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Billy Bang › Vietnam : The Aftermath
- 2001 • Justin Time JUST 165-2 • 1 CD
cd • 8 titres • 71:23 min
- 1Yo! Ho Chi Minh Is In the House10:25
- 2Moments for the KIAMIA6:39
- 3Tunnel Rats (Flashing and a 45)9:32
- 4Tet Offensive8:57
- 5Bien Hoa Blues6:42
- 6Mistery of the Mekong10:01
- 7Fire In the Hole7:03
- 8Saigon Phunk11:59
informations
Enregistré par Bill Anderson, assisté de Dick Kondas, au Studio Sorcerer Sound, NYC, les 13 et 14 avril 2001. Masterisé par Renée Marc-Aurèle au studio SNB Mastering le 17 septembre 2001.
line up
Billy Bang (violon, arrangements), Ron Brown (percussions), Michael Carvin (batterie), Ted Daniels (trompette), Sonny Fortune (flûte), John Hicks (piano), Frank Lowe (saxophone ténor), Curtis Lundy (basse), Lawrence "Butch" Morris (chef d'orchestre), Ron Brown (percussions)
chronique
Certains artistes, certains groupes, fantasment sur la guerre – les guerres de toutes les époques, plus ou moins, réelles ou fictives. Untel collectionne les uniformes et les décorations – de tous camps et de tous temps ou avec une... préférence. Des pillages « viking » en plan large aux chars d'assaut de la deuxième guerre mondiale pris en clichés frontaux, des affiches de propagande de la première, détournées ou non de leur but initial, aux vues prises par-dessus l'aile d'un bombardier, on ne compte plus les pochettes d'albums reprenant l'imagerie militaire, la documentation des carnages, les planches inventaires d'arsenaux. Certains disent vouloir dénoncer la chose – mettre en garde. D'autres glorifient telle ou telle boucherie, la puissance de feu de l'une ou l'autre armée. Parfois, l'intention n'est pas dite, pas si claire... Billy Bang, lui, l'a faite – la guerre, la vraie, la sale. Envoyé au Vietnam à dix-huit ans, balancé là-bas, en raison de sa petite taille et de sa faible carrure, dans les souterrains occupés par le Vietcong – « Rat de Tunnel » censé « nettoyer » les caches de l'ennemi, muni d'une torche et d'une arme de poing. L'homme racontera plus tard en être revenu abîmé, hanté – poursuivi par des cauchemars, revivant chaque nuit les batailles, les morts, les cris des camarades blessés. Bang partirait à la dérive – plongeant dans l'alcool et les drogues, s'attelant au trafic d'armes pour des groupes d'activistes. C'est par là, dira-t-il aussi, qu'il trouvera le salut, qu'il échappera à une mort précoce vers quoi il fonçait tête baissée – se rendant un jour, pour une transaction, chez un prêteur sur gage, y repérant un violon mis là, au clou. Lui assurerait que l'instrument, plutôt, l'aurait « appelé ».
Vietnam : the Aftermath est le premier volet d'un exorcisme voulu. Bang – et une partie des autres membres du groupe ici réuni, qui avaient aussi servi « là-bas » – s'y confrontent aux souvenirs, aux traumatismes, décident sciemment d'évoquer des événements souvent, longtemps tus entre-temps, gardés jusqu'ici à distance, lancinants. Sur de telles prémices, et reconnaissant le nom de certains des musiciens, on pourrait s'attendre à un free jazz violent – tendu, discordant, hurlant, chaotique. Pourtant, non, pas du tout. La musique de l'octet – dirigée par le chef Lawrence « Butch » Morris – fait montre, au contraire, d'un raffinement certain. L'écriture est précise, les arrangements coloristes font varier la lumière, l'angle des rayons, dévoilent les détails et ménagent les zones d'ombre, d'ambiguïté. Certains titres se nimbent d'une mélancolie qui confinerait presque à la nostalgie – le sentiment de la magnificence du pays où avaient atterri les soldats se mêlant à la terreur, au regret déchirant de n'être venu là que pour tuer et mourir, détruire et souffrir. Certaines plages même évoquent l'excitation désaxée des jours de relâche – Saigon et ses rues, ses distractions, probablement ses bordels réservés... Leurs airs de sursis – suspendus, sans espoir, sans conscience. Peut-être, aussi, la joie brute, brutale, d'en être tout de même revenu – avant que ne rejaillissent les images, les fragments ou les segments atroces. Certaines compositions semblent s'inspirer de modes musicaux locaux, aussi – traditionnels vietnamiens. Du moins, certaines mélodies semblent chercher ces inflexions là. Aucun exotisme au rabais, pourtant, gênant, n'émane de ces moments ci – l'impression plutôt d'une étrangeté, d'une altérité que les musiciens eux-mêmes semblent tenter de saisir, de définir... Certains tableaux, certaines scènes, bien-sûr, basculent parfois – l'angoisse remonte, l'urgence de l'action brise la tranquillité de surface. C'est une musique inquiète, parfois – tout de même – discordante, heurtée (Tet Offensive et ses vagues percussives, ses nappes de fréquences instables, agitées). Mais rien n'explose jamais vraiment – pas de purge, de catharsis. Rien qui tienne, véritablement, d'un théâtre gesticulé de la cruauté – ostentatoire, surjouée, expulsée. C'est peut-être bien, d'ailleurs, ce qui lui donne sa force, sa pleine expressivité – elle prend sur la longueur, se garde de nous asséner une « vérité crue » qu'on était, peut-être, venu chercher un peu trop en voyeurs. Ce disque nous frustre de ça – c'est ce qui le rend d'abord décontenançant, peut faire douter, croire qu'il y aurait