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Ensemble Nipponia › Japan - Kabuki & Other Traditional Music
- 1980 • Nonesuch Explorer Series H-72084 • 1 LP 33 tours
- 1995 • Nonesuch Explorer Series 72084-4 • 1 CD
- 2007 • Nonesuch Explorer Series H-72084 • 1 CD
lp/cd • 8 titres • 48:17 min
- 1Echigojishi (The Echigo Lion)3:39
- 2Ataka No Matsu (The Pine Tree at Ataka)3:15
- 3Musume Dōjōji (The Maiden at the Dōjō Temple)4:54
- 4Kanjinchō (The Subscription List)10:06
- 5Shirabe-Sagariha (The Sound of Wind Through the Bamboo Leaves)5:39
- 6Atsumori (The Death of Atsumori)7:17
- 7Hanayagi (The Greening)6:15
- 8Sattō (Wind Dance)6:05
informations
Enregistré par David Lewiston en octobre 1978 à l'American Academy of Arts and Letters, New York.
line up
Hirokazu Sugira (shamisen), Yukiko Ōta (shamisen), Kōhei Nishikawa (shinobue et nohkan), Kōhachiro Miyata (shakuhachi), Kifu Mitsuhashi (shakuhachi), Ayako Handa (voix et biwa), Keiko Nosaka (koto), Naritoshi Tōsha (ko-tsuzumi), Taichi Ozaki (ō-tsuzumi), Hiromitsu Katada (percussions), Akikuni Takahashi (percussions), Minou Miki (direction)
chronique
Ce disque a été, pour moi, une ouverture. Mon premier contact avec ces musiques là – dites traditionnelles, ou classiques, du Japon. Une éventail de formes et d'instruments alors inconnus ou à peine, tout juste de noms pour certains. Des timbres, des rythmes – le souffle fêlé, texturé, de la flûte shakuachi, les remous et suspensions cristallines du koto, le chant grave, tragique, flottant sur les notes courtes, comme tronquées, du luth biwa... Ces huit plages n'ont rien d'un simple catalogue, pourtant, d'une collection, d'un recensement aride trop bien étiqueté. C'est un récital – l'Ensemble Nipponia, en résidence ou de passage à l'Académie des Arts et Lettres de New York interprètent quatre pièces du genre nagauta, forme inhérente au théâtre kabuki, et quatre compositions tirées chacune d'un répertoire propre, dédié à des circonstances, des lieux, des moments, des récits particuliers. Tout ici, en effet, raconte – écoule, déroule, déplie des histoires, des affects, des épisodes. Tout nous saisit pour nous y plonger.
Des quatre pièces proprement théâtrales – les quatre premières de la sélection – on pourrait craindre que, réduites ainsi à leur seule dimension sonore, en l'absence des acteurs, de leurs costumes et maquillages, de leurs mouvements sur scène (et lesdites pièces, nous disent les notes du livret, données qui plus est sous formes abrégées), quelque chose y manque. Pourtant, ainsi, l'extraordinaire dynamique des scènes en ressort, frappante – les accélérations du shamisen (cordophone aux notes brèves et métalliques) et des tambours aux peaux tendues, les cassures et re-départs du rythme, les longs traits filés ou phrasés noués de la flûte, qui semblent commenter les textes scandés, les souligner ou leur répondre, les onomatopées aux glissements, articulations en micro-tons... Tout s'anime – tout est action, trajectoires, le texte et le geste ne semblent plus différer. Tout s'inscrit comme physiquement – géographiquement, topographiquement, scénographiquement, une fois de plus, des péripéties, drames, des danses et avanies. Que l'on entende ou pas le moindre mot – que l'on s'aide ou non des notices, pour comprendre un peu plus, à peine, ce qui se joue, peu importe, finalement... Quelque chose passe. Et quelque chose survient, aussi, sur les quatre autres pièces. Quelque chose m'a touché, immédiatement, me plonge chaque fois dans ces mondes qu'évoquent chacun des titres.
Le Son du Vent dans les Feuilles de Bambou, aux shakuhachi. Non, ce n'est pas une naïve immitation – seulement naturaliste, les souffles des instruments qui tenteraient de « jouer » les bruissements des plantes. C'est, là encore, une histoire de trajectoires, de dimensions – de hauteurs (de notes), inflexions, unissons et écarts incroyablement précis. De jeu souple, pourtant – fluide. Une abstraction ? Peut-être, mais cette réduction, alors – à des lignes qui se croisent, se rejoignent, s'écartent, convolent et se séparent – n'est concédée que pour rendre plus concret l'espace, les teintes, la lumière, l'alentissement inespéré du... Temps. Encore lui, soi-même. Nous méditons sur lui. Nous méditons en lui – soudain si net, palpable, concret, il cesse de nous emprisonner.
