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The Stranglers › Feline

cd • 9 titres

  • 1Midnight Summer Dream
  • 2It's A Small World
  • 3Ships That Pass In The Night
  • 4European Female (in celebration of)
  • 5Let's Tango In Paris
  • 6Paradise
  • 7All Roads Lead To Rome
  • 8Blue Sister
  • 9Never Say Goodbye

enregistrement

1982.

line up

Hugh Cornwell (chant), Dave Greenfield (claviers, synthétiseurs), Jean-Jacques Burnel (basse), Jet Black (batterie).

remarques

La réédition Sony music propose six titres bonus: 10/ Savage Breast, 11/ Pawsher, 12/ Permission, 13/ Midnight Summer Dream/European Famale Live), 14/ 15/ Vladimir And Olga, 16/ Aural Sculpture Manifesto.

chronique

L’évolution des Stranglers vers une pop british de plus en plus subtile et insidieusement viciée fût confirmée sur La Folie. Feline représente l’aboutissement de cette métamorphose. Album mystérieux, au kitsch étrange et à la grâce capricieuse, ce disque ne ressemble à aucun autre du groupe… le chant de Cornwell n’a plus rien d’agressif, les guitares électriques se sont éclipsées, la batterie électronique - typique de cette époque - est apparue, et Greenfield a remplacé ses orgues par les synthétiseurs, tandis que des guitares espagnoles surgies de nulle part ont monopolisé l’espace mélodique. Premier album a paraître chez EMI, il s’agit sans conteste de leur œuvre la plus délicate et la plus bizarre avec The Raven : une sorte de new wave onirique et cotonneuse, quelque part entre pop acoustique et mélopées synthétiques. Faisant la part belle aux atmosphères hispaniques et aux ambiances doucereuses et nocturnes, cet assemblage de ballades regorge de perles, distillant son nectar au gré de mélodies tour à tour naïves, envoûtantes et timides. Climax de Feline, le nocturne « Midnight Summer Dream », tango d’ébène aux synthétiseurs envoûtants, efface durablement tous les autres morceaux - pourtant somptueux – de notre esprit. Cette ballade à la déchirante mélancolie nous envoûte, nous berce, nous cajole, danse avec nous sous le ciel étoilé. Les autres pièces de l’album sonnent plus en retrait. Le lyrisme se fait drapé, les mélodies sont plus délicates. Des chansons comme « Never Say Goodbye », avec son intro dramatique et son ambiance feutrée, « It’s A Small World », avec son ambiance de flamenco paranormal, le délicat « European Female », distillant son charme versatile au gré de notes de synthé en forme de fines gouttelettes, ou « Let’s Tango In Paris » dans lequel on surprend quelques voix de femmes, font figure de délicieuses confiseries, tandis que le magnifique « Blue Sister », chanté par un Cornwell à la fois maladroit et touchant, évoque les Smiths avant l’heure. Délicieuses confiseries aux reflets noirs et bleu marine, ces ballades naviguent sans cesse – dans leurs sonorités - entre mauvais goût eighties et délicatesse absolue. Il faut un certain temps pour les apprivoiser et comprendre que derrière leurs apparats innocents et putassiers, elles cachent quelque chose de pervers (il ne faut pas oublier à qui on a à faire). Quoiqu’il en soit, c’est l’odeur du gloss et des parfums interdits qui embaume l’atmosphère, et puis de curieuses visions nous viennent au gré de ces mélodies : quelques larmes de curaçao longeant le cristal nu des flûtes à champagne, un halogène en éclairage minimal, une robe noire, un anglais travesti en argentin, à la peau blanche et glacée, qui nous prends par la main et nous mène à des salons obscurs, des théâtres abandonnés. On a souvent la sensation d’être perdu dans un lieu étrange, entre Catalogne, une loge de cabaret et la quatrième dimension… Sur Feline, les Stranglers – devenus Estrangleros - pratiquent le clair-obscur et nous invitent dans leur monde intimement pervers, dans lequel on cache désormais les corps froids sous un drap de velours… La panthère s’est déguisée en agneau. Disque androgyne, disque sirupeux, disque secrètement vénéneux et pernicieux, dont la fragrance évoque les ruelles de Barcelone à la pleine lune, les alcôves de bordel et l’eau de Cologne mêlée au cyanure, Feline marque l’apogée créatrice de la période pop des Stranglers. Neuf tangos de minuit dans un écrin de fourrure synthétique, pour vos oreilles délicates en quête de rêves sucrés salés et de kitsch biaisé. Un Stranglers nommé Désir.

