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Bad Brains › Bad brains

  • 1982 - Roir, T-800/488-2 (1 k7)

k7 | 15 titres

  • 1 "Sailin' On" [1:55]
  • 2 "Don't Need It" [1:07]
  • 3 "Attitude" [1:19]
  • 4 "The Regulator" [1:07]
  • 5 "Banned in D.C." [2:12]
  • 6 "Jah Calling" [2:31]
  • 7 "Supertouch/Shitfit" [2:30]
  • 8 "Leaving Babylon" [4:10]
  • 9 "Fearless Vampire Killers" [1:07]
  • 10 "I" [2:05]
  • 11 "Big Take Over" [2:57]
  • 12 "Pay to Cum" [1:25]
  • 13 "Right Brigade" [2:27]
  • 14 "I Luv I Jah" [6:24]
  • 15 "Intro" [0:45]

enregistrement

Enregistré aux 171-A Studios, NYC, d'Aout à Octobre 1981, sauf "Pay To Cum", "I Luv I Jah", et "Jah Calling" enregistrées live aux 171-A studios, le 16 Mai 1981. - Enregistré et Mixé par Jay Dublee - Ingé-son (mastering) : Stanley Moskowitz - Ingé-son (mixage) : Wayne Vlcan

line up

Dr. Know (guitare, chœurs), H.r. (chant), Earl Hudson (batterie, chœurs), Darryl Jenifer (basse, chœurs)

remarques

à l'origine, sorti en tant que cassette uniquement sur ROIR en Janvier 1982 - la réédition de 96 contient une bonus track baptisée "Jah the Conqueror" et durant 2:05

chronique

Styles
hardcore
old school
punk
reggae
black music
Styles personnels
roots of hardcore

