Vous êtes ici › Les groupes / artistesKMauricio Kagel › Acustica (1968-1970) (version Köln)

Mauricio Kagel › Acustica (1968-1970) (version Köln)

lps • 4 titres • 78:49 min

  • A
  • 1Ester Teil23:55
  • B
  • 2Zweiter Teil19:56
  • C
  • 3Dritter Teil17:49
  • D
  • 4Vierter Teil17:20

informations

Enregistré au Rhenus Studio, Cologne, par Justus Liebich, du 28 au 31 janvier 1971.

line up

Kölner Ensemble Für Neueu Musik, Christoph Caskel, Edward H. Tarr, Karl-Heinz Böttner, Vinko Globokar, Whilhelm Bruck

chronique

Un gros morceau, ça – Acustica. Une œuvre bien singulière, particulière, de Mauricio Kagel – je veux dire : MÊME pour Mauricio Kagel, compositeur souvent surprenant, jamais arrêté sur une forme, un courant, capable d'écrire spécifiquement pour des instruments « renaissance », des pages néo-baroques, d'inventer des pièces d'un folklore « géographique » littéralement déboussolé – le cycle de la Rose des Vents... Ou comme ici, de créer de toutes pièces – et là aussi, l'expression prend tout son sens – un « théâtre acoustique » pour instruments rares (violons « à pointes de fer »... OK), ustensiles divers (ménagers parfois) et hauts-parleurs, amplification.

Acustica est une œuvre ouverte – les pages fournies aux interprètes tenant lieu de manuels, de notes d'intention, plutôt que de partitions strictes à déchiffrer à la note, à l'accent consigné près. Des « rôles » si on veut – si l'on tient à rester dans cette métaphore, cette idée d'un art dramatique ramené aux sons seuls. Ou bien des mouvements, tout simplement – l'écriture pointant une direction, à charge de chaque et de tous les musiciens de s'y acheminer. Et dans cette version – enregistrée un an, à peu près, après sa création, et dans la ville même (Cologne) où le compositeur argentin s'était relocalisé depuis 1957 – autant dire que les choix des musiciens (et de Kagel lui-même ? Sans doute... peut-être) tendent vers une radicalité certaine ! Question de contexte, sûrement – en ce début des années soixante-dix, le « panorama » des musiques contemporaines (dites classiques ou non) tient souvent lieu de véritable champs de bataille où tous les coups sont permis. Entre les acharnés retranchés dans la Forteresse Sérielles (ou déjà post?) – Boulez et cie., assénant non-stop qu'en dehors de ce chemin il n'y aurait RIEN ; les expériences continuées des musiques concrètes du GRM ; les procédés que commençaient à retrouver certain.e.s (écritures contrapuntiques, harmoniques, modales...) dans des musiques dites « anciennes » pour tenter de sortir de ce qu'ils/elles percevaient comme une impasse, une prison, après des décennies d'un formalisme atonal (largement imposé par Boulez en ses chaires, encore)... Ça criait, ça s'écharpait volontiers, alors, dans l'enceinte, la fosse d’orchestre ou les salles de diffusion multi-points.

Acustica version Köln, donc – le ci-présent enregistrement, n'engueule personne. Mais de volume et de timbres faits pour percer le brouhaha, il est bien question. Les phrasés du trombone « préparé », les grincements d'archet métalliques, les cliquetis et frottements divers, d'origine non-identifiés, les cris des musiciens... Tous les sons ici sont durs, solides, comme lancés en pointes dans l'espace acoustique. Les sources non-amplifiées resserrent et saturent leurs bandes passantes, d'expression, de fréquences, pour ne pas se perdre, se noyer dans le flux qui sort des enceintes. Celui-là bourdonne et trace, lui aussi, des lignes claires mais au point d'en devenir éblouissantes, aveuglantes. Rien ne m'agresse, pourtant, dans l'apparent chaos. Les chocs de bouts de ferrailles – vraisemblablement jetés au sol ou sur une autre surface par l'un des instrumentistes ; les souffles ralés tout près des micros (ou dans des talkies-walkies... il s'en trouve, dans la nomenclature de la pièce) ; les pizzicati de ce qui pourrait être des cordes à linge (métalliques, là encore) aussi bien qu'un de ces recoins de lutherie insolites (mais musicaux par nature) recensés dans la liste des instruments à jouer... Tout à l'air « en place » – quoi que ça puisse signifier, dans ce monde-ci, le moment où ça se passe. Tout est dit FORT – c'est entendu. Mais rien ne donne l'impression de vouloir faire taire, d'autorité, tout le reste – toute réalité, proposition autre. Simplement... Pour qui s'y risquera, il faudra du répondant !

