeze frame

8 titres - -- min

  • A1 An Englishman In New York (5:33)
  • A2 Random Brainwave (2:37)
  • A3 I Pity Inanimate Objects (5:21)
  • A4 Freeze Frame (4:45)
  • B1 Clues (5:22)
  • B2 Brazilia (Wish You Were Here) (6:06)
  • B3 Mugshots (3:53)
  • B4 Get Well Soon (4:35)

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Kevin Godley, Lol Creme, sauf "Random Brainwave" et "Clues" produites par Godley, Creme et Phil Manzanera

line up

Lol Creme (chant, guitares, basse, xylophones, vibes, gizmo, pédales de basse, guitares acoustiques, piano, percussions, harmonica, moog, piano électrique...), Phil Manzanera (guitares électriques et acoustiques), Paul Mccartney (backing vocals sur "get well soon"), Kevin Godley (chants, batterie, percussions, boîtes à rythmes...)

remarques

Pochette designée par Hipgnosis (Pink, Floyd, Yes, UFO…)

chronique

Styles
chanson
electro
new wave
ovni inclassable
pop
Styles personnels
pop / new wave / experimental

Ah, le syndrome du génie qui file à l’anglaise de son groupe parce qu’il ne pouvait pas s’y exprimer pleinement... Et pour fuir les affres des tournées et de la poursuite du succès à tout prix. Un grand classique. Avec Godley & Creme, le cas est quand même un peu original puisque les compères se sont échappés en binôme de 10cc (reformant le duo de graphistes qu'ils étaient déjà avant de faire de la musique), groupe d’un seul hit malgré ses multiples tentatives, l’éternel lubrifiant pour soupes de langues « I’m Not In Love », le « dreams are my reality » des anglo-saxons… On y décelait quand même déjà une forte propension à l’expérimentation, avec ses harmonies vocales greffées aux touches d’un clavier - propension qu’on retrouve bien sûr décuplée ici. Freeze Frame est le 3eme album de ce bien curieux duo, ayant joué la fille de l’air à peu près au même moment que Peter Gabriel (et la comparaison de s’arrête pas là) pour enchaîner des albums splendides à l’inventivité exacerbée (les clichés de simplicité propres à la new wave en prennent un coup) dont la présente galette, dénichée en piteux état à Emmaüs lors une après-midi d’Aout aride et poussiéreuse. Au milieu des classiques décrépis de grand-mère et de la collec’ de Sardou de tonton, trônait le minimaliste artwork d’Hipgnosis (avec « Suzy » écrit en énorme au feutre rouge, d’accord), célèbre boîte de designers qui bossait déjà sur les jaquettes de 10cc. Après séance de nettoyage intensif du vinyle, l’écoute peut commencer. Les craquements vont si bien aux glissades des cuivres rétro de An English Man In New York (rien-à-voir-fils-unique). D’emblée l’ampleur de la production et les moyens mis en œuvre surprennent pour l’époque, et pour une formation aussi oubliée de l’histoire… Le pittoresque de New York est retranscrit par une ambiance joyeuse et caffeinée à la Duke Ellington et par des paroles qui ne se refusent rien. Ce sera le cas sur tout l’album, basé sur des poèmes qui semblent beaucoup tourner autour du thème de la ville et des enquêtes policières… ça ne vous rappelle rien ? Random Brainwave introduit un nouvel élément dans l’alchimie des deux hommes qui, chose étonnante, jouent absolument de tout sur ce disque… Ce nouvel élément c’est Phil Manzarena, aux nappes de guitares polaires (Clues). Il aide un peu à la production sur ce morceau barré, chuchoté tout du long sur un mode vieille chanson des années 40, dans la continuité rétro du premier morceau, avant d’exploser lors d’un premier break schizophrène - tombage de mâchoire garanti. I Pity Inanimate objects nous fait comprendre toute l’étendue de la folie des deux bidouilleurs : une voix méconnaissable, maquillée d’effets comme vous n'en avez jamais entendu nous raconte toute sa compassion pour son sofa (est-il heureux dans un coin ? et qu’en pense la pièce ?) ou pour ses morceaux de sucres, condamnés à finir noyés dans le thé ou le café. Après ce véritable ovni sur fond d’arpèges et de stridences à la Robert Fripp, c’est la chanson titre qui vient conclure la face sur des bases plus familières ; efficace et typique de la new wave à venir, anticipant parfaitement Depeche Mode, par exemple, avec quelques excentricités toutes anglaises en plus (« going up, like the corners of Dali’s moustache »). La face B fait plus que transformer l’essai : en 4 morceaux de longueur et de teneur expérimentale similaire, elle confirme que l’œuvre de Godley & Creme est maîtrisée et façonnée avec une minutie depuis devenue rare, source de surprise perpétuelle... A la fois hétéroclite et incontestablement reconnaissable grâce à des voix omniprésentes et très trafiquées, ainsi que des rythmiques n’allant pas plus vite que le midtempo... Chose courageuse en ces temps où les musiques de danse, voir le disco, avaient tout contaminé (pour le pire et pour le meilleur…). Brazilia recycle ainsi le riff de Smoke on the Water sur des congas tout au long de la chanson, comme le fera un certain Senor Coconut lors d’une reprise indispensable ; aux côtés d’un génial Mugshots qui dénote une gradation dans la plaisanterie, surtout qu’on jurerait que Zappa s’est invité pour faire la voix de baryton du juge, ainsi que les chœurs récurrents, sans parler de cette ligne de guitare surf outrageusement fifties… En revanche, Paul McCartney, lui, est venu pour de bon assurer les chœurs de l’émouvant Get Well Soon, élégie pour Radio Luxembourg et Caroline, véritables mamelles pour toute une génération de petits anglais… Avant le « Radio Ga Ga » de Queen, quelqu’un avait déjà pensé à pleurer leur disparition dans l’indifférence. L’atmosphère est rêveuse comme le matin au sortir de l’hôpital raconté dans la chanson, l’élément percussif est absent. Une conclusion touchante pour ce disque qui a failli décrocher un 6. Freeze Frame est délirant comme du Fœtus, lettré comme du The The, dense comme du Peter Gabriel période The Lamb Lies Down, mais avec le swing de ses années « pop »… Le tout avec le guitariste de Roxy Music qui laisse quelques notes épatantes ça et là, et la petite touche de classe et de démesure propre au Queen des années 70. En 79, personne n’en était encore là au niveau mariage des instruments traditionnels avec les synthés où boîtes à rythmes, et sans producteur hype à la Trevor Horn… L’importance de la voix et de la mélodie qui tue au profit du dancefloor et des sons criards permet à cet album de n’avoir pris ni rides ni un brin de kitsch. Godley & Creme, qu’on se le dise, fait partie des groupes majeurs de son époque, aux côtés de la trilogie Berlinoise de Bowie, des Talking Heads, et aux confins du genre progressif qui commençait à sentir le sapin, comme toute musique typée « 70’s ». Merci qui ? Merci Suzy !

note       Publiée le vendredi 24 octobre 2008

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Aladdin_Sane › mercredi 29 octobre 2008 - 23:46  message privé !

Un album intéressant que je viens de découvrir grâce à la chronique de Guts. Je ne sais pas encore trop quoi en penser, c'est original et bien fait, je sens que je vais y revenir souvent...

Note donnée au disque :       
empreznor › dimanche 26 octobre 2008 - 12:34  message privé !

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