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Alfredo Triff › 21 Broken Melodies at Once

cd | 21 titres | 56:37 min

  • 1 Skies North
  • 2 Club Casino de la Playa
  • 3 After New York
  • 4 Sitiera
  • 5 Ambiante pa’ ti
  • 6 1:48
  • 7 La distancia entre los dos
  • 8 Stars over Mariel
  • 9 Mindtrances
  • 10 Bolero para las Memorias
  • 11 Lilia’s Photo
  • 12 Waiting for the Stars
  • 13 3-2
  • 14 Cancion rara…
  • 15 Esa noche en la playa…
  • 16 Front and back
  • 17 Las cosas te vienen encima…
  • 18 Bésame Mucho
  • 19 Como flotas
  • 20 Distant Shore Dreams
  • 21 Russian Pampas

enregistrement

Enregistré au Sorcerer Sound Studio, 19 Mercer St. New York, NY, par John FAUSTY et Dick KONDAS. Masterisé au Sterling Sound, 88 Tenth Avenue, New York, NY 10011 par Greg CALBI.

line up

Negro Horacio Hernandez (batterie), Yosvany Terry Cabrera (anches), Alfredo Triff (violon électrique, piano préparé, mandole électrique et basse électrique sur 2 et 20), Xiomara Lougart (voix) , Andy Gonzales (basse acoustique), Robby Ameen (batterie), Romàn Diaz (congas), Kip Hanrahan (stratégies conceptuelles et producteur exécutif).

chronique

Styles
jazz
avant garde
world music
Styles personnels
descarga>Électrique et sexuelle

Oubliez-les un peu, les Doux Anciens du Buena Vista. Les mines réjouies et la mélancolie sépia. Cuba ? Le point du départ, de la fuite. La Havane ? Ville désertée, abandonnée, portée manquante à chaque instant. Images fantômes qui s’impriment parfois aux rues froides de New York en hiver, cachant aux yeux de l’exilé le bitume que foule ses pas. Fi des bons sentiments, de la fraternité des gens de peu, des romances délavées… En ces lieux ne subsistent que la trace des nuits encore incandescentes, des agapes où le corps s’épuise sans que tarisse le désir ; la propulsion de la fuite -en avant ou vers ses bases ; celle de l’étreinte ; la langueur de l’effleurement. La tentation du bon vieux temps, sans ménagement, se voit éclatée, déchirée, innervée d’arcs électriques. Vingt et une mélodies brisées ? La définition n’est pas mauvaise. L’œuvre en effet se révèle dès l’abord comme une suite de fragments sommairement taillés, non polis, d’humeurs et d’ambiances cyclothymiques. La voix, charnelle jusqu’à la douleur, agile et pleine, charrie les bribes d’histoires en cours, les suppliques détachées, la vie qui passe et puis s’en va. Elle surgit à l’improviste au milieu de plages habitées de cordes et percussions, de claviers préparés. Elle porte entre deux airs, juste au-delà de l’atteinte, les mots de ces "chansons bizarres", singulières et brûlantes. D’un index à l’autre, on passe des lumières aveuglantes d’un carnaval sans déguisement aux rougeoiements les plus intimes. Sans ambages et sans gêne. De place en place se répondent des échos, des similitudes, de sommaires cellules mélodiques et des rythmes cousins. Sans consulter les chiffres qui défilent, on ne saurait dire où l’on en est. À aucun moment pourtant, malgré l’éparse, on n’a l’impression d’écouter des ébauches ou des épures, du trop peu ou de l’inachevé. Tout est joué brut, tel quel, direct. Mais entier. Les imperfections même sont une part du charme, de l’intégrité. Comme ces vides et ces carences, ces défauts qui confèrent à certains êtres le surcroît de grâce sans quoi ils ne seraient rien ou pire : n’importe qui. À chaque éclat son poids propre, son dessin unique, non calibré, sa texture étrange. Mais tous vibrent d’un même mouvement, d’un même frisson ; cette intensité des grandes passions qui saisissent d’un même élan les entrailles et le cortex (et tout ce qui traîne entre les deux, tout ce qui frémit autours). Cette exceptionnelle réussite, cette sensation rare de tenir une grande œuvre, supérieure, irréductible sous ses atours tellement humains, est sans doute une question de chimie. Une question de peau, comme on dit en amour. En l’occurrence il fallait, pour que se produise l’inimitable, que s’unissent deux fortes têtes. Alfredo Triff, donc, ancien violoniste star de la Havane, émargé vers l’Amérique à l’heure de la Dictature du Prolétariat. Virtuose passé à l’électrique pour laisser loin derrière les tics et la pureté balisée du conservatoire. Musicien qui décida un jour de ne plus jamais gagner son pain grâce à son instrument, apprenant tout pour tout enseigner, mathématiques ou philosophie. Tout sauf la musique. Ne plus en subsister, pour n’avoir plus à jouer que ce qui lui semblait vital. Et Kip Hanrahan, ses finesses et sa crudité de production, ses partis pris brutaux. Ses idées singulières qui, à l’écoute, sonnent comme d’élémentaires évidences (les percussions parfois mises en avant au point, presque, de se détacher du reste, l’écho de la batterie plus présent que l’instrument lui-même sur Club Casino de la Playa…). Dans ces conditions exceptionnelles, essentielles, rien ne peut virer au futile. Même pas ce Bésame Mucho qu’on croyait si usé. Livré à la grande solitude, il frôle ce point caché où les rengaines en passant ne laissent rien d'autre qu’un battement. Comme si c’était cette nuit la dernière fois. Mais il y aura d’autres matins de confusion. Quand de l’épiderme ou des draps, on serait bien en mal de dire qui du satin, qui de la soie. D’autres nuits d’embrasement, de morsures et d'abrasion. Et d’autres soirs d’apaisement. Et vingt et une cassures travailleront nos chairs. Et vingt et une caresses traverseront nos corps.

note       Publiée le jeudi 16 octobre 2008

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Scissor Man › samedi 30 septembre 2017 - 12:41  message privé !

En fait ce disque prend beaucoup de directions, c'est pour ça qu'on accroche bien, il réserve pas mal de surprises en fait.

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 30 septembre 2017 - 12:37  message privé !
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Eh eh, ouep, pas de guitare là-dedans, mais j'ai cru ça aussi, au début. Et oui, magnifique, cette version - et c'était pas gagné de faire quelque chose d'aussi beau avec une "scie" pareille... Cool que le disque te cause, en tout cas - et marrant en passant comme il a l'air de plaire AUSSI a des gens qui à la base ne sont pas du tout "dans les musiques latines". (Alors que c'est pas du tout un disque "fait pour ceux qui n'aiment pas ça", tous les musiciens sont de ce milieu là, ils ne jouent pas "adapté" pour un autre public, rock ou quoi...).

Scissor Man › samedi 30 septembre 2017 - 12:02  message privé !

Je le découvre avec une joie non dissimulée, quelle merveille ! Vraiment merci pour la découverte Dioneo. Cette version presque DIY de Bésame Mucho à la guitarra façon Fred Frith, me gusta mucho. Au temps pour moi, il n'y pas de guitarra mais une Mandola.

Note donnée au disque :       
Dioneo › lundi 15 juillet 2013 - 00:00  message privé !
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Tiens, ouais, j'avais jamais fait le rapprochement mais ça peut faire contrechamps.

¡ Casa del Gozar !

(Bon, musique pas franchement stoogienne hein, par contre).

Solvant › dimanche 14 juillet 2013 - 23:53  message privé !

Pochette Fun House ?