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La Nòvia › In C

cd1 • 1 titre • 73:58 min

  • 1In C (version acoustique)74:00

cd2 • 1 titre • 65:10 min

  • 1In C (version électrique)65:12

informations

Version acoustique enregistrée à la Grange des Vachers, Blanlhac (43) en juin 2017. Version électrique enregistrée à la Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand (63) en août 2017. Prise de son : David Fauroux. Mixage : Guilhem Lacroux. Master : Yann Gourdon.

Graphisme : Héloïse Bariol. Typographie : Lionel Catelan.

line up

Mathieu Baudoin (violon), Perrine Bourel (violon), Basile Brémaud (violon), Antoine Cognet (banjo), Alexis Degrenier (vielle à roue), Yvan Étienne (vielle à roue sur la version acoustique ; synthétiseur EMS et pédales sur la version électrique), Pierre-Vincent Fortunier (cornemuse du Centre 23 pouces sur la version acoutique ; cornemuse Béchonnet 11 pouces sur la version électrique), Clément Gauthier (chant, tambourin à cordes), Yann Gourdon (vielle à roue), Guilhem Lacroux (guitare romantique sur la version acoustique ; guitare 12 cordes sur la version électrique), Jacques Puech (cabrette)

Musiciens additionnels : Terry Riley (Composition)

chronique

La Nòvia et Terry Riley. La rencontre allait de soi. Elle avait eu lieu, de fait, bien avant – des propos des musicien.ne.s, glanés ci ou là le confirment, le confirmaient : l'approche, l'écriture, la perception cyclique du son de l'Américain était cousines, déjà, ou plus proches encore, des conceptions du collectif. La Nòvia et In C, en particulier – ça devait arriver. Un.e musicien.ne ou l'autre en parlait depuis un moment – au détour de l'une ou l'autre causerie devant ou hors-micro. La rigueur mathématique, conceptuelle, de la pièce – autant que la liberté qu'elle laisse, permet, ouvre à celles et ceux qui voudraient l'interpréter, la marge de manœuvre, d'ouverture... On attendait, on a patienté. On espérait... Et puis un jour de 2017, les concerts ont été annoncés.



Et j'y étais, tiens, à la Grange des Vachers de Blanlhac – Haute Loire – où le collectif s'était installé pour répéter puis enregistrer la ci-présente version acoustique d'In C. Parmi d'autres, devant eux et elles, pour le concert de fin de résidence. J'y retrouve tout : la sensation de montée, bien-sûr, ni brutale ni prévisible, certainement pas rectiligne. Celle d'une musique qui porte et bouge par phases - ne s'installe jamais à une hauteur fixe mais varie aussi ses vitesses, si invariable puisse sembler le tempo. Ce n'est pas une question de battue, de BPM – c'est une histoire d'écoulement, de débit, de flux qui se nouent et se défont, trajectoires qui se lient et se détachent. C'est une musique de nœuds, en effet – de cellules que jouent les musiciens, selon des règles, une logique énoncées par le compositeur, un nombre de tournes, des signaux, signes indiquant les changements ; mais pour chacun.e, au gré de ces règles, de ces guides, aucun nombre donné par avance. Bien-sûr, de là, une écoute se crée, s'installe – entre elles et eux toustes. Ce serait, sinon, le chaos – et cette musique n'en est pas, du Chaos. Elle est un ordre mouvant et défait, délié des injonctions – on n'écrira pas, au début du mot ordre, alors, décidément, de majuscule. On lui préférera, peut-être, allez, le terme d'harmonie – dans un sens élargi, précisé à la fois, selon des critères, des composantes propres, au-delà (ou simplement ailleurs) de ce qu'on entend par « harmonie » dans les musiques dites savantes, européennes, « classiques », toniques, dominantes, relatives etc. Non... L'harmonie, ici, définit, encore une fois, ses règles propres – et se meut, saisit et anime le son selon elles. Rien ne s'y arrête. Rien ne peut se jouer, exactement, deux fois pareil, à l'identique – ou bien si, c'est possible, mais ce n' est pas ainsi qu'elle vit, qu'elle bouge, se reconnaît. (Et se... Différencie). La durée, elle non-plus, n'est pas fixe – celle-ci (l'acoustique) s'étend sur huit minutes de plus que celle-là (l'électrique). Elle exulte avant la fin, intense, pleine – on croit ne jamais redescendre. Elle ne retombe pas avant qu'ai cessé de résonner la dernière note, le dernier timbre, le dernier complexe (de timbres, encore, de hauteurs, d'enveloppes, d'accents...) suspendu et mu dans l'espace de cette grange – espace agrandi, soudain immense, palpable et comme sans fin.

...

