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Dexter Gordon › Our Man in Paris
lp • 5 titres • 38:05 min
- 1Scrapple from the Apple7:22 [Reprise de Charlie Parker]
- 2Willow Weep for Me8:47 [Reprise d'Ann Ronell]
- 3Broadway6:44 [Reprise de Billy Bird, Teddy McRae & Henri Woode]
- 4Stairway to the Stars6:57 [Reprise de Matty Malneck, Mitchell Parish & Frank Signorelli]
- 5A Night in Tunisia8:15 [Reprise de Dizzy Gillespie]
extraits audio
informations
CBS Studios, Paris, 23 Mai 1963
line up
Kenny Clarke (batterie), Dexter Gordon (saxophone ténor), Pierre Michelot (contrebasse), Bud Powell (piano)
chronique
Quand le sort semble s’acharner sur vous, quand vous cumulez les choix discutables, l’une des meilleures choses à faire, dans ces cas-là, consiste souvent à partir loin, à s’éloigner de la source de ses maux afin de chercher un nouveau départ, un avenir plus apaisé. Précieux conseil qu’ont tenté de mettre en application, avec plus ou moins de succès, trois pionniers du bop, exilés américains en Europe après des parcours marqués par la drogue, le racisme et les difficultés de la vie de musicien noir dans leur pays natal. Et, lorsque ceux-ci, le saxophoniste Dexter Gordon, le pianiste Bud Powell et le batteur Kenny Clarke, rejoints par le contrebassiste français Pierre Michelot, se retrouvent dans les studios CBS à Paris pour une session d’enregistrement de reprises, le meilleur est à espérer de ces retrouvailles entre compatriotes.
L’album, fruit de cette journée d’enregistrement du 23 mai 1963, démarre sous les meilleurs auspices avec une version énergique de Scrapple from the Apple, le standard de Charlie Parker. Gordon et Powell, prenant leurs aises avec le morceau original, nous offrent des solos exubérants merveilleusement appuyés par une section rythmique remontée comme un pendule.
Willow Weep for Me, classique d’Ann Ronell, plus posé et bluesy, moins flamboyant aussi, nous permet de retrouver la facette la plus désabusée du jeu de Gordon. Même si le morceau contient moins d’idées, même s’il s’avère moins aventureux dans son approche, les émotions qui s’en dégagent rendent difficile de ne pas le trouver attachant.
Broadway renoue avec l’aspect plus énergique de Scrapple from the Apple sans en retrouver l’intensité (mais sans être inintéressant pour autant) tandis que Stairway to the Stars nous offre une balade en mode mineur mettant en valeur l’élégance du jeu de Powell.
Bel album, donc, jusqu’à présent. Mais que lui manque-t-il pour passer au stade supérieur, pour qu’on ait envie de le ressortir régulièrement ? Une reprise du classique bop de Dizzy Gillespie, A Night in Tunisia, peut-être ? Et comment s’assurer d’en offrir une interprétation mémorable alors qu’il en existe des versions explosives, festives, tellement vibrantes, comme celle de 1960 par Art Blakey et ses Jazz Messengers ? Difficile, en effet, d’espérer dépasser le sommet de Blakey en jouant avec les mêmes armes que lui. Alors pourquoi ne pas prendre le chemin opposé ? Gordon choisit la voie du feutré : un tempo légèrement ralenti par rapport à la version des Messengers et une section rythmique piano/contrebasse/batterie, discrète mais solide, sur laquelle se reposer. Pour mieux proposer un long solo de saxophone aux intonations mélancoliques dont il a le secret, explorant les possibilités mélodiques du morceau, seulement entrecoupé de quelques belles variations de Powell. Par rapport aux versions de Gillespie ou de Blakey, cette nuit en Tunisie est tout aussi belle, mais lointaine, perdue dans des souvenirs diffus, épars, d’une période débordante de vie et ravivant un spleen associé au sentiment du temps qui passe, impitoyable. Un morceau à écouter, donc, puis à réécouter, encore et encore, pour cette tristesse discrète et addictive.
Si ce n’est donc pas le pinacle de la carrière de Dexter Gordon ou de Bud Powell, avec un ventre mou constitué de Broadway et Stairway to the Stars, cet album reste, malgré cela, une belle rencontre avec des musiciens visiblement heureux de partager ce moment avec nous. Parfois, disais-je, partir est la meilleure chose à faire pour mieux se retrouver et se dépasser.
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dimegoat
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Gordon & Powell, les expat' de luxe du jazz. A écouter après visionnage de Round Midnight de Tavernier !
