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Mauricio Kagel › Acustica (1968-1970) (version Monte Carlo)

cd • 2 titres • 75:09 min

  • 1Première Version38:58
  • 2Seconde Version35:53

informations

Enregistré et mixé par Alban Moraud et Frank Jaffrès, les "& mars et 1er avril 2007, à l'Opéra de Monte Carlo, dans le cadre du Festival du Printemps des Arts.

line up

Alfred Pollman, Björn Kiehne, Gereon Bründt, Gervin Kothen, Pit Therre

chronique

Deux versions d'Acustica, enregistrées trois décennies et plus après la création de l'œuvre, à peine plus d'un an avant la mort du compositeur. C'est... Différent. Chez Kagel tout l'est, souvent – différent, mouvant. L'interprétation est rarement fixe, fixée. Le travail – le jeu ! – fait partie de la forme, est une partie – décidément – de l'œuvre elle-même. La musique ne retient pas, ne conserve pas – comme dans « boîte de conserve » pas plus que comme dans « conservation des collections du musée » – l'air du temps qui l'a vue naître, afin de le l'exhumer ensuite, modèle, émanation d'un quelconque souffle divin, dogme expiré. Non... Chez Kagel dans ses meilleurs moments, la musique respire – l'atmosphère des lieux, des temps où elle est... Produite. Jouée – on y revient.

Ces deux représentations – enregistrées dans le cadre du Festival du Printemps des Arts de Monte Carlo ; mais rien ne nous dit s'il s'agit ou non de performances données devant un public – permettent de saisir, peu ou prou, la part d'invariable contenue dans la partition (au sens large), le dispositif, la matière de l'œuvre. C'est à dire, en l'espèce, les sons sur bandes enregistrés par Kagel (et diffusés ici, semble-t-il, par le compositeur en personne) avant la création de l'œuvre, entre 1968 et 1970. Les illustrations et les notes du livret détaillent d'autres aspects, éclairent certaines dimensions de la pièce – reproduisant quelques unes des instructions données aux musiciens pour son exécution, des images montrant, par ailleurs, quelques uns des objets et instruments utilisés comme sources sonores. L'oreille, elle, perçoit la marge de manœuvre, de liberté, donnée aux musiciens. Non seulement parce que les deux plages du disques diffèrent entre elles, significativement – toutes les parties, reconnaissables, ne semblent pas occuper, d'une version à l'autre, les mêmes durées, ni les « événements » s'y enchaîner dans un ordre invariable ; mais aussi parce que l'atmosphère, la consistance, la « vitesse » de ces deux versions diffèrent considérablement d'autres, entendues ailleurs, plus tôt. De la version Deutsche Grammophon sortie en 1972, par exemple, enregistré à Cologne par un ensemble local, ressortait l'impression d'une musique... Métallique, dure – pas bêtement, gratuitement violente ou agressive mais où tous les sons, toutes les textures semblaient émaner de solides géométriques, facettés, résonnant dans un espace clair mais froid, frais, un volume d'air comme contracté. Ces « versions Monte Carlo » délivrent, libèrent des sons, des timbres – à mon oreille, en tout cas – plus doux, exposés avec même une certaine étrange sensualité. La musique (me) semble plus fluide – plus écoulée, écoulement, là où la « version Köln » me donne toujours la sensation de percevoir des sons campés, émis depuis des positions tenues, un flux non pas rigide mais délibérément saturé. Là, c'est autre chose – il y a du vide entre les volumes, les liens de sons tirés d'un instrument, d'une machine, d'un haut-parleur à l'autre (et de ces sources de natures différentes aux autres – les liant, justement, en objets sonores ainsi apparentés).

Cette Acustica ci n'est certes pas – toujours pas – une promenade de tout repos. Mais on peut s'y immerger, y déambuler facilement, s'y laisser porter – là ou d'autres versions semblent déferler, vont tout de suite nous emporter. Pour quiconque aura écouté, une fois ou plus, l'une ou l'autre version de la pièce, il est vraisemblable que celle-ci semblera familière. Il est probable, aussi, qu'il/elle n'y retrouvera pas tous ses, pas que des repères. Il est possible, aussi, que d'une écoute sur l'autre, pour une même version, sa perception variera – sur des détails ou pour l'ensemble de la chose. C'est que cette musique, cette pièce, est un phénomème – un processus, un ensemble de survenues, un équilibre et un mode de mouvement, de mouvements communs, recommencés, reconnaissables, encore, d'une occurrence à l'autre... Mais dont aucune occurrence, justement, n'est jamais identique – strictement et au-delà de variations purement esthétiques, de choix de direction – à celles qui l'avaient précédée, à celles qui peut-être suivront. C'est une définition, certes, possible, de « l'œuvre ouverte ». Mais une définition qui vit – et marche – à même nos jours, à travers et en dehors de ce qu'on pense en comprendre.

Très bon
      
Publiée le dimanche 23 août 2026

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