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Ani Difranco › Revelling / Reckoning
- 2001 • Righteous Babe RBR024-D • 2 CD
revelling • 12 titres • 59:05 min
- 1Ain't That the Way5:11
- 2O.K.2:51
- 3Garden of Simple3:54
- 4Tambuitza Lingua5:07
- 5Marrow5:19
- 6Heartbreak Even3:36
- 7Harvest1:04
- 8Whatall Is Nice4:36
- 9What How When Where (Why Who)5:55
- 10Fierce Flawless5:02
- 11Rock Paper Scissors6:00
- 12Beautiful Night6:24
reckoning • 16 titres • 59:29 min
- 1Your Next Bold Move5:46
- 2This Box Contains...0:29
- 3Reckoning6:02
- 4So What5:03
- 5Prison Prism1:34
- 6Imagine That4:00
- 7Flood Waters0:47
- 8Grey5:09
- 9Subdivision3:57
- 10Old Old Song4:22
- 11Sick of Me5:21
- 12Don't Nobody Know1:17
- 13School Night4:54
- 14That Was My Love1:03
- 15Revelling5:08
- 16In Here4:15
informations
Enregistré par Andrew "Goat Boy" Gilchrist au Dust Bowl, Buffalo et au Congress House Studio. Mixé par Ani DiFranco, assitée par Andrew Gilchrist.
line up
Ani Difranco (guitares acoustique et électrique, voix, batterie, basse, tamburitza lingua, shaker, claviers), Shane Endsley (cuivres), Hans Teuber (cuivres), Jason Mercer (basse), Daren Hahn (batterie), Julie Wolf (claviers)
Musiciens additionnels : Jon Hassell (trompette sur Revelling), Lloyd Maines (pedal steel sur Sick of Me), Maceo Parker (voix sur Ain't That the Way, solo de saxophone sur What How When Where (Why Who)), Scot Fisher (voix sur Beautiful Night), Mark Hallman (voix sur Sick of Me)
chronique
« I love you/And you love me... », oh, vraiment, Ani, ce serait si simple ? « But ain't that the way/It's suppposed to be... ». Oui, d'accord : c'est donc un et-après ? Après, il y a tout le reste, il y a tout – et ça qui va avec. Il y a que tout-est-politique – mais que pris comme ça, dit comme elle le dit, comme d'autres le disent aussi, qui n'en font pas seulement un étendard, une qui n'en n'ont pas fait un métier, ça n'est pas un euréka, ça ne résout rien, ou pas tout. Au contraire, voire... Parce qu'alors, après, il faut agir en conséquence – que l'intime et le général se parlent, se tiraillent ou s'accordent mais qu'il faut éviter toujours l'impasse, fin de route ou compromis qui tue les deux termes, qui les invaliderait tous. « So Don't Ask me/'Cause I'm weak that way... ».
Revelling / Reckoning, double-album au boîtier façonné tête-bêche, objet aux teintes chaudes/froides (dominante jaune-soleil d'un côté, gris neige/nuages sales de l'autre) est un moment spécial dans la la discographie, le parcours d'Ani DiFranco. Plein de ces questionnements – comment continuer, tenir sans rien lâcher mais sans se perdre, soi-même, dans le processus. Deux heures pleines, sans rien en trop. Aucune des chansons. Aucun de ces interludes où elle joue seule, monte des boucles-carrousels d'étranges instruments, de drôles de timbres traités. Aucun de ces poèmes dits d'une voix lasse ou emportée, vibrante de résolution, sur fonds d'arpèges limpides ou oxydés, d'accords plaqués ou cisaillés, de cuivres et bois éclatants ou feutrés. Aucune de ces histoires d'avant, de maintenant, de ces question aux lendemains – constats tristes, enragés, déclarations dites d'une voix douce et sûre ou bien embarrassées, regrets et volontés pareillement bruts et exposés dans le détail, dans leur complexité. Poésie beat d'un âge après le grunge – de ce moment où la musique « indie » (folk, rock... hip-hop aussi, entre autres) se trouvait face à un marché – un vrai, avec plans de carrière et circuits de distribution... Et devait, de là, tâcher d'y échapper ou décider de s'y fondre.