erreur sur le motif, le thème annoncés. C'est ce qui fait, aussi, qu'on y revient. Et petit à petit, la chose progresse – l'impression gagne que, plutôt que de nous asséner leurs mauvais rêves récurrents, Bang et son orchestre ont choisi de nous convier dans leur... Travail. Ils témoignent – et nous entendons. Mais rien ici ne tient seulement de l'exercice – d'un soulagement ou d'un devoir. Car les musiciens là, se... retrouvent, retournent au monde, dans le processus. Certaines de ces pistes sont proprement brillantes – Bien Hoa Blues et ses allures post-bop modifiées, griffées par le violon presque « campagnard » de Bang (presque « fiddle » – il y aurait à en dire sur cet aspect là de son jeu, plus largement sur cet « héritage » là, concernant l'instrument dans le blues, le jazz, le free...). Toutes ou presque sont richement nuancées, pensées, senties dans leurs dissonances mêmes (Mistery of the Mekong – qui pourrait n'être qu'un décor peint mais au contraire se révèle poignante, magnifiquement ouverte et accomplie, probablement le morceau qui me touche le plus sûrement, à chaque écoute, ici). C'est le début d'une démarche – et nous montrer ça, nous y convier, fait de cette musique une question qu'ils nous partagent. Une Conséquence (Aftermath) non-refermée – à quoi il faut répondre pour que l'histoire (l'Histoire) ne reste pas béante.
Ce disque ne conclut, n'arrête rien. Un autre volume – Vietnam : Reflections – sortira quatre ans plus tard, signé du même Bang entouré pour partie des mêmes musiciens. D'autres instrumentistes se joindraient à ceux-là, des Vietnamiens-Américains, cette fois, trop jeune, pour avoir connu, eux, combattu – mais nés ici précisément parce que cette guerre avait forcé leurs familles à l'exil... Une autre étape de cette Réparation poursuivie. Un troisième album aurait dû sortir, ensuite – les Américains devaient cette fois y inviter d'autres vétérans, rescapés, eux, de « l'autre camp ». Le projet, malheureusement, ne verra pas le jour, Billy Bang décédant avant d'avoir pu l'achever. Pour l'heure, Bang invoque le Funk – le Phunk, même, de Saigon, capitale de Campagne, port de casernes. Cette pulsation là y est bien, en effet – la contrebasse et le piano groovent dru, les cymbales planent et cinglent... Quelque chose grince, pourtant, le violon, bien avant la fin, y part en trajectoire vrillée. Et quand le son s'éteint, il nous laisse dans l'attente – comme suspendus dans un silence qui tombe, nuit sourde et trop claire, qui ne peut tout cacher ni en montrer assez.
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Tallis
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notes
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- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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@jacques d. Tu m'as forcé à aller vérifier mais il est bien présent sur un disque de Material (aucun souvenir de ce disque pour être honnête...donc à écouter mais j'avoue revenir rarement à Material) et il a, en effet, enregistré sur Celluloid l'album dont je parlais un peu plus bas où figurait déjà Butch Morris (Laswell ne joue pas dessus). Mais c'est surtout sur le/les label.s italien.s Soul Note/Black Saint qu'il a enregistré dans les années fin 70 et 80, sous son nom et avec le String Trio of New York. En solo, je ne connais que le HatHut "Distinction Without a Difference" mais il en a enregistré d'autres apparement.
- jacques d. › Envoyez un message privé à jacques d.
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Ses disques made in 80's, sont-ce ceux, entre autres choses, parus sur Celluloid ? Solo et/ou avec Material ? Bon, je vois sur Discogs qu'il en a pondu bien d'autres dans ces années-là mais il est vrai que je l'ai très vite perdu de vue et d'oreilles, lui ayant préféré depuis longtemps les quatre cordes de Leroy Jenkins.
- kalcha › Envoyez un message privé à kalcha
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@Coltranophile : Il semblerait que tu aies raison. Il y a bien un titre qui s'appelle "Echo Vamp", enregistré en 1978 et resté inédit jusqu'à ce qu'il soit inclus dans la réédition CD de son premier album en 2017, mais dont la durée n'est que de 6:53.
Or, mon morceau sur la compile dure 12:15, comme le morceau "Echovamp 1678" présent effectivement sur le disque de Bang et Cherry de 1982. Je ne connais pas du tout cet album, je vais essayer de me trouver ça. Désolé pour la coquille et merci pour la correction !
Edit : En fait, il eut juste fallu que je combatte un peu ma flemme caniculaire pour aller sortir le LP de la compilation de mes étagères, la réponse était donnée dans les liner notes... Le titre y est même bien "Echo Vamp 1678", contrairement à ce qui était simplement entré sur Discogs... Ô Paresse ennemie ! 😅
Message édité le 13-08-2026 à 20:21 par kalcha
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Oui, qui est un disque pas commun - et qui reste à chroniquer, d'ailleurs.
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Petite coincidence sans immense intérêt: Sirone a aussi joué avec "l'autre" violoniste-phare du Free, Leroy Jenkins, dans le Revolutionary Ensemble. Dont le premier disque, culte, sur ESP se nomme........"Vietnam".
