Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesMMobb Deep › The Infamous

Mobb Deep › The Infamous

cd • 16 titres • 66:57 min

  • 1The Start Of Your Ending (41st Side)
  • 2The Infamous Prelude
  • 3Survival Of The Fittest
  • 4Eye For A Eye (Your Beef Is Mine)
  • 5Just Step Prelude
  • 6Give Up The Goods (Just Step)
  • 7Temperature's Rising
  • 8Up North Trip
  • 9Trife Life
  • 10Q.U. - Hectic
  • 11Right Back To You
  • 12The Grave Prelude
  • 13Cradle To The Grave
  • 14Drink Away The Pain (Situations)
  • 15Shook Ones Pt. II
  • 16Party Over

line up

Prodigy (MC, production), Havoc (MC, production)

Musiciens additionnels : Big Noyd (MC), Ghostface Killah (MC), Nas (MC), Q-tip (a.k.a The Abstract - production, MC), Raekwon (MC), The Abstract (production)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
létal

Premier véritable album de Mobb Deep et grand classique du hip-hop urbain, "The Infamous" porte en lui une noirceur et un pessimisme bien plus authentiques qu’un bon paquet de disques estampillés black/death-metal chroniqués ici. Cet album n’est que tension et menace, jusque dans les interludes. Frontal, à l’image de sa pochette : un regard mauvais qui nous fait face. Hostile. Brûlant. Les flows de Prodigy et Havoc sont froids, secs et tendus. Les deux MC’s te crachent leur bile à deux centimètres du visage, t’attrapent par la gorge, pointent un flingue sur ta tempe et ne te lâchent pas du début à la fin, te provoquant sans cesse et s’imposant par la force la plus primaire ("you’re minor, we’re major"). Les paroles dépeignent à peu près tout ce qu’ils vivent jour après jour à Queens B. : dope, plans foireux, frime de bas étage au volant de la dernière caisse volée, attaques envers les gangs rivaux et morts en cavalcade. Une vision terrifiante et abyssale des bas-fonds New Yorkais. Contrairement aux productions Wu-Tang de la même époque, qui utilisaient les samples de kung-fu à tour de bras et contrebalançaient la brutalité de leur rap par une bonne dose d’humour, Mobb Deep n’a recours à aucun artifice pour édulcorer sa violence intérieure. Il n’est que noirceur. Si on excepte l'intermède estival "Temperature's Rising". Musicalement c’est pas la joie, donc, et malgré les deux pistes un peu plus légères et contemplatives "Drink Away The Pain" ou "Give Up The Goods", le duo, soutenu par Q-Tip des A Tribe Called Quest, maintient une tension permanente, qui nous serre comme un étau, nous prend aux tripes. Mobb Deep nous plonge la tête dans la merde de son quotidien à grand renfort de lyrics agressifs et de samples glauques... ça tape dans le bide, ça laisse sur le carreau. Ce disque pue la mort. Une odeur permanente, l’odeur âcre et malsaine des bas-quartiers, l’odeur de la poudre, de l’asphalte, celle qui surgit quand le clash semble inévitable. Dès le ténébreux "The Start Of Your Ending", on se retrouve projeté sur le tarmac, au milieu d’une bande de blacks au regard belliqueux : beat sec comme un coup de latte sur la nuque, boucle hypnotique, vaporeuse, flow malfaisant. Tu comprends tout de suite ce qui motive ces mecs. La rage d’en découdre. Prêts à tout pour s’en sortir. Même à tuer. L’odeur qui plane, finalement, c’est celle de la peur, une boule dans le ventre qui te laisse tremblant comme un agneau au milieu des loups. L’odeur du danger aussi, le danger imminent, tous les signaux dans le rouge et l’œil parano. Tu sais ce qui t’attends depuis que t’a mis les pieds dans ce putain de quartier. "You can run but you can’t hide forever". La conclusion ressemble à une tâche de sang giclant sur le mur devant toi. Ton sang. Et la seule issue possible : une balle en pleine tête. Ta tête. Face contre terre. Mort. Insignifiant, comme tous les autres qui sont tombés avant toi. Létal et fiévreux, "Q.U. Hectic" tangue comme une vague mauvaise, l’écho d’un saxophone surgi des enfers achevant de vicier l’atmosphère. Si on a si souvent parlé de "Survival Of The Fittest" et "Shook Ones Part 2", c’est qu’il s’agit incontestablement des deux plus beaux éclats qu’aient jamais livré P et Havoc : les seuls moments de l’album où pointe quelque chose qui ressemble à de la mélancolie. Quand le disque s’achève sur "Party Over", on reste crispé, tendu, comme si les mecs venaient de nous cracher à la gueule le reflet le plus authentique de leur réalité à eux : une réalité des plus sombres, désespérée au possible, une jungle de bitume dans laquelle les fauves doivent s'imposer par la violence ou le verbe. Un autre a chuté sous les balles... T'étais une de ses grandes gueules comme y'en a pléthore dans le coin, de toute façon une tombe dix repoussent. Pourtant chacune d'entre elle sait, savait, qui elle doit, devait respecter, qui est au-dessus... mais toi non, tu croyais pouvoir leur tenir la dragée haute. Regardes-toi maintenant. à présent t’es étendu de tout ton long. La gueule contre le bitume. C’est du sang qui coule de ta tête, et le piano de "Shook Ones Part 2" qui résonne au moment où se ferment tes yeux. Personne ne t’enterrera. Personne ne te verra, au pied de cet arrêt de bus déglingué. Ni ton crâne éclaté, ni le liquide rouge qui en sort et ruisselle jusqu’à l’égout. C’était une fusillade de plus. Un mort de plus. Et la semaine ne fait que commencer. SCARED TO DEATH - SCARED TO LOOK.

