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Can › Tago Mago
informations
Inner Space Studio, Cologne, Allemagne, 1971
line up
Holger Czukay (basse), Michael Karoli (guitare, violon), Jaki Liebezeit (batterie, percussions), Irmin Schmidt (claviers), Damo Suzuki (chant)
chronique
Si l'on met entre parenthèse l'épisode "Soundtracks", "Tago Mago" est le second album (double !) du groupe allemand. Une oasis de non-dits où Holger Czukay invite le sixième membre fantôme du groupe, le studio, à forger en leur compagnie un univers musical sans équivalent notable. A ce stade, nous ne sommes plus vraiment en territoire musical.... C'est autre chose. C'est ailleurs... "Tago Mago" est une lente et sournoise progression dans les méandres de notre inconscient. Une séance d'hypnose aux effets secondaires immédiats. Expérience de dégradation irréversible de l'esprit, d'un cerveau aux circonvolutions à l'expansion trop incontrôlable que pour être contenues dans une boîte crânienne qui se déformerait sous la pression d'une imagination complètement desinhibée. D'où ce besoin de le traduire en paroles, ou plus précisément en sons. Can fait un aller-retour vertigineux et sans précédent dans l'inexploré et l'inexprimable. "Paperhouse", "Mushroom" et "Oh Yeah" préparent graduellement l'auditeur à ce grand plongeon qu'il ne voit pas venir. Les effets d'échos et de reverb font leur entrée avec grand fracas. Et toujours ces rythmiques endiablées, entêtantes, ornées par endroits d'éléments percussifs supplémentaires, trahissant, avec leurs gammes peu communes, l'intérêt évident de ces musiciens pour les musiques du monde. Si "Mushroom" fascine, "Oh Yeah" rend l'expérience encore plus palpitante ; tout semble défiler à rebours, à commencer par le chant de Damo Suzuki dont les bandes passent à l'envers. Est-ce bien raisonnable ? Mais où tout cela va-t-il nous mener ? Can aligne alors le métronomique "Halleluhwah", puis "Aumgn" et "Peking O", trois pièces avoisinant les vingt minutes et dont la pièce centrale, "Aumgn", semble incarner l'apogée de ce parcours fumeux où le collage psychédélique prend des proportions inhumaines ; on y entend percussions, bizarreries instrumentales, sonorités d'un au-delà inquantifiable, stridences d'un violon qu'on assassine, voix d'outre tombe aux propriétés incantatoires. Procédé sans doute discutable mais résultant quoi qu'il en soit d'un énorme travail de technique studio, on lui préferera peut-être "Peking O", plus concis mais aussi plus extrême encore dans ses options ; pas de mélodies à chercher ici, la musique devient pure matière sonore. Grincements, tôles froissées et chants possédés constitutent la colonne vertébrale de ce dernier manifeste faussement hippie, où claviers et utilisation intensive des boîtes à rythme dévoilent l'ombre d'un Sun Ra électrique encore à venir, avant de se réveiller groggy sur "Bring Me Coffee or Tea", les membres encore endoloris par la violence du voyage. 73 minutes intenses qui renvoient Pink Floyd à sa juste place : au placard.
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notes
Note moyenne 80 votes
commentaires
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- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Certains cris résonnent encore.
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Raven
› Envoyez un message privé à Raven
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Adieu les tours en bécane, il nous reste la cuisine.
- SEN › Envoyez un message privé à SEN
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Quel tristesse quand même, il ne reste plus que Irmin Schmidt comme survivant !
Message édité le 10-02-2024 à 22:46 par SEN
- Le Gnomonique › Envoyez un message privé à Le Gnomonique
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Un peu de musique éloigne de Can. Beaucoup de musique y ramène.
- Valsturm › Envoyez un message privé à Valsturm
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Le disque qui comprend tout, d'office.
Message édité le 27-03-2023 à 20:30 par Valsturm