J'ai dit « chaos », oui. Mais aussi, j'ai précisé : « apparent ». Tout n'est pas fixe, certes, ici – fixé, rassurant. Mais chaque geste, improvisé ou préparé, répété avant (et/ou reproduit pendant l'exécution même, sur une trouvaille) est sûr, précis, ferme. En ressort, de fait, une sorte de festival, de fête des sons – des bruits supposés musicaux et non-musicaux, rendus, dans le flot, indissociables. Bien plus qu'un catalogue – ce que pouvait laisser craindre la description préalable, la liasse de l'instrumentarium, une présentation purement technique de l'œuvre. Acustica est une suite de tableaux très vivants – dont l'auteur, en passant, nous précise que rien ne nous oblige à les jouer d'une traite, que chaque face du vinyle peut s'écouter à part, individuellement... Ce qui en soit est également « très Kagel » – cette manière de désacraliser la réception, la perception de la musique, de la culture, de la création. La création, ici – sans majuscule, oui – est une réponse, une idée, quelque chose de et dans son temps, qui ne se refuse aucun moyen sous prétexte qu'il serait daté, ancien, périmé – ou au contraire, qu'il serait trop moderne, technologique, voué, par là, à une obsolescence à court ou moyen terme.

Acustica – comme beaucoup d'autres pièces de Kagel – n'appelle aucun recueillement grave, ne nous demande pas de nous imposer son heure et presque vingt minutes (pour la présente version) sans interruption, toutes affaires cessantes. Ces quatre parties, cependant, saisissent immédiatement – et pour ma part durablement – l'attention. Qu'elles jouent d'accords, agencements plastiques de timbres abstraits/concrets, qu'elles articulent des onomatopées, des borborygmes parfois proches de l'éructation... Je n'ai jamais envie de fuir – comme on filerait pour s'épargner un pensum ou une lourde farce, blague. Cette version là me retient, particulièrement. C'est une des visions de la chose. J'y reviens souvent. Il y en a d'autres. Nul ne vous dira, dictera, servira sur un plateau, celle qui, parmi les autres, devrait tenir, absolument, d'indiscutable référence.

Chef-d'œuvre
      
Publiée le dimanche 23 août 2026

Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...

dernières écoutes

Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Acustica (1968-1970) (version Köln)" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "Acustica (1968-1970) (version Köln)".

notes

Note moyenne        1 vote

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Acustica (1968-1970) (version Köln)".

Coltranophile Envoyez un message privé à Coltranophile

Je ne connais que cette version, découverte assez récemment. J’avais découvert Kagel avec les Pan String Quartets version Arditti. Ici, bien plus encore, on « entend » l’aspect metteur en scène, plus que théâtral, de Kagel. Il y a une certaine dose d’humour qui permet à la musique d’échapper à quelque chose de simplement abscons. La matière sonore fait le reste.

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Alors, l'autre version chroniquée, celle de 2007 au Festival du Printemps des Arts de Monte Carlo, existe en CD - j'en suis sûr car je l'ai dans ce format ! Et vu que cette version a été rééditée en 2021, c'est fort possible que tu puisses encore la trouver, si jamais...

Le Gnomonique Envoyez un message privé à Le Gnomonique

Elle tombe à pic cette chronique. J'ai eu ma période Kagel il y a quelques années. J'accrochais surtout aux oeuvres des années soixante (music for renaissance instruments, heterophonie, ses deux premiers quatuors à cordes...). J'ai peu écouté Acustica parce qu'il n'existait pas (et n'existe toujours pas) en CD. J'ai le souvenir d'un compositeur profondément original et iconoclaste dans ses jeunes années, puis plus consensuel et "rond" par la suite, un peu à l'image de Penderecki. Bref, je m'y replonge ce soir patron !