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Silvana Deluigi › Loca

  • 1999 • INAKUSTIK INAK 9056 CD • 1 CD digipack

14 titres - 55:34 min

  • 1/ Intro : Charlemos
  • 2/ Fumando Espero
  • 3/ Sur
  • 4/ Los Mareados
  • 5/ Cuando tu no estas
  • 6/ Maquillaje
  • 7/ Balada para un loco
  • 8/ Negra Maria
  • 9/ Caseron de Tejas
  • 10/ La Barca
  • 11/ Surabaya Johnny
  • 12/ Uno
  • 13/ Afiches
  • 14/ India Song

enregistrement

Studio Acousti, Paris, juin 1998. Produit par Silvana Deluigi

line up

Silvana Deluigi (voix), Osvaldo Calo (piano), Renaud Garcia-Fons (basse), Jean-Louis Matinier (accordéon), Juan José Mosalini (bandonéon), Marcelo Jaime Nisinma (bandonéon), Lonardo Sanchez (guitare), Roberto Tormo (basse).

remarques

chronique

Styles
chanson
jazz
world music
Styles personnels
tango>tango nuevo>cabaret>libertango

Au commencement il y a le verbe. Certes. Mais surtout il y a cette voix. Et cette étrange manie du parler porteño, qui pousse le castillan plus en avant du palais, juste derrière les incisives. Puis jaillit la musique. Musique impure qui porte encore les traces de la vieille Europe, ses regrets et ses souvenirs, parfois guère plus que des fantômes peuplant les récits des Anciens ; et la fascination pour le pays sauvage où l’histoire en son hasard a jeté sa naissance ; la fierté d’être cet accident. Musique de bordel et de cabaret jouée par les élèves les plus doués des conservatoires. D’abord une contrebasse et un bandonéon. Et de nouveau cette femme, qui nous lance avec fougue et gravité quelques paroles d’amante, futiles et abyssales, lourdes comme les fumées, légères comme l’attente, et qui nous contaminent. Un chant nocturne et paradoxal : délicat par séduction, expressionniste par pudeur. Le doute alors n’est plus permis. Ce bâtard du monde entier qui ne se connaît que deux maisons (Buenos-Aires et Montevideo), c’est lui qui nous parle à l’oreille. Le tango. Silvana le connaît bien : elle vivait avec lui depuis si longtemps. Elle l’a fui pour ne pas trahir. Plantés là, les folkloristes qui voulaient la confiner dans l’air suffocant des musées. Quittés, la ville et le pays, puis jusqu’au continent. C’est à Paris qu’elle se pose. C’est là qu’elle décide d’enregistrer cet album, le troisième en son nom mais premier à sa manière. Pour ce faire, elle s’entoure de musiciens issus de sa tradition (Mosalini et les siens) mais également de deux francs-tireurs douteusement locaux (Renaud Garcia-Fons et Jean-Louis Martinier, soit un grand duo habitué des interstices où se lovent ensemble jazz et flamenco). Des gens rompus à la musique de chambre (classique et moderne) comme à l’improvisation, aux traditions populaires et déchirantes qui lient intimement les Suds de deux mondes (l’Europe et l’Amérique). Ceci fait elle s’empare des classiques. Les siens, bien sûr. Qu’elle choisit de préférence chez des auteurs singuliers, souvent décriés en leur temps. Des modernistes amis du bop, des anarchistes, des fils d’immigrés piémontais regardés d’un drôle d’oeil par les hispanophones locaux. Elle les travaille au corps, les presse, les tord avec ferveur. Tout devient autre. Los Marreados exhale un tendre et violent parfum d’entre-femmes et la déchirure devient d’autant plus brûlante ; d’autant plus sale et méprisé le regard des Jaloux (« Que m’importe qu’ils rient/Et nous appellent les Mariés …»). Maquillaje, qui dit la déchéance des beautés courtisanes, n’a jamais été plus amère que sur ces lèvres-là. Negra Maria, récit de naissance et de deuil mêlés qui prend des allures de fête espagnole autant qu’afro-cubaine. Une pensée triste qui se danse, disait Piazzolla… Lui non plus n’y échappe pas, qui voit sa Ballade pour un Fou irriguée d’une lumière neuve, incendiée par le parlé-chanté de l’amante insolente. Et puis il y a aussi, ô Judas en jupon, ces escapades, ces fuites hors du répertoire canonique. Opéra de Quat’Sous, justement ramené à la chair (Surabaya Johnny de Weill/Brecht). Et cette India Song qui clôt le disque, laissant flotter en son sillage les fragrances obsédantes des corps, du manque et des draps tiédis. On se rend compte alors qu’en tous ces drames jamais la dame ne s’est abaissée au sanglot. On reste imprégné par la dureté de cette musique (sans doute la plus belle marque laissé par Piazzolla sur le genre, après qu’il en eut extirpé tout sentimentalisme). On voudrait, comme cette tragédienne, jouer aussi exactement nos actes même les plus mineurs (La Barca, Afiches, moins captivantes que le reste, qui allègent un instant l’écoute). On se rappelle la charge du mot Charme. La voix nous a séduit. Celle-là qui se dit Folle, la voilà en votre logis.

note       Publiée le mercredi 25 juin 2008

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Dioneo › mardi 20 septembre 2011 - 01:11  message privé !
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Comme quoi les disques pas chers ne recèlent pas toujours de la musique cheap.

(Évidence un peu mais bon...).

Je ne saurais (encore maintenant) que vous y inciter, du coup, encore plus !

Note donnée au disque :       
Khyber › lundi 19 septembre 2011 - 23:56  message privé !

au passage, disque trouvable en ligne pour une bouchée de pain..!

Dioneo › jeudi 26 juin 2008 - 12:11  message privé !
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Certes ! Par contre tu as vu juste, soit-dit en sortant...
Note donnée au disque :       
Potters field › jeudi 26 juin 2008 - 11:50  message privé !
Un deca mais rond. ça c'est vraiment de la vanne cheap emp.
empreznor › jeudi 26 juin 2008 - 00:01  message privé !
Pour en terminer avec les boutades cheap (à quat'sous, justement), ça fait un peu Dieu-Neo.