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The The › Dusk

cd • 10 titres • 40:58 min

  • 1True Happiness This Way Lies
  • 2Love Is Stronger Than Death
  • 3Dogs Of Lust
  • 4This Is The Night
  • 5Slow Emotion Replay
  • 6Helpline Operator
  • 7Sodium Light Baby
  • 8Lung Shadows
  • 9Bluer Than Midnight
  • 10Lonely Planet

line up

Matt Johnson (uk) (chant, harmonica)

Musiciens additionnels : Vinnie Colaiuta (batterie), D.c. Collard (claviers), James Eller (basse), Johnny Marr (guitares, harmonica), Bruce Smith (batterie), Dave Palmer (batterie)

remarques

Les dessins des pochettes de The The, aussi anti-vendeurs que personnels, sont signés Andy Jonhson, le frère de Matt.

chronique

The The… Pour m’occuper du cas de cette entité fabuleuse créée par Matt Johnson, j’aurais dû, ‘logiquement’, commencer par Soul Mining… mais non. Je ne ferais que me défiler… comme toujours. Me défiler devant ces rares albums faisant partie de ma chair, du Panthéon des Panthéons… me défiler devant les albums de ma vie tout simplement. C’est donc dans un effort presque surhumain (j’hésite pas à en rajouter une bonne dose sur le pathos, on sait jamais) que je m’attelle à cette chronique qui sera fastidieuse pour vous comme pour moi. Indépendamment de toute ces appréciations exacerbées et impudiques qui me sont chères, le fait est que Dusk représente à mes yeux l’œuvre la plus personnelle et la plus touchante de son maître. Premier point capital. Un disque de pop/folk d’une rare beauté dont la grâce n’a d’égal que la simplicité. Les sonorités electro un brin flippées font partie du passé désormais, de même que les armées de musiciens, pour laisser place à un groupe restreint oeuvrant comme de méticuleuses fourmis pour tisser des ambiances légères mais profondes, teintées de blues blanc et conçues comme des chansons de crooner… Depuis Mind Bomb, Matt Johnson a décidément trouvé en Johnny Marr - l’ex-guitariste des Smiths – une main précieuse, prompte à mettre en forme les mélodies simples et touchantes sur lesquelles le chanteur parviendra à laisser voguer sa fausse candeur mêlée de cynisme. Dès le premier titre on est plongé dans cette ambiance intimiste : une foule qui applaudit et se marre en fond, la guitare de Marr tissant ses mélodies fragiles, et, devant, collée contre nos oreilles, la voix étrange de Matt, seul, qui se livre lui-même, et fera de même tout au long du disque : une voix gorgée d’émotion et si proche, une âme tout simplement. C’est dans un titre comme "Love Is Stronger Than Death" que tout le lyrisme bouleversant et la fausse naïveté du disque trouvent leur climax. Love love, love… love love, looove… aaah, quelle grâce. Un titre enjoué comme "Slow Emotion Replay", dominé par un harmonica lumineux et les notes plus cristallines et smithiennes que jamais, poursuit dans cette voix faussement naïve et joyeuse, presque aveuglante d’émotion brute, et laisse s’envoler l’incompréhension de soi-même avec une rare justesse… “Everybody knows what’s going wrong in the world, but I don’t know what’s going on in myself” faisant écho au "How can anyone know me when I don't even know myself ?" qu'il lançait dix ans plus tôt à la fin de Soul Mining. Matt Johnson livre avec Dusk non seulement son album le plus épuré et intime, mais aussi ses paroles les plus justes, slalomant entre les illusions et les désillusions, scrutant le vide de chaque vie, son absurdité, autant de chansons à s’envoyer en pleine solitude, en plein isolement, autant d’aquarelles douces-amères… on retrouve cette saveur même dans les titres a priori insignifiants, comme "Dogs Of Lust", limite Elvis, "Sodium Light Baby", bluesly, ou "This Is The Night", tout ce qu’un piano et une voix peuvent livrer de plus poignant. ”Helpline Operator”, envoûtant et nocturne, irrésistible… "Lung Shadows", d’un calme et d’une sérénité qui ressemble à celle de l’homme attendant la mort, perché au sommet d’un immeuble, contemplant la vie qui commence à s’activer en bas, les voitures, les gens, les fourmis. C’est ce court instant d’apaisement intérieur avant le plongeon dans le vide. Et pourtant, ce n’est qu’une ambiance jazzy, un piano léger, un cuivre lointain qui gémit tout doucement… "Bluer Than Midnight" laisse une impression similaire, mais moins envoûtante. L’album s’achève sur un "Lonely Planet" presque trop léger mais magnifique, et la phrase qu’il laisse, qui ressemble à un slogan publicitaire : « If you can’t change the world, change yourself ». Le lyrisme de toutes ces chansons est absolu. Il nous est adressé, sans artefacts, sans manigances ni traquenards. Les disques comme celui-ci sont rarissimes et précieux. Dusk est un peu l’antithèse d’albums comme Pornography par exemple : plutôt que de se livrer à des flots de pleurs et des torsions de douleur, on cache les larmes, on cache les blessures, derrière un optimisme impossible, derrière un grand sourire un peu niais, pour faire comme si de rien n’était auprès de la famille, des amis. Mais à l’intérieur… ah, à l’intérieur… on saigne. Il faut tenir le coup, en se mentant – en sachant qu’on se ment. En se disant qu’l’amour est plus fort que la Mort, pour exorciser ce mal être qui brûle en dedans, pour faire en sorte qu’il ne contamine pas les autres. Pour sourire face à l’inéluctable fin qui nous attend.

