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Asmahan › Le Cœur a ses Raisons (1935-1944)

cd • 9 titres

  • 1Sahirtou toul el leil (J’ai veillé toute la nuit/I stayed up all night)
  • 2Ya habibi taala (Mon amour viens vite/My love, come quickly)
  • 3Elouyoun (Les roses sont belles-Le language des fleurs/The roses are beautiful-The language of flowers)
  • 4Ahwa (La beauté du monde/The beauty of the world)
  • 5Ya layali elbichar (La nuit de la bonne nouvelle/The night of the good news)
  • 6Layta lel barrak (La nuit de la chance/The lucky night)
  • 7Konti elamani (Tu as été mon espoir/You were my hope)
  • 8Aleik salat Allah (Ô toi qui as créé le beau/You, who created beauty)
  • 9Emta tioud (La beauté de l’amour est immense/The beauty of love is immense)

enregistrement

Égypte, 1935, 1937, 1941, 1942, 1944.

line up

Non communiqué.

remarques

chronique

Styles
world music
Styles personnels
orientale>Érotisme vocal>torride

Femme-mystère, femme-scandale, femme sans maître. Asmahan : “La Sublime “. Femme-Destin. En vingt-six ans d’existence à peine, Amal El Atrache fut toutes celles-là, et bien plus. Fille d’un prince druze née à la frontière Libano-Syrienne, élevée dans le luxe des Puissants ; puis exilée dans la promiscuité du Caire, sa violente accession à l’âge électrique, avec une mère répudiée. Sœur de l’immense acteur, chanteur, auteur et compositeur Farid el Atrache ; comme lui (et souvent avec lui) l’une des premières superstars du cinéma musical égyptien, ce spectacle tout de magnificence et de fastes, tellement excessif aux yeux de l’Europe mais qui triompha partout dans le Monde Arabe, en Afrique, jusqu’en Asie. L’une des rares, parmi ses rivales, qui pu faire trembler la grande Kalsoum. Une incendiaire des nuits blanches et des tables de jeu, enivrant par sa beauté les Grands et les Foules. Une semi-divinité disparue trop tôt, dans un louche accident qui rendit plus opaque la légende, soulevant de sa traîne des nuées de fantasmes et de délires. On dit alors qu’elle était une espionne : pour le compte des Nazis ou celui des Alliés ; un séide de la Famille Royale… On parla de meurtre, de liquidation. Soixante-quatre ans après, que reste-t-il du Drame et du Triomphe ? Une image vieillie, passée, la tristesse – un peu gênante à l’oreille moderne – d’une gloire désormais fanée ? Quelques faces craquantes, divertissantes et sans conséquences, gravées par une chanteuse pour minettes et jouvenceaux exceptionnellement douée ? De simples documents, matériaux pour thèses de Spécialistes ? Eh bien non, trois fois non ! D’abord Asmahan ne fut jamais la créature d'un producteur ou d'un studio, la chose d’un compositeur. Elle construisit son répertoire, repoussant les offres des fabricants les plus en vue pour peu que son goût répugne au met proposé, dédaignant de se commettre au moindre soupçon de médiocrité. Ensuite, en ces lieux et à cette époque fleurissait ce qui vu d’ici nous semble un impossible paradoxe, habitués que nous sommes aux fades produits des usines à pop : un Art de la Romance vénéré du plus grand nombre qui n’abâtardissait, n’avilissait rien de ce qu’il touchait ; ne vulgarisait ni l’émotion ni l’expression ; une modernité qui prolongeait, bousculait et creusait -sans rien aplanir ou lisser- une tradition de plusieurs siècles. Les tubes du moment étaient l’affaire d’interprètes rompus aux subtilités chantournées, aux complexités du classicisme arabe (et dans ce cas précis, de surcroit, aux techniques occidentales du chant lyrique). Ô Miracle ? Peut-être pas... En dernière instance contre tout scepticisme, il y a la Voix. Chaude et versatile, tragique et intime, d’une proximité troublante, si rare parmi les divas de ce monde-là. Un timbre lascif, alangui, charnel qui lui interdisent à jamais le statut d'icône hiératique où se sont figées tant de ses pairs. Asmahan vous enlace et vous enflamme, instille son poison lent, vient tout près, planter sa braise en bas du ventre. Vous voilà pris : elle ne vous lâchera plus. Elle s’ébat dans l’écrin d‘orchestrations vastes ou plus resserrées, grands ensembles à cordes, oud (luth arabe), chœurs mixtes, parfois un accordéon (Ya Habibi Taala)… L’enchantement, la séduction, parviennent à percer sous les crépitements d’enregistrements parfois très abîmés (Ahwa, et les faces de 1941 en général). On en arrive même, très vite, à oublier ces occasionnelles carences techniques (de toute façon inévitables, les matrices des soixante-dix-huit tours d’époque étant la plupart du temps perdues) pour mieux s’adonner à ce brûlant sirop. Le seul vrai défaut que je puisse trouver à cet album, c’est de se poser comme anthologie. Les renseignements fournis sont bien maigres, la présentation à peine plus soignée que celle des nombreuses compilations pirates précédemment disponibles. Et puis, neuf chansons, c’est bien court pour une telle ambition. Il manque quelques perles, comme l’insurpassable Enta Hataraf, des curiosités comme ce Layali Elouns à l’incroyable break de… guitare hawaïenne ! Malgré cela cette compilation s’impose comme indispensable à qui voudrait découvrir cet art unique, inimitable, cette voix superbe et capiteuse, sous son jour le plus captivant. La sélection est en ce sens irréprochable, dénuée de toute scorie. Ensuite, quand vous serez bien pris et bien piqués, viendra l’âge des fouilles au plus profond des bacs infréquentables, la recherche maniaque de ces disques aux prix dérisoires et à l’allure indigente, parfois indéchiffrables (eh oui, certaines filières ignorent l’alphabet latin) mais qui renferment toujours deux ou trois gemmes encore plus éclatants. Je vous aurais prévenu. Femme fatale, même depuis si longtemps éteinte.

