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Shivkumar Sharma / Hariprasad Chaurasia / Brij Bhushan Kabra › Call of the Valley
- 1968 • His Master's Voice ECLP2382 • 1 LP 33 tours
- 1995 • Hemisphere 7243 8 32867 2 0 • 1 CD
cd • 8 titres • 70:47 min
- 1Ahir Bhairav/Nat Bhairav12:35
- 2Rag Piloo6:16
- 3Bhoop6:16
- 4Rag Des6:09
- 5Rag Pahadi6:48
- Bonus Tracks
- 6Ghara – Dadra7:25
- 7Dhun – Mishra Kirwani12:58
- 8Bageshwari10:46
informations
Produit par G. N. Goshi.
Les titres des pistes diffèrent légèrement entre l'édition LP d'origine et la réédition CD. Ceux repris ici sont ceux de la réédition. Les trois morceaux bonus de cette réédition sont des performances en solos de Brijbushan Kabra à la guitare, Shivkumar Sharma au santoor et Hariprasah Chaurasia à la flûte.
line up
Shivkumar Sharma (santoor), Brij Bhushan Kabra (guitare acoustique), Haripasad Chaurasia (flûte bansuri), Manikrao Popatkar (tablas)
chronique
L'année 1968 fut riche en événements – les révoltes étudiantes à Paris, à Rome, à Tokyo... ; l'embourbement toujours plus profond des Américains dans la guerre du Vietnam, avec l'offensive du Têt ; l'assassinat de Martin Luther King à Memphis, Tennessee ; le Printemps de Prague et de son écrasement par les chars soviétiques, non-exhaustivement.
Incidemment, ce fut celle, aussi, où les musiques indiennes « classiques » (en l'occurrence hindoustanies, issues des cultures de la partie nord de l'immense pays) allaient rencontrer un nouveau public – un « occident » soudain ébahi devant leur complexité, leur beauté, leurs formes alors largement inconnues. L'année d'avant, certes, Ravi Shankar avait ébloui, déjà, les parterres de hippies du festival Monterey Pop – musiciens compris (Américains, Anglais qui étaient venus y jouer aussi). Mais c'est bien en 68 que sortira, dans les salles de cinéma, le film de D. A. Pennebaker ayant capté, entre autres, cette prestation, la révélant à une audience encore bien plus large. C'est en 68, aussi, que sort Call of the Valley. Une rencontre – des musiciens encore jeunes (tous autour de la trentaine, me semble-t-il), enregistrant pour un label d'envergure un disque destiné à une audience alors largement ignorante en la matière. Un succès retentissant s'ensuivra – Paul McCartney, Grorge Harrison, David Crosby ou Roger McGuinn (alors tous deux membres de Byrds), entre autres, « pousseront » l'ouvrage auprès de leurs propres fans. Une belle histoire. Celle d'un... Passage. À ce titre, aussi : celle d'une « traduction ». Car il ne faut pas s'y tromper : Call of the Valley n'est PAS un disque de « pure » musique hindoustanies. Ça n'entame en rien sa beauté, qu'on me comprenne, sa « pertinence ». Simplement, il est autre chose.
Ces musiciens, pour commencer, sont – on l'a dit – jeunes, pour leur « milieu ». Ce sont des progressistes – ouverts aux mutations, à l'expérimentation (comme l'était d'ailleurs Shankar, de son côté, plus âgé qu'eux tous mais guère plus « conservateur », à ses heures). L'un deux, pour commencer – Brij Bushar (ou Brijbushar, selon les traspositions) Kabra – joue d'un instrument hétérodoxe, la guitare hawaïenne. Mais le plus grand bouleversement n'est pas dans ce choix. Il est dans la forme même de l'œuvre. Le disque, en effet, la suite de morceaux, raconte une histoire – la journée d'un berger du Cachemire – à la façon d'une certaine « musique à programme » européenne, celle des poèmes symphoniques (romantiques) de la fin du dix-neuvième du début vingtième siècle, ou de certaines séries de « lieders » issus de la même période. À ce titre, le cycle fait se succéder – en l'espace d'à peine quarante minutes – des ragas (modes, gammes...) normalement destinés à n'être joués qu'à un moment précis du jour (raga du matin, du soir...). Pour certains puristes, le geste tenait de la franche hérésie. Pour nombre de celles et ceux qui, sous « nos » latitudes, ont entendu pour la première fois cette musique, la question ne se posait pas – l'enchantement était plein.
