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Iannis Xenakis (1922-2001) › La légende d'Eer

1 titres - 45:28 min

  • 1/ La légende d'Eer (45:28)

enregistrement

Electronic Studio Westdeutscher Rundfunk Köln (WDR), Cologne, Allemagne, 1977-1978.

line up

Iannis Xenakis (réalisation sonore).

chronique

Un voyage. Un trip. Une expérience initiatique, rituelle, mystique. Un périple vers les gouffres, vers les profondeurs de l'océan, le royaume de Neptune, ou vers le Hadès. Telle se définit d'abord cette oeuvre électro-acoustique de Xenakis ; elle n'a rien d'une étude de son, comme il a pu en faire, c'est tout simplement un livre des morts, une "near-death-experience", comparable en bien des points au "Voyage" (d'après le livre des morts tibétain) ou au "Livre des morts égyptien" de Pierre Henry, dont on reconnaît également l'influence en de nombreuses séquences sonores. Concrètement, c'est une très longue plage de harsh noise, à la fois enveloppante, ductile, qui affecte physiquement l'auditeur ; et d'une violence extrême. Cette agression sonore se traduit dès le début par des sons electroniques à très haute fréquence qui viennent vous transpercer les tympans comme des aiguilles pendant environ cinq minutes ; puis c'est l'infernal crescendo : le volume augmente tout du long (avant de retomber dans les cinq dernières minutes) dans une orgie sonore démoniaque et indescriptible : environnement sonore animé de mille créatures inhumaines et hurlantes, roulement infini de matériaux concrets, puis les flots se jettent sur vous, de plus en plus énormes, on a l'oreille collée à des rotors d'hélicoptère et à des scies circulaires géantes, qui se greffent sur les instruments à percussion japonais avant l'emballement final... Par ailleurs, l'oeuvre fait de bout en bout la preuve d'une maîtrise sans faille de son outil par le compositeur electro-acousticien, rien ne semble avoir été laissé au hasard ou dans l'anarchie ; on est pris dans ses filets aussi sûrement qu'un plancton misérable se fera happé par une baleine. "L'instrumentarium" est monumental, les sons sortent des entrailles des eaux et de la terre, la structure (avec Xenakis, il vaudrait mieux dire : l'architecture) en forme d'arche est implacable, infaillible. A l'oeuvre, dont la création fut prévue avec un ambitieux dispositif scénique et lumineux, sont rattachés divers textes qui aideront peut-être l'auditeur (sans que cela soit forcément nécessaire) à s'orienter dans ce magma sonore : la légende d'Eer de Platon, donc, ou le voyage mystique d'un homme mort (puis ressuscité) dans l'au-delà ; deux textes religieux hermétiques de Hermès Trismégiste et de Jean-Paul Richter ; un texte de Pascal sur l'homme, néant entre deux infinis ; et enfin un article scientifique sur les supernovas - voilà donc de quoi nourrir votre imagination, et aussi de quoi imaginer un bref moment à quoi cette "Légende d'Eer" de Xenakis peut ressembler sans l'avoir encore entendue. Pièce électroacoustique pour bande 8 pistes. 1977-1978.

note       Publiée le jeudi 3 janvier 2008

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Coste › lundi 28 septembre 2015 - 23:56  message privé !

Monstrueusement bon.

(La version de chez Mode Records vaut largement le détour)

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Tallis › jeudi 12 janvier 2012 - 19:57  message privé !

Je note, merci !

Note donnée au disque :       
mangetout › jeudi 12 janvier 2012 - 09:20  message privé !

De ce calibre peut-être pas, bien que "Persepolis" fasse 56 minutes, mais il a réalisé d'autres pièces de musique électronique (au GRM ou avec l'UPIC) :

http://brahms.ircam.fr/iannis-xenakis#works_by_genre

Tallis › mercredi 11 janvier 2012 - 19:39  message privé !

Un pouvoir d'évocation proprement monumental... Iannis Xenakis a-t-il réalisé d'autres pièces de musique électronique de ce calibre ???

Note donnée au disque :       
mangetout › mardi 13 décembre 2011 - 20:14  message privé !

Et dire que la musique électronique reste marginale dans l’œuvre du père Xenakis, en terme de quantité je tiens à préciser ! On peut mesurer le travail éditorial dantesque qui reste à produire et qui n'a jamais été tenté même si personnellement et modestement j'avais réalisé un dossier et recensé toute sa production dans ma revue dans les années 90 (avant l'arrivée d'internet) mais c'était en deçà de la potentialité d'une ébauche !

Qui osera s'attaquer aux différents Polytope, à ses pièces pour plusieurs orchestres, celles pour percussions ("Psappha" bordel ! Visible sur Youtube pour ceux que ça intéresse), pour clavecin (merveilleuse "A l'île de Gorée"), à l'énorme "Kraanerg" musique de ballet pour orchestre et bande magnétique......