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Merzbow › Merzbeat

66 titres - 56:41 min

  • 1/ Promotion Man (8:58) - 2/ Forgotten Land (13:20) - 3/ Shadow Barbarian (Long Mix) (11:49) - 4/ Tadpole (5:51) - 5/ Looping Jane (Beat Mix) (8:26) - 6-64/ Untitled (0:04) - 65/ Untitled (0:06) - 66/ Amlux (Remixed By Jack Dangers) (2nd Version) (8:17)

line up

Masami Akita, Jack Dangers

remarques

S’écoute fort. Au casque, si possible.

chronique

Styles
noise
pop
Styles personnels
ringo starr meets jipangnoise

J’ai su dès que je vis cette pochette que Merzbeat serait mon ami. Taupiqueur, le fameux pokémon, en recueillement quasi-mystique devant un vieux château japonais ? Non, en fait, aussitôt le digipak déplié, l’ampleur du bestiau s’impose : il s’agit du premier hommage de Merzbow à Minazo, le dernier éléphant de mer du Japon, érigé en une sorte de totem shinto par le japonais fou sur toute une série de disques. Mais cette pochette n’en perd pas son pouvoir évocateur… Oui, lecteur, oui, lectrice, Merzbeat est la version "kawaï" (et canaille) de la djapaneuïze, son incarnation dans un animal espiègle tout de plastique et de pixels qui n’en cache pas moins la teneur ancestrale de cette musique. Car la noise, qui n’a pas de visage ni de symbole, n’a jamais eu des dimensions raisonnables, comme un éléphant de mer. La voilà réduite à son avatar miniature et quantifiable, animal incapable de nuire qu’on voudra : taupe ou têtard (tadpole)… Qui garde en fait l’entrée du haut temple de la japanoise, boîte de pandore, boîte à porn-noise, résidence du vieux Minazo et de sa tradition du bruit et de l’extrême remontant à travers les ages. C’est ce qu’on voit sur la pochette. Le baby-noise se fait l’ambassadeur du vénérable Dada-noise (Kurt Schwitters, quelqu’un ?), car au Japon, pour faire un lieu commun ; tradition + modernité = pas forcément compromis. Si la noise, par son essence, retourne au sources de la musique, du son perçu en tant que son ; avec cet album, on bascule carrément dans la danse tribale over-simplifiée, dans la régression préhistorique. La plus grande tentation de l’homme à l’aube du 21ème siècle dirais-je si on me demandais mon avis : le retour à l’enfance, aux sensations premières, à l’évacuation du sens. Plus rien n’importe quand on écoute Merzbeat : on se sent bien. Mais je m’égare. Ceci est un album pop, il faut bien l’asséner. Un immense hommage à la batterie rock, à laquelle Merzbow va s’intéresser à partir de ce moment, délaissant les samples jazz, pour mieux en extraire le substantifique Ringo Beat. Merzbow a saisi le secret de son mouvement perpétuel : ce dodelinement ni latéral ni en profondeur de la tête de Ringo, c’est celui qu’il nous force à exécuter tout au long de ce disque. Alors, Merzbeat, je vous vois venir, c’est l’un des albums les plus "reconnus" de Merzbow, autant dire, donc, que ce n’est pas faire dans l’originalité que de lui coller pareille note. Pourtant, je ne saurai trouver assez de mots pour vous en décrire les richesses… On entend beaucoup parler des beats répétitifs de cet album, de son côté transe indéniable, de la structuration et de l’accessibilité soudaine que cela apporte à la musique du Japonais. Sauf qu’on en oublie de mentionner les breaks, très soudains et puissamment hallucinogènes. Rien que celui de Promotion Man, à 5min40, déjà. La taupe avance en opinant du chef d’avant en arrière, tranquillement, puis tombe brutalement dans un trou, le beat stoppe net, la taupe atterrit dans une espèce de mare noise rose bonbon, puis la cadence repart, tranquillement d’abord, puis déréglée ensuite, pour finir en polyrythmie psychédélique. Il y aurait toute une chronique à faire sur ce seul morceau. La façon que Masami a de jouer avec nous confine au génie. Il installe un loop binaire et confortable au possible, dépourvu de subtilité avec sa grosse caisse ronde et (la marque de fabrique de la série des "Merz-quelque chose", inaugurée avec cet album), et balance la