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Morrissey › Kill Uncle

cd | 10 titres | 33:02 min

  • 1 Our Frank
  • 2 Asian Rut
  • 3 Sing Your Life
  • 4 Mute Witness
  • 5 King Leer
  • 6 Found Found Found
  • 7 Driving Your Girlfriend Home
  • 8 The Harsh Truth of the Camera Eye
  • 9 (I'm) The End of the Family Line
  • 10 There's a Place in Hell for Me and My Friends

enregistrement

Automne-Hiver 1990, au Hook End Manor. Produit par Clive Langer et Alan Winstanley.

chronique

Styles
pop
indie rock
Styles personnels
jangle pop

Après Viva Hate, Morrissey s'est mis à sortir plusieurs singles tout en mûrissant un projet d'album. Les fragments du projet en question - qui ne sont autres que les fameux simples parus entre 1987 et 1990 - furent assemblés façon créature de Frankenstein sur la compilation Bona Drag sortie en 1990. Et puis vint le moment fatidique de se remettre au travail. La même année. A chaud. Kill Uncle, qu’on devine accouché dans la difficulté, est un album aussi déconcertant que fascinant. L’évolution par rapport à Viva Hate est flagrante : c’est comme si l’artiste avait choisi la voie de l’effacement, du recul, pour mieux tromper son auditoire. On ressent cela dans l’aspect plus léger et versatile que jamais des accompagnements : les guitares essayent moins de rappeler le souvenir de Marr que sur Viva Hate, et puis pour tout dire elles ne sont plus vraiment sur le terrain, où en tous cas, plus en première ligne aux côté du chanteur… désormais, ce sont le piano et les claviers qui dictent le chemin, dans un huit clos trouble… on ne distingue plus très bien les contours de son monde intime, on ne sait plus où l’artiste veut en venir… et on tremble, un peu, quand on ne manque pas de s’endormir. Les guitares sont en retrait, presque imperceptibles. La voix n’est plus qu’un souffle, fluide et haut perché. Enregistrement de qualité discutable où volonté de créer une ambiance diffuse, secrète ? Toujours est-il que Kill Uncle reste l’album de Morrissey avec lequel j’ai eu et j’ai encore le plus de mal. Mais je ne peux me résoudre à y voir un échec comme beaucoup dont l’intéressé (de l’aveu même de l’artiste c’en fût manifestement un). Non… j’y vois quelque chose de fascinant, d’insidieux, un peu à l’image d’un recueil de comptines intimes et secrètes, rongées par un mal inconnu. Mal être. Mal de vivre. Mal de devoir s’atteler à la tâche et réitérer le travail fabuleux passé. Mal d’inspiration peut être… Les titres qui prennent à la gorge se font plus rares, on assiste davantage à quelque chose d’intimiste et de faussement léger, mais encore une fois, les apparences sont trompeuses. Les guitares anorexiques et les fragments de mélodies pianistiques jouent beaucoup sur ce sentiment indescriptible. Il y’a une impression de malaise très palpable sur un morceau comme « The Harsh Truth Of The Camera Eye » : une vague mélodie de cirque hanté, une guitare qui gémit au loin, la cadence maladroite des percussions… difficile de dire le sentiment que procurent une telle chanson. Ce n’est plus tellement la tristesse que l’on ressent, il y’a autre chose… mais quoi ? La pièce la plus dépouillée du disque, « There Is A Place In Hell For Me And My Friends », présente un Morrissey vulnérable, désormais seul avec un piano pour une ballade à l’apaisement troublé. « (I’m) The End Of The Family Line » est à mon sens le seul titre avec lequel les amateurs des Smiths pourront se retrouver sans peine : une chanson à la beauté presque imperceptible, sur le fil, quelque part entre la désuétude et le désespoir profond. « Asian Rut », étrange mélopée théâtrale et profondément malade soutenue par un violon hanté et les soupirs de Morrisey, distille quelque chose de troublant, en plus du sujet délicat qu’elle aborde. Les textes sont toujours admirables… Le magnifique « Found Found Found », ouvertement rock, distille un venin vaporeux que la voix du Moz semble porter en elle ; le refrain est lui-même empreint de ce lyrisme personnel qui est devenu la marque de fabrique de l’artiste. « King Leer » donne dans l’ambiance piano cabaret d’après-guerre le temps d’une chansonnette… « Mute Witness », entre une mélodie de piano qu’on croirait sortie d’un standard de Abba, une guitare électrique agonisant au loin et le lyrisme possédé cher à Morrissey, est peut être le seul titre de l’album à ne laisser aucune impression de semi inconfort. « Sing Your Life », d'influence rockabilly et gorgée de mélancolie sans avoir l’air d’y toucher, évoque le fantôme des Smiths avec pudeur. Des pièces en apparence plus primesautières comme « Our Frank » ou « Driving Your Girlfriend Home » (qui évoque la frustration) se rapprochent par moments de ce que XTC a pu accomplir sur Nonsuch : une pop éthérée et enjouée mais pleine d’émotions, qui frôle le superflu sans jamais y tomber. Les lignes déchirantes de justesse restent de mise, surtout sur « Our Frank ». (’’Won't somebody stop me from thinking ? From thinking all the time.’’). Pour résumer, Kill Uncle est peut être l’opus le plus insaisissable de l’artiste avec Southpaw Grammar… Tout est question de perception, d’attention, c’est la condition sine qua non qui garantit l’appréhension de chaque album du Moz. Si on en a la volonté, certaines pièces de ce disque nous apparaîtront comme de véritables perles de son répertoire; mais il faudra se livrer à de nombreuses écoutes pour parvenir à les apprécier, à défaut de saisir le pourquoi de tout ça… Kill Uncle est un album évoquant la frustration de tous les jours, un disque au charme étrange, lézardé de blessures intimes, une œuvre autiste et recroquevillée sur elle-même, pleine d’anomalies, de tourments muets, qui laisse derrière elle de nombreux points d’interrogation. Un disque ambigu à l’extrême, qui semble cacher quelque chose de terrifiant derrière sa désuétude apparente. En tout cas c’est ce que moi je ressens... marrant non ? (Peut être pas en fait).

note       Publiée le mercredi 5 décembre 2007

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bangster › vendredi 25 août 2017 - 03:18  message privé !

Je trouve aussi cet album très intéressant, du point de vue de la prod', très fine, complexe, et un brin vicieuse. Our Frank est un de ses simples les plus réussis avec cette phrase énigmatique à souhait lâchée après une envolée lyrique "won't somebody stop me from thinking all the time about everything''. Le closer track élégiaque There's is a place in hell for me and my friends est époustouflant avec ce piano fatigué qui joue ses derniers râles avant l'extinction des feux. La ballade Driving your girlfriend home est quasiment du niveau d'un titre de Strangeways here we come. Et ici les musiciens sont inspirés. Si seulement il avait un band comme celui-là en 2017!

Note donnée au disque :