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Morrissey › Viva Hate

cd | 12 titres | 42:26 min

  • 1 Alsatian Cousin
  • 2 Little Man, What Now ?
  • 3 Everyday Is Like Sunday
  • 4 Bengali in Platforms
  • 5 Angel, Angel Down We Go Together
  • 6 Late Night, Maudlin Street
  • 7 Suedehead
  • 8 Break Up the Family
  • 9 The Ordinary Boys
  • 10 I Don't Mind If You Forget Me
  • 11 Dial-a-Cliché
  • 12 Margaret on the Guillotine

enregistrement

Hiver 1987. Produit par Stephen Street.

line up

John Metcalfe (viloncelle), Morrissey (compositions, chant, paroles), Vini Reilly (guitare, claviers), Fenella Barton (violon), Mark Daves (cello), Mark Davies (cello), Richard Koster (violon), Steve Lillywhite (production), Rachel Maguire (cello), John Metcalf (violoncelle), Andrew Paresi (batterie), Jo Slee (coordinateur artistique), Stephen Street (basse, guitare, paroles, guitare (basse), production), Alan Winstanley (producteur), Robert Woolhard (cello)

chronique

Styles
pop
indie rock
Styles personnels
jangle pop

À peine achevée la créature des Smiths, Morrissey sort son premier album en solo. Sans Johnny Marr, c'est-à-dire sans le moteur principal qui permettait à l’âme spirituelle des Smiths de faire s’envoler toute la poésie et le mal être profond qu’elle contenait. Morrissey est désormais seul. Seul avec lui-même, seul avec ses doutes, ses craintes, ses souvenirs de la grande époque… Enfin, seul, pas vraiment. Il est accompagné du fidèle Stephen Street et d’une grande équipe aux arrangements en tous genres (violons, claviers, matez le line up) pour un résultat dont la grande sobriété dissimule toute la complexité intérieure de son maître. Viva Hate est un premier disque de pop/folk d’une fragilité assumée exemplaire, un fragment de douleur posé avec une douceur et un lyrisme à fleur de peau, un morceau de vie dont le parfum évoque la nostalgie la plus décharnée qui puisse exister : la voix unique du Moz voguant sur des compositions sobres et subtiles, que des guitares discrètes dessinent au gré des émotions choisies. La beauté versatile et éphémère de chansons comme « Dial-A-Cliché », le martelant « Little Man, What Now ? », le bouleversant « Angel, Angel, Down We Go Together » (le plus beau titre de l’album), le sublime « The Ordinary Boys », le fantomatique « Late Night, Maudlin Street » ou le subversif « Margaret On The Guillotine » (qui devait être le titre originel de The Queen Is Dead) est absolue. Elle vous prend à la gorge, soudain, après vous avoir laissé indifférents des heures voire des jours durant… tout le secret et la magie de Morrissey – comme celle des Smiths – s’inscrivent dans cette foutue équation : se faire surprendre par une beauté immense alors qu’on croit que tout est lisse, plat… Bouleverser au moment opportun, quand la garde est baissée et qu’on s’apprête à jeter l’objet aux oubliettes. Je ne vous parle rien d’autre que d’émotions mes amis, rien d’autre que de subtilité, de quelque chose qui se saisit comme ça, par magie… l’étincelle. Je vous parle de beauté… tendez l’oreille… derrière les cordes, cette voix… et puis ces titres… et puis… ce titre ! L’extraordinaire « Alsatian Cousin », avec sa guitare électrique torturée et son ambiance flippée à la Killing Joke, reste indéniablement le point sombre et pervers de l’album, la seule pièce à rompre un tant soit peu avec le feeling smithien, même si le ton dans la voix du Moz ne change pas d’un iota. Un gouffre étrange au milieu d’une plaine illuminée de cordes et de larmes… Malgré tout encore un peu trop rattachée – sur quelques titres - à certains gimmicks pop de l’époque (le tube « Suedehead »), la musique de Morrissey sur Viva Hate est pourtant déjà très mature, et constitue le prolongement intuitif de l’œuvre smithienne. Il ne s’agit ici que de sensibilité émotionnelle, rien d’autre… Morrissey n’est pas un aguicheur, même s’il en a l’air. Derrière ce masque doucereux se cache un esprit tourmenté que rien ni personne ne peut dompter, et la suite de la discographie ne sera pas pour me contredire… Sur Viva Hate, le masque se dessine, se redessine… Les arrangements et instruments ‘invités’ sont d’une grande délicatesse et n’alourdissent jamais le lyrisme, ne grossissent jamais le trait. Il n’y a que les percussions, encore un peu trop mises en avant sur certains titres à mon sens (« Break Up The Family »), qui soient l’élément perturbateur de l’album. Quand aux textes, ils parlent d’eux-mêmes (faut-il encore évoquer l’écriture fabuleuse du personnage ?), toujours plus poétiques, plus justes et déchirants (« Every Day Is Like Sunday »), sondant le vague à l’âme, mais aussi la politique ambiante, les dérives, les tourments intérieurs et extérieurs de Morrissey. Si vous souhaitez entamer la discographie du bonhomme, Viva Hate se pose là. Chaque album de Morrissey est un morceau de cette âme qui s’effrite au fil du temps, sans mourir, qui se bat contre ses démons, contre les polémiques, contre elle-même, plus que jamais. A l’aube des années 90, le Moz n’a pas encore entamé son vrai chemin de croix… Chaque œuvre a été et sera à son image: ambiguë mais sincère. Viva Hate, tout comme Kill Uncle et Your Arsenal, est un disque d’une banalité et d’une mièvrerie trompeuses aux premières écoutes. Il faut du temps et de la patience pour apprécier ces disques et réussir à ‘capter’ toute l’émotion qui vit dans ces morceaux, c’est un travail besogneux qui ne peut à mon avis pas s’envisager efficacement sans avoir au préalable apprivoisé la discographie des Smiths. Quand à cet album, il constitue la porte d’entrée des initiés à la quadrilogie. Viva Hate est le premier disque de Morrissey, dans tous les sens du terme...

note       Publiée le mardi 4 décembre 2007

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zugal21 › mercredi 7 février 2018 - 21:16  message privé !

( suite de mon post de 2013 ) : et son autobio, maintenant, on la trouve d'occase à moins de 2 euros

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zugal21 › mardi 22 octobre 2013 - 20:47  message privé !

Son autobio vient de sortir dans la prestigieuse collection Penguin Classics

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Dioneo › lundi 8 avril 2013 - 19:39  message privé !
avatar

(Ah ah ! "When will you diiiie"... Je venais juste d'écouter ça sur Youteub, tiens. Elle en avait inspiré plus d'un, Magrette...).

zugal21 › lundi 8 avril 2013 - 19:36  message privé !

Track 12, Margaret on the guillotine

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zugal21 › mercredi 14 avril 2010 - 22:03  message privé !

A l'époque de sa sortie, ce disque était très attendu et n'a pas déçu. Comme toujours avec Morrissey, on en profite énormément plus quand on capte bien la langue de Shakespeare. Cinq boules. Par ailleurs, je ne sais pas pourquoi, mais "late night, Maudlin Street" me semble interminable.

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