note       Publiée le mardi 29 juillet 2008

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Twilight › dimanche 11 décembre 2016 - 23:42  message privé !
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A creuser effectivement, quelle voix !

Dioneo › dimanche 11 décembre 2016 - 14:25  message privé !
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@WZX : Eh, ben cool que tu t'y sois penché... En fait en fouillant les bacs un peu bis - genre les trucs de labels douteux à livret tout aussi inexistants que tu trouves chez OCD - tu arrives à dénicher des compiles de ce genre à la pelle pour vraiment pas cher (tu auras souvent des doublons - pas toujours faciles à repérer vu que les transcriptions de la langue arabe en alphabet latin présentent parfois des bonnes disparités pour un même texte de départ... Mais en regardant un peu attentivement tu arrives à en repérer pas mal). Et @Saï : oui, il y était et ça me rappelle d'ailleurs que j'ai quelques poignées de ces musiques "du monde arabe mais plus ou moins pop(ulaires)" à chroniquer depuis un moment... Vous faites bien de m'en re-causer, les gars.

Note donnée au disque :       
saïmone › dimanche 11 décembre 2016 - 13:48  message privé !
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Oh il était chroniqué celui là ? Ya habibi taala est un classique

WZX › dimanche 11 décembre 2016 - 13:04  message privé !

Merci M'sieur Dioneo. Une bien belle découverte (Ya Habibi Taala...), même si je suis bien d'accord pour dire que le livret est bien léger.

Dioneo › jeudi 5 avril 2012 - 11:38  message privé !
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Elle a un côté plus ouvertement sensuel - charnel, même - que la Oum, je trouve. Une séduction qui - sa beauté aidant - faisait partie de son 'personnage'. (Non que chez l'autre il n'y en ait pas qui bouillonne sous la majesté mais je trouve que ça 'déborde' moins au premier abord). Après oui, on est clairement dans le même monde, et à de mêmes hauteurs extraordinaire, pour ce qui est de leurs interprétations (et des grands talents mis à contribution pour ce qui est de l'écriture, des compositions).

Il y a foule de trésors méconnus sous nos cieux, si on commence à fouiller dans ces parages là, à vrai dire...

Note donnée au disque :