Je n'étais pas, en revanche, à Clermont – où La Nòvia, deux mois plus tard, a donné sa version électrique, amplifiée, de la pièce. On ne peut pas, tout le temps, être partout... Eux et elles, bien-sûr – le dispositif changeant (quelques instruments, même, d'une version sur l'autre, ne sont pas les mêmes), rien ne pouvait partir, exactement, des mêmes places. Passant par ces chemins là, ça devait forcément arriver, aboutir ailleurs. Voilà qu'on les y retrouve – dans cette Coopérative de Mai, à deux heures environ, par la route, de l'autre lieu. Les onze mêmes musicien.ne.s, les mêmes matières en mains – outils, lignes de perspectives. À quelques instruments près, on le disait – Guilhem Lacroux a changé de guitare, Pierre-Vincent Fortunier de cornemuse, Yvan Étienne remplace sa vielle par un synthétiseur modulaire branché sur des effets. Les lignes sont... Les mêmes ? Eh bien... Les fameux guides, les règles, bien-sûr, ne changent pas. Mais les textures, forcément, les densité, le son des instruments passant dans les circuits, n'est plus le même. Précisément : il varie autrement, les fréquences s'accrochent, s'apparient, s'attirent et se repoussent (se distinguent) à d'autres allures, selon d'autres motifs, figures. Curieusement ou non – dans ce dispositif qui permet au son de sortir plus fort, plus haut qu'il n'est joué à sa source – tout semble plus clair, limpide. Les nuages, paquets, nœuds d'harmoniques se détachent davantage, forment des plans plus nets. La substance du son semble moins granuleuse – moins abrasive, même, peut-être. On entend distinctement, ici, par moments un chant, une voix qui s'étire en long tracé par-dessus, à travers, autours des cellules qui tournent et s'articulent. L'amplification n'agrandit pas la distance, de nous au son – ne donne pas la sensation que la musique se joue ailleurs, plus en dehors ; elle change la lumière – semble rendre moins visible, moins sensible encore le « dehors », justement. C'est ainsi qu'on s'y trouve autrement plongé, immergé, qu'on s'en trouve autrement entouré.e.s, et traversé.e.s. Les effets de phase semblent moins doux – plus tranchés. Pas moins subtiles, pour autant – tout aussi précis, exactement tramés. L'effet de ralentissement, quand il survient, est immédiatement saisissant – celui d'une suspension qui tiendrait presque du vertige (si le vertige pouvait tenir, lui, d'une quelconque forme de plaisir, de position contemplative). On s'y installe – et les glissements continuent de changer, de s'allonger. Et lorsque ça « repart », bien entendu, on se rend compte que ça n'avait jamais cessé, même menacer de stopper. On se trouve, nous, au même point du même lieu – mais ce sont le lieu et le point qui n'arrêtent jamais de changer, de ne rien, de ne pas se figer. C'est le même temps qui pulse et coule – et où jusqu'au bout, on ne saurait s'enliser.



In C de Terry Riley, par La Nòvia, c'est là – sur ce double-disque beau et dense. Tout le souffle, les souffles et l'architecture – mouvante et concrète – de cette pièce, de ce que les musicien.ne.s de La Nòvia en font. C'est encore un moment unique, sans pareil – survenu il y a presque dix ans, maintenant, mais que rien ne consigne par-delà le temps, depuis, écoulé. In C traverse les époques, les continents, les terres et les étendues d'eau, les reliefs et les plaines – partout, il s'en trouve pour s'en saisir, s'en emparer, s'en laisser emparer. Ça s'attrape et se relâche. Ça ne fait pas que passer – pas sans laisser de traces. On ne pourra s'empêcher de se retrouver... Encore ailleurs, plus tard, sans doute autrement.

Chef-d'œuvre
      
Publiée le dimanche 23 août 2026

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avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Aaaaah ! Mais je pensais que tu connaissais déjà le collectif ! Non ben de rien, c'est cool alors... Bonne découverte à toi - y'a de la matière, eh eh eh.

SEN Envoyez un message privé à SEN

J'ai été écouter les autres albums rattachés au groupe sur Bandcamp, mais en fait c'est juste fabuleux ! Grosse découverte pour moi, merci !

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Oui... En plus le concert à Blanlhac (en acoustique donc), le cadre était vraiment très cool, on était venu très en avance avec des copaines, et vu qu'on dormait sur place on avait bien pris le temps après, à naviguer entre le bal (où se succédaient les solo/duo/trio etc. des gens du collectif) et les grandes tables dehors à boire des coups, discuter... Vraiment un super moment cette journée/soirée. J'avais réussi à me placer près des musiciens.ne.s, en plus, de mémoire, pour le concert (tout le monde était assis).

SEN Envoyez un message privé à SEN

J'imagine que ça devait être fabuleux, y'a une vidéo sur youtube mais ça donne pas la mesure de l'expérience de l'avoir vu et entendu.

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Alors... T'imagines en concert ?