note       Publiée le vendredi 30 novembre 2007

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notes

Note moyenne        12 votes

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Dioneo › mardi 19 février 2019 - 16:29 Envoyez un message privé àDioneo
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PS : Ah oui, "malédiction", au fait, parce que ce côté "ors et tentures" de la musique et de la voix, dans les deux cas, fait facilement passer les deux groupes - The The et The Afghan Whigs, donc - aux yeux/oreilles de certains, pour des faiseurs de soupe FM (... j'aurais bien aimé, à l'époque où "la FM", ça voulait encore dire quelque chose en terme "d'impact dans les foyers", entendre ceux là dans l'poste, hein... mais non) ; et/ou pour de simple crooners égocentriques avec leurs backing bands de luxe, d'hôtels de luxe. Eh... Non, c't'un peu plus subtil (et tranquillement puissant) que ça, pour Les Les comme pour les Perruques !

Dioneo › mardi 19 février 2019 - 16:17 Envoyez un message privé àDioneo
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Comme je disais pas loin y'a longtemps : un disque que j'ai, à un moment de ma petite vingtaine (à peine), beaucoup ouï sans l'écouter vraiment, vu qu'un très bon pote l'avait acheté et nous le passait immanquablement en soirée. Comme m'avait répondu Raven : c'est parce qu'il ne s'y prête pas franchement, à l'écoute festive entre potes !

Bien vu.

Bel album de soul-wave, finalement entendu, pour de bon (merci au Zug pour ça), d'ici. Avec - oui, comme dit la chronique - un fond de blues blanchi, mais à la chaux plutôt qu'à la javel. Et même des espèces de marques résiduelles gospel, presque fantomatiques, dans l'orgue et même la voix - cette voix... - sur Lonely Planet et ailleurs. (Pas si "optimiste" que ça d'ailleurs, comme clôture de disque, sous ses airs d'hymnes baptistes... If you can't change the world/Change yourself... Argh, au vrai).

Je trouve que Matt Johnson/The The, ici - dans une optique musicale assez différente, d'un point de vue, d'un angle "géolocalisé" sur la Vieille Île, alors que les autres sont profondément marqués Nouveau Monde - partage avec The Afghan Whigs (ceux de Gentlemen et 1965, au moins) la "malédiction" d'un chanteur sachant excellemment chanter, ne s'en cachant pas, balançant qui plus est des histoires "vues du mec", travaillé par des trucs, ledit, mais qui ne se cache pas non plus que pour lui, prendre le micro (et la plume) implique le devoir d'être brillant ; et puis de faire tout ça sur une musique au cordeau, riche et libre mais qui cache ses arrêtes sous le velours, les arrangements au poil... (Incidemment - et pas si incidemment puisqu'en vrai ça résume une partie de mon sentiment - en réécoutant celui-là je viens de penser "George Michael, oui... Et alors ?". C'est une métaphore, ouais. Mais je vous la livre car je la trouve assez vraie - avec mon propre étonnement dedans)

zugal21 › samedi 4 juillet 2015 - 17:53 Envoyez un message privé àzugal21

" It's a wicked world awaits the ones our young girls bear "

Note donnée au disque :       
saïmone › lundi 12 décembre 2011 - 14:10 Envoyez un message privé àsaïmone
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raven, reviens

Note donnée au disque :       
sebcircus › jeudi 10 juin 2010 - 23:18 Envoyez un message privé àsebcircus

Je n'ai pas trop accroché à cet album, surtout en comparaison avec le précédent

Note donnée au disque :