S’il ne devait un rester qu’un… Je pencherai bien pour celui là. Ultime. Les Bad Brains savaient-ils, lorsqu’ils enregistrèrent cette K7 sortie en 82 sur ROIR, et inventèrent par là même le Hardcore, (rien que ça, ouais), que ce premier brûlot imparable allait rester insurpassé pour toujours ? « Le meilleur album de punk/hardcore de tous les temps », dixit Adam Yaunch, le Beastie Boy qui a pourtant laissé tomber le genre (en voilà un qui avait compris qui étaient les maîtres !) pour se remplir les poches en rappant. Il s’est donc retrouvé à produire leur dernier méfait (sorti cette année), alors que les Bad Brains ne sont toujours pas reconnus pour leur influence, pourtant incalculable. Du metal extrême (les solos de Dr Know sont du proto-kerry king en puissance) au hardcore qui allait en découler directement (y’a qu’à demander à Rollins ou Biafra ce qui les a traumatisés) en passant par la Fusion – genre maudit auxquels on allait les rattacher par la suite – le champ de résonance des Bad Brains est infini. Et pourtant, tout a l’air si simple, aux premières écoutes. Je dirai même : balancé comme ça, rageusement, contre le mur. Il fallait juste avoir l’idée de jouer plus vite que tout le monde (En 82, ils auraient probablement pu figurer dans le guinness book). Reprenons tout depuis le début, cependant : les frères Hudson, respectivement batteur et chanteur, accompagnés du frappadingue Dr Know à la guitare (est-il humain ?) et de Darryl Jenifer à la basse (ce dernier déclarera « nous sommes un groupe gospel, qui prêche un message d’unité » ce qui ne simplifie en rien leur cas) étaient un groupe de… Jazz fusion. Monstres de technique à la base, les 4 hommes décidèrent un beau matin, poussés par on ne sait quelle bargerie (certains racontent que c’était prémédité…) de se mettre au punk le plus rapide et abrasif qui soit. Inutile de dire qu’avec leur niveau, sans compter leur accoutrement, plus proche des Burning Spear que de Living Colour, auquel il faut ajouter une fureur scénique incontrôlée, les mauvais cerveaux ont bien vite volé la vedette aux autres gangs punk de New York, pourtant ville la plus excitante du monde en ce début des années 80… (débuts du Hip-hop, no-wave, collisions post-punk/disco…). Ainsi donc le groupe de punk le plus important depuis les Ramones, 4 ans après, émergeait lui aussi du CBGB’s, où il brûlait allègrement les planches en compagnie de groupes tombés depuis dans l’oubli total. Disséquons donc ensemble les ingrédients de cette révolution musicale (car c’en est une, cré nom d’une pipe !!). Premier constat : les Bad Brains ne se préoccupent guère d’avoir l’air méchants. Les dissonances outrancières pour cacher le jeu approximatif, très peu pour eux. Leur vindicte est concentrée dans le tempo : supersonique. Dès « Sailin’ On », la mixture fonctionne à plein tube, le chant est étonnamment mélodique, quoiqu’assez bizarre tant la voix de H.R. (c’est ainsi qu’il faudra appeler Phil Hudson) déraille souvent, emportée par la colère. C’est une voix de crécelle qui ne sonne pas vraiment black, comme si elle était passée sous hélium tout le long du disque, voire accélérée. La batterie hyper rapide et au son franchement minuscule accentuant encore cet effet. Mais c’est la guitare qui laisse sur le cul. Si la production pourrave et incisive ne la dessert pas vraiment, la vélocité extrême des riffs de Dr Know a tôt fait de donner le tournis. On sent qu’une page est vraiment en train de se tourner dans l’histoire du punk, ouvrant la voie à toute une chiée de groupes américains génialissimes, de Hüsker Dü à Fugazi en passant par les Minutemen. Oserai-je dire ouvrant la voix au thrash ? Le jeu de guitare de Dr Know a de quoi y faire très sérieusement songer. Et quand viennent les soli, très mélodiques, indescriptibles dans leur empressement, il y a vraiment de quoi péter une durite à l’écoute. Oh, bien sur, ils sont à l’échelle des chansons… Quelques secondes, puisque les morceaux durent 1 minute trente en moyenne. Ecoutez voir ce son clair qui se détache du reste, particulièrement offensif sur « Banned in D.C. », ou il semble ne pas avoir été enregistré dans le même studio que la chanson ! C’est d’ailleurs dans cet hymne bien connu - bien meilleur que l’autre morceau « célèbre » du disque, « Pay to cum » - que H.R. lâche ironiquement qu’il va traverser l’Atlantique à la nage pour pouvoir jouer. En fait, il n’aurait pas pu mieux dire : Si les Bad Brains s’étaient trouvés à Londres, haut lieu du rapprochement reggae/punk tenté par les Clash et chanté par Marley (le pauvre est mort juste avant d’avoir vu le concept prendre réalité), ils auraient sûrement récolté autre chose que l’indifférence qu’on leur réservait à Washington… Car il ne s’agit pas d’une pose : Le groupe, à force de tout péter lors de concerts hystériques, a bel et bien fini par être interdit de jouer dans la capitale américaine. La pochette illustre ce que leur inspire cet affront. Et pour ce qui est de la filiation reggae, j’ai oublié de vous le dire, mais les Bad Brains se transforment (encore !) sur deux chansons (si l’on omet la piste cachée), en un groupe de Reggae roots/Dub complètement halluciné et aux basses dignes d’une production King Tubby. Parfaitement convaincant dans un registre Max Romeo dont on se delecte au milieu de cet assaut forcené ! Car si cela sonne toujours comme enregistré dans un squat recouvert de graffitis (qu’on imagine très bien), tout baigne dans l’écho, ce qui a pour effet de faire retomber la tension (une des propriétés de la marij… euh de la musique reggae, bien sur !), et permettre à H.R. de chanter enfin d’une voix stable et empreinte de mélancolie les difficultés d’un noir à New York. On n’aime ou pas, mais difficile de nier par exemple, que l’enchaînement mortel « F.V.K/ I » fait deux fois plus mal après le pensif et sublime « Leaving Babylon », au texte illustrant enfin intelligiblement la P.M.A. (Positive Mental Attitude) dont parle le groupe. « I » justement, est probablement le titre le plus puissant du disque… A faire écouter en priorité aux récalcitrants ! Les autres comprendront aisément ma note pour ce groupe archi-politisé et finalement assez emblématique de l’esprit anti-compromission de l’époque, au même titre que Public Image de ce coté-ci de l’Atlantique peut-être. Voilà, maintenant il n’y a plus qu’à expliquer très calmement à tous les fans de hardcore que leur musique a été inventée par des blacks pleins de dreadlocks qui jouaient du Jazz fusion, et logiquement le monde devrait se prosterner assez rapidement devant ce disque. Qui s’occupe d’annoncer la nouvelle à Varg Vikernes ?

note       Publiée le jeudi 27 décembre 2007

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Narvalito › samedi 20 avril 2013 - 16:08  message privé !

Bizarrement je prefére vraiment Rock For Light et l'enregistement de Rik Ocasek. Plus puissant, moins crade. Ptet parce que je l'ai découvert en premier aussi.

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Twilight › dimanche 17 février 2013 - 23:43  message privé !
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J'aime le dernier que je viens d'acheter...Rien à faire, cette voix bizarre, ces ambiances et même certains titres reggae passent bien, les Bad Brains c'est unique...

Note donnée au disque :       
Twilight › mardi 7 février 2012 - 23:45  message privé !
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Tuerie !

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kranakov › vendredi 7 octobre 2011 - 15:55  message privé !

Y en a d'autres qui tripent sur les albums de H.R. - projet "solo" du chanteur Paul Hudson ?

Jean Rhume › jeudi 21 avril 2011 - 14:05  message privé !

Vu le concert de louanges de la chro et des commentaires, rien ne sert d'en rajouter une couche et pourtant, je vais le faire quand même (gn). Ce groupe, ce disque (!) que j'ai connu sous le nom de "Rock For Light" (pochette totalement jaune mais avec quasi le même tracklisting dans un ordre différent + 5 ou 6 chansons de plus) est époustouflant, tourneboulant, infra-giboulant et plein d'autres trucs qui finissent en "ant" (sauf chiant). Vu en concert bien après cet album, à la sortie de "Quickness" pour être précis et c'était encore surpuissant, même si le quota de titres reggae était bien plus élevé que sur disque (m'en fous, j'aime aussi le reggae). Un must.

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