Ani DiFranco chante magnifiquement, sur ce disque – comme toujours, oui, mais trouvant ici, gardant tout le long une justesse parfaite, d'expression, d'émotion autant que technique. Qu'elle scande ou récite en litanie, lance des syllabes en lignes déliées ou quasi-onomatopées syncopées, dures, dans les aigus ; qu'elle descende son souffle plus bas, dans les graves, couvé entre le ventre et le cœur, la poitrine ; qu'elle parle du désir qui s'accomplit pour un soir sans question ou de remplir son sac au buffet d'un vernissage, l'argent venant à manquer trop tôt dans le mois... Rien ne sonne à côté, jamais, surjoué ou dit trop bas. Aucun souffle n'est faux. La musique, elle aussi – harmonies, mélodies, arrangements, couleurs sonores, mixage, dynamique, équilibre, trouve une forme d'accomplissement qui ne la « referme » pourtant pas. Au fil des années, des albums, l’écriture s'était certes étoffée, complexifiée – partant d'un folk-punk acoustique déjà parfaitement articulé, en place, mais presque minimaliste, en tout cas compact, à des formes plus ouvertes, enrichissant l'instrumentarium, multipliant les voix – déjà. Ici, toutefois, c'est encore autre chose – plus, plus loin qu'un « simple » aboutissement de toutes ces expériences, tentatives d'avant. Cuivres funk, tournes folk encore, architectures pop luxueuses, plages de cordes électriques contemplatives, lignes de contrebasse jazz, beats hip-hop/r'n'b, percussions aux allures « latines » ou de tablas, modulations, ritournelles-ostinatos, tonalités qui glissent imperceptiblement, s'infléchissent entre les lignes... Rien n'est trop beau – aucune idée n'est refusée. Toutes sont menées au point – où il n'en faut pas plus, où il ne faut rien retirer. Le groupe – beaucoup d'habitué.es dans cette compagnie, déjà présents sur d'autres disques – se connait de fond en comble, de ce genre de connaissance, de familiarité d'où ne découle aucune trop facile habitude mais une complicité, une capacité d'émulation jamais prise en défaut. Quelques invités sont conviés – Maceo Parker pour un solo de sax, Jon Hassel, plus loin, sa trompette brumeuse... Pas pour voler la vedette, épater la galerie – mais pas pour rien non-plus, tant il semble chaque fois que ce sont ceux-là, bien-sûr, qu'il fallait accueillir, et précisément aux lieux, aux moments où nous les trouvons.
Revelling / Reckoning n'est pas qu'une somme, un résumé, une lancée seulement. Ce n'est pas non-plus – pas pour moi ; pas tout à fait – un pile-face, deux disques qui s’opposerait, jour/nuit, électrique/acoustique, liesse/recueillement. D'accord, on peut trouver au « disque gris » (Reckoning) une tonalité globalement plus mate là où « le disque jaune » (Revelling, donc) brillerait d'un éclat plus vif, plus chaud. Mais là encore, ce n'est pas si simple – binaire, double-univoque. Il y a des moments de joie pure, de bonheur cristallin qui s'infiltrent sur Reckoning ; des coups de blues amers qui sourdent sur Revelling. Il y a partout, aussi, sur les deux disques, ces glissements, mêlées – moments oniriques, lyriques, introspectifs, aspirations concrètes, empêchements matériels irréductibles. L'humeur n'est pas fixe – parce que l'existence est accidentée, plus encore pour qui ne se résout pas à se conformer, à chercher une solution qui serait définitive, une conclusion instaurée comme routine, fonctionnement. La conscience, en revanche, est partout à l'œuvre – qui perçoit et transforme, modèle la forme, rend la parole vraie (parce que justement située dans tout ça, acceptations et refus, rejets, rétorques, réponses – parce que jamais absolue, toujours circonstanciée pour ne pas se réduire, s'assécher). Elle forme les périodes – musicales, poétiques, rythmiques, les trajectoires, les enchaînements et les ruptures. Une musique, une parole pleinement vivantes – aimante et détestante, mobile et campée. Rien de pesant, pourtant – c'est une des beautés de la chose. C'est sa force de ne rien retenir, déguiser, tristesses profondes et ancrées (Old Old Song, ouch), poussées de plaisir impénitent (Fierce Flawless), et de ne rien exagérer, surligner.