sauce noise par-dessus comme si de rien n’était. L’auditeur lambda se raccroche à ce fil d’ariane, et va tout connement là ou Masami veut l’attirer, vers le moment où le rythme s’arrête soudain, laissant place généralement à une coulée noise particulièrement harmonieuse dans sa disharmonie, explosion de couleurs vives dans ce canevas de monotonie rythmique, sorte de jouissance sonore indicible qui semble combler instantanément le vide si soudainement créé (ceux qui auront fait le parallèle oreille/vagin n’ont rien d’obsédés, ils ont compris). Ce qu’il fait en fait, c’est nous faire aimer ce bruit, nous faire sentir toute sa beauté qui n’en ressort que plus face à un 4/4 lourd et insistant. Le principe des petites roulettes avant de savoir faire du vélo en somme. Et Masami sait qu’une fois que c’est bon, ça ne s’oublie jamais. Il y a d’autres façons, bien sur, de jouer à chat avec le wall of noise, et je ne les énumèrerai pas, mais sachez que ce disque en regorge, que chaque morceau comporte son ou ses breaks qui font prendre conscience de l’environnement sonore fantastique dans lequel on évolue. "Dear Prudence, Won’t you come out and play ?". Forgotten Land prouve si besoin était que ce disque ne doit rien à la dance : sur une rythmique 100 % rock basique défilent en vrac samples de riffs passés à l’envers, sitars stridents à la Brian Jones, et autres sons carillonnants rappelant les Rickenbacker des groupes psychés des 60’s. Même ambiance sur le fourmillant Shadow Barbarian, avec ses litanies orientales à n’en plus finir, ses boucles de cymbales compressées qui évoquent une danse du ventre, et son violon final qui entérine la référence à "Outside the dream syndicate" de Tony Conrad… Ce qui est la porte ouverte à tous les souterrains de velours, et qui finalement nous éloigne de la prétention bassement terrestre (la taupe !) évidente de Merzbeat. Outre le côté tam-tam prononcé, c’est le grain épais, littéralement terreux et irrégulier des sons qui provoque l’analogie. Et c’est encore le bon vieux Ringo de "Tomorrow Never Knows" (pas le moins inspiré) que l’on retrouve dès le drone de Looping Jane, usant de sa frappe simplette mais quintessencielle, nous accompagnant tout au long du voyage psychédélique de ces 8 minutes. Entre effets steréo désorientants et fulgurances qui libèrent un espace merveilleux à découvrir les yeux fermés, ce morceau est le meilleur du disque. "Turn off your mind relax and float downstream. It is not dying". Nuff said. La noise te veut du bien, jeune padawan. Le remix de Amlux par Jack Dangers - baroudeur techno-indus échappé de Meat Beat Manifesto – forme un superbe épilogue en décalage avec le reste de l’album (d’où le facétieux tracklisting), puisqu’il est dépourvu de beat, et s’apparente plutôt a une étude de bruits sismiques qu’un volcanologue pourrait mener en descendant dans les entrailles d’un cratère digital cadencé à 10 000 Gigahertz. Masami, si tu nous lis, et je sais que tu nous lis : à quand Merzbeatles ? You may say I’m a beatfreak… But I’m not the only one.

note       Publiée le lundi 22 septembre 2008

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Note moyenne        9 votes

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E. Jumbo › mardi 29 décembre 2009 - 22:58  message privé !

C'est vrai que ça fait très noise sucrée, et c'est vraiment un délice à écouter. "Forgotten Land" déchire ! Une boule en plus.

Note donnée au disque :       
E. Jumbo › samedi 12 septembre 2009 - 17:56  message privé !

Ah ! Ça m'a l'air plus adéquat pour découvrir Merzbow que Pulse Demon.

Note donnée au disque :       
merci pour le fusil... › vendredi 11 septembre 2009 - 15:35  message privé !

future maman ?

Fryer › vendredi 11 septembre 2009 - 15:34  message privé !

j'ai eu envie de noise toute la journée, ca passe donc comme du ptit lait.

Note donnée au disque :       
brighter_paëlla_now › vendredi 23 janvier 2009 - 19:43  message privé !

Promotion Man, punk à mort.