note       Publiée le mardi 11 décembre 2007

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Raven › lundi 20 mai 2019 - 02:55  message privé !
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Les deux (relation amoureuse/perversion) me semblent compatibles cher Zug'. Pour moi il reste peut-être leur album le plus vicieux parce d'entre tous c'est celui qui dissimule le + leur côté explicitement tordu de la première période, dans une espèce de brume de soie d'ombres (où des trucs très "Hara-Kiri" comme Peaches, Bring on the nubiles ou Do you wanna n'ont plus lieu d'être même si leur vieux fond zonard reste), mais si on y prête un peu attention ne sonne pas malgré toute sa douceur plus "naturel" ou rassurant en réalité, que ce soit dans le détachement froid et étrange récurrent de Cornwell ou les mélodies louches comme celle toute malaisée de "Let's tango in Paris" (allusion évidente à un film qui est tout sauf "relation saine & insouciance guillerette"), sans parler de "All roads..." et ses paroles.

Y a clairement un truc pas net du tout en sous-couche, dans cette ambiance de giallo pop, à peu près tout le temps. Un sentiment biaisé où le côté crispé et maniaque des Stranglers est jamais loin ; sauf que maintenant les contours sont flous... c'est la nuit... et le fantasme est omniprésent. La pochette n'est pas là pour faire joli, d'ailleurs, elle prépare à ça (autant que les poses torves du Rattus Norvegicus) : ces mecs sont peut-être amoureux et heureux, peut-être qu'ils veulent chanter des slows, mais ils restent avant tout des prédateurs.

zugal21 › samedi 18 mai 2019 - 11:18  message privé !

Un jour une nana m'a lâché un live des Stranglers, les qualifiant de " groupe de mecs pour mecs " . Je suis assez d'accord avec ça . Concernant directement ce " Feline ", oui c'est leur album feutré et soft et unique en son genre comme l'écrit Raven. Par contre, je ne suis pas sûr d'être total d'accord avec l'idée que ce disque soit un truc plutôt pervers, même si ça affleure un peu de-ci de-là, façon minime. Cornwell a expliqué qu'au moment de ce disque, les quatre gusses étaient dans des chouettes relations amoureuses. Donc, y voir, un peu, des musiciens un poil perfusés à la progestérone .

Note donnée au disque :       
Raven › mercredi 5 mars 2014 - 04:09  message privé !
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Toi tu pointes subtilement les lacunes, en ce moment....il faut vraiment que je fasse la chro de Aural Sculpture ! (north winds blowing...là on parle de madeleine)

zugal21 › mardi 4 mars 2014 - 23:53  message privé !

Avant dernier bon Stranglers.

Note donnée au disque :       
Harry Dickson › jeudi 20 juin 2013 - 01:49  message privé !

Parce qu'il tourne une page. Avant, c'est le sommet. Après, c'est moins ça. Pour l'amertume sensuelle des Stranglers. Espagnolades sur beats sécheresse castagnettes. Monologue désabusé sur divan synthétique. Gaieté noire ordinaire. Volupté Cat People. Parce que ce disque est un cas. Parce que les Stranglers, c'était l'élégance de la canaille. La tristesse du cynique. Le doux sourire d'amitié de votre assassin. "I don't think anyone ever found paradise, 'cos paradise is based on lies". The Stranglers are dead.

Note donnée au disque :