Une rencontre, disais-je. Et peu importent, qu fond, l'avis de ces « puristes » – leur anthèmes contre cette musique « mélangée ». Sans doute, oui, la vision qu'a donné ce disque au « grand » public des musiques hindoustanies (et indiennes, plus largement) tenait-elle alors de malentendu partiel. Sans doute, oui, Call of the Valley relève-t-il d'une musique « adaptée ». Mais... Et alors ? Ça n'en fait pas – nullement un mensonge, une arnaque. Ces musiciens, on l'a dit, n'étaient pas, eux, des puristes. Pour autant, ils connaissaient leur art – en détail, en profondeur, l'ayant appris auprès de maîtres aguerris. Seulement voilà : jeunes gens modernes eux-mêmes, les trois solistes et leurs accompagnateurs ne restaient pas, de leur côté, imperméables aux influences, au monde qui les entourait. L'échange – le passage, j'insiste – ne se fait pas dans un seul sens. Et dans cette forme mutante, hybride, se développe une forme neuve, fraîche, d'expression, d'expressivité. Sharma (qui quelques années plus tôt avait contribué à faire du santoor un instrument « populaire », pleinement accepté comme voix soliste, dans la tradition dont il était issu), Chaurasia, Kabra, ne développent pas comme lors d'un récital, d'une performance classique chque « phase » des ragas. Leurs traits n'en sont que plus concentrés – l'articulation, les phrasés, les accents détachés en une seule exposition, souvent, chaque idée réduite à son expression la plus limpide, immédiate. Rien n'est baclé – seulement, la forme est plus dense. Les phases de « respiration » ne sont pas omises – simplement, comme pour le reste (exposition, développements), la durée de ses moments se resserre.
On peut toujours trouver, d'accord, que l'ensemble, dans le procédé, perd en force de contraste. On peut aussi se rappeler que la forme supposée « classique » de cette musique, telle qu'on l'a volontiers en tête vue d'ici – les « thèmes » longuement exposés, les accélérations virtuoses après ces minutes étendues, « suspendues » – n'a jamais été, au vrai, la seule réalité de cette tradition, de ces pratiques. En fouillant quelque peu, on se rendra compte que d'autres instrumentistes, au cour d'une histoire de toute façon étendue, multiple, avaient parfois intégré des chants populaires, des airs de danse à leurs performances – hors des canons de ce supposé « classicisme ». De là, on pourra condisérerer – ou non – ce Call of the Valley comme un autre mouvement de ladite histoire, de ce continuum. Une incursion – mais pas un égarement – vers d'autres territoires. On pourra, alors, en goûter le merveilleux équilibre – trouvé, inventé, travaillé dans le temps même de l'écoute, à la mesure de ce contexte neuf, de cette ouverture que les musiciens proposent, explorent. On pourra se délecter de la vélocité – pas stérilement démonstrative mais, encore une fois, pleinement expressive – de la flûte, des timbres en cascades « harmoniques » du santoor, de la fluidité (pourtant ô combien consistante) des glissandi de la guitare... De la souplesse et de l'exactitude du rythme, aussi – lui aussi adapté à ce cadre inédit, sans doute beaucoup plus « fixe » qu'ailleurs mais qui parvient à ne pas se figer dans l'exercice, à ne pas contraindre, restreindre sa mesure. Call of the Valley, sans doute, « commence quelque chose », oui. Mais aussi, « continue » – en le changeant – le fil de ce qui l'avait précédé. C'est ainsi que les choses vivent. C'était, cela reste une direction possible. Rien d'autre, pour