Je ne saute jamais la moindre de ces vingt-neuf plages. Je ne veux rien en omettre. Elle sont entières, chacune et ensemble. Depuis toutes ces années – j'ai dû acheter ce disque peu de temps, vraiment, après sa sortie – j'y retourne toujours. À toutes sortes de moments, quelle que soit la tournure, la lumière de mes jours. Tout m'y retrouve, chaque fois. Il m'a fallu mille textes pour essayer de le dire. Il me faudrait bien pire pour cesser d'y revenir.
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Dioneo
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Non mais allmusic je trouve ça spécialement peigne-cul. Souvent c'est tellement conformiste/AOR comme approche, que j'ai l'impression de lire VSD.
- Indusfreak › Envoyez un message privé à Indusfreak
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Les quotations de sites de musique, on se demande où ils vont les chercher parfois. Tu as des supers trucs qui se font dézinguer sur Pitchfork, que tu te demandes si ils n'ont pas des p-d-t dans les oreilles quand ils écoutent. Et en revanche, ils te boostent des disques insignifiants. Enfin, dans un sens, on peut dire que c'est des avis tranchés mais parfois incompréhensible quand-même.
Message édité le 22-08-2026 à 14:34 par Indusfreak
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Bah... Allmusic ça vaut ce que ça vaut - c'est à dire pas grand chose, si on me demande, j'ai quasi jamais trouvé ni cohérence ni partis-pris intéressants de l'un ou l'autre de leur "auteurs" et j'ai très souvent eu l'impression qu'ils regardaient les genres auxquels étaient censé appartenir tel ou tel disque pour les noter en fonction du cahier des charges supposé desdits genres.
Pour les Inrocks, à l'époque, je crois que c'était encore plus simple : "C'est américain, pas anglais ? Ça ne peut pas être autre chose que 'mineur'".
Après je n'ai rien lu sur son rapport à la presse mais vu certains de ses textes et sa façon de mener des carrière, ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait/ait eu des rapports compliqués avec certains journalistes au moins... Après voilà : vingt-cinq ans après elle donne toujours des concerts, son label Rightous Babe existe encore et elle y sort des disques d'autres gens... Et je crois quand-même qu'elle a un autre "statut" - en terme d'influence, de respect, de notoriété - aux US qu'ici.
Message édité le 22-08-2026 à 14:21 par dioneo
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GrahamBondSwing › Envoyez un message privé à GrahamBondSwing
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J'avoue être complétement passé à côté à l'époque, même si rien d'étonnant par rapport à ce qui m'intéressait le plus dans ces années-là. Mais j'ai été cherché, vite fait, comment est/a été apprécié cet album dans sa (longue) discographie et là je suis tombé de ma chaise : 2 étoiles seulement sur Allmusic, absent du top de fin d'année des Inrocks... il y a peut-être un lien avec le fait qu'elle a peut-être passé son temps à casser les couilles aux journalistes (je comprends en lisant sa page wikipedia qu'on a affaire à une femme "de caractère"), mais merde, ce double-album mérite mieux ! Donc oui, merci pour cette chronique.
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Oui oui, du jazz y'en a, assez nettement, sous une forme pas "canonique" parce que c'est mélangé à plein d'autres choses mais oui... Et je vois le rapport avec la B.O. en question, sur les passage les plus "americana" - genre la pedal-steel sur Sick of Me...
Cool de voir quelqu'un découvrir ce disque/Ani, en tout cas !
Message édité le 16-08-2026 à 20:36 par dioneo