note       Publiée le mardi 22 avril 2008

Dans le même esprit, Raven vous recommande...

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "The Infamous".

notes

Note moyenne        30 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "The Infamous".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "The Infamous".

Cinabre › lundi 30 novembre 2020 - 03:43  message privé !

Il envoie bien du bois quand même, le beat de survival of the fittest.

Rendez-Moi2 › samedi 8 août 2020 - 18:14  message privé !

Essaie Product of 80s par Prodigy alors, c'est très été en 8bits. Avec le temps j'aime autant que leur dyptique.

(N°6) › samedi 8 août 2020 - 17:22  message privé !
avatar

Temperature's Rising... Parfait album de canicule aussi.

Note donnée au disque :       
brianm › jeudi 20 avril 2017 - 11:23  message privé !

C'est fascinant à quel point cet album est impérissable. Des prods/ambiances monumentales de Havoc (Trife Life, Cradle to the Grave, Q.U Hectic, Give up the Goods) aux couplets anthologiques de Prodigy (Survival of the Fittest), sans même parler des feats (Eye for an Eye, Right Back at You), tout est calibré pour faire de cet album un monument du genre, et dont le final qu'est Party Over finit de vous assassiner. Et que dire de Shook Ones pt. II? La perfection même, un des cinq meilleurs morceaux de rap toutes catégories confondues, et qui mérite une dissertation à elle toute seule. L'album rap de tous les superlatifs, car le plus obsédant, noir, addictif, et foutrement touchant. CULT!

(ah bah tiens, pour la disseration sur Shook Ones pt. II, c'est chose faite: https://www.reddit.com/r/hiphopheads/comments/36jzuk/why_shook_ones_part_2_by_mobb_deep_is_in_my/)

Note donnée au disque :       
Int › jeudi 15 mars 2012 - 23:09  message privé !

pas bête la comparaison avec Silent Hill, c'est vrai que dans le genre "pourriture urbaine" les deux ont réussi à capter un truc ; SH, l'allégorie de la haine en cauchemar urbain hostile et fantastique, Mobb, l'extraction d'un bout de réalité sociale traitée de manière quasi pornographique pour la figer dans des disques glauques et oppressants, comme si on avait arraché directement la culture de la rue et son mode de vie pour l'encadrer dans une oeuvre et en faire quelque chose qui a de la valeur, artistiquement parlant. Y'a une sorte d'auto-dépassement chez Mobb Deep que je trouve assez fort, qu'il soit volontaire ou non.

En tout cas c'est mortel ouais... Et Hell On Earth qui est encore "pire"...

Note donnée au disque :