Atsumori, ensuite – nous jette sur un aride terrain, champs de bataille. Narrant – psalmodiant, presque, et s'accompagnant de la biwa – un épisode du Dit des Heike (Heike Monogatori, chronique des guerres entre les clans Minamoto et Taira au XIIème siècle), la soliste (Ayako Handa) raconte le dernier combat d'un jeune guerrier (Atsumori), qui mourra sur ce rivage. La force de pensenteur, d'attraction de la pièce est... Exraordinaire. Là aussi, les procédés apparemment imitatifs – le frottement des cordes pour évoquer la brise, le choc (littéralement) du plectre sur leur métal et sur la table de l'instrument lorsque les adversaires se voient mutuellement... – sont poussés vers une forme presque mathématique, hissés, emmenés, menés au-delà de toute pauvre pantomine ; rendus vivants, rendant la vie à ces tableaux que l'écriture, la codification auraient pu figer. La chose est poignante – le vibrato long de la voix, les traits du luth, pénètrent et dénudent, exposent sans merci.
Hanayagi, alors, n'est que flot. Le koto fait couler les cellules, les arpèges, danser l'éclat, les reflets sur les cordes. Le Son déferle et s'interrompt, s'élève et s'engouffre dans le silence – plus qu'il ne lui laisse place, quand c'est de ça qu'il s'agit. Le koto joué ici, nous dit-on, est une version moderne de l'instrument – à vingt cordes au lieu de treize. Et cette ballade une œuvre originale, écrite par Minoru Miki, directeur de l'Ensemble. Il y est question de cette période courte, cet instant presque, ces quelques jours où la saison change – du printemps à l'été. Elle emplit, elle emporte. Elle illumine – merveille de flambée fraîche.
Et le récital se conclut par une fête. Une procession, flûte et percussions de festival shinto – une Danse du Vent (décidément) dont là encore, on nous prévient qu'elle n'est pas à la lettre un bout de tradition, une exécution canonique. Mais une impression, une interprétation moderne – pour ce jour de 1978 où l'Ensemble la joue ? Elle ne laisse rien en place, en tout cas. Ses phases, mouvements, nous entraînent, m'absorbent encore, chaque fois. Les mélodies des flûtes – simples, réitérées – restent présentes, tant d'années plus tard, à mon esprit, me reviennent sans faute à chaque nouvelle écoute, inscrites et mobiles. Comme cette fin qui est une levée – dernière note lâchée nette dans l'appel d'air qu'ont ouvert les frappes sur les peaux.
Je ne me prétends pas – loin de là – expert en la discographie de l'Ensemble Nipponia. Ni, non-plus – toujours pas – de ces musiques là, des traditions sur quoi ce disque jette une lumière presque furtive. Je le répète : cette lumière est belle – bien plus qu'un froid faisceau braqué sur des objets pour seulement les décrire. Avec l'autre volume de la collection – les fameuses Explorer Series – enregistré sur le même label par l'Ensemble (Japan – Traditional Vocal & Instrumental Music), ce disque constitue une sorte de trésor. J'y retourne sans cesse, depuis des... Décennies. Il ne s'épuise toujours pas. Il grandit à chaque partage.
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Dioneo
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Ah oui, il se prête bien à ça aussi - travailler, dessiner, écrire... C'est parmi d'autres choses de la musique qui favorise la concentration.
L'autre (Nipponia/Explorer Series) arrive bientôt, donc, je pense.
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dimegoat
› Envoyez un message privé à dimegoat
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Un de mes disques de travail, bien content que tu aies fait la chronique car j'aurais été bien embêté pour écrire dessus!
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Faut-il préciser que la pochette avait pas mal joué dans mon "impulsion d'achat", en cette lointaine époque ?
Message édité le 24-09-2026 à 15:02 par dioneo
- Tallis › Envoyez un message privé à Tallis
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Pareil, hyper intéressé aussi par des "portes d'entrée" vers ce type de musique traditionnelle !
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Eh bien merci pour votre curiosité et vos retours !
Vraiment un disque-pivot pour moi, donc, celui-là, avec d'autres des mêmes Explorer Series de chez Nonesuch qui avaient suivi peu après... Des disques "techniquement plus avancés" sont sortis sur d'autres labels/collections plus tard, forcément - globalement là on est sur des enregistrements des années 70/80, le premiers datent même de 1967, il semble - mais n'empêche, ça a lancé une nouvelle approche de ces musiques là, c'étaient parmi les premiers disques de musiques trad/classiques "non-occidentales" (ou "extra-européennes" ou autres... les appellations sont souvent pas terribles vues d'ici) pensés pour être vendus à un public non-spécialisé, présentés comme des objets soignés, avec de belles photos, et des notes de pochettes compréhensibles, pas hyper techniques (comme ça peut parfois l'être chez Ocora par exemple).
J'en chroniquerai quelques autres - ça fait partie des disques qui m'ont donné envie de postuler sur guts, quand-même, au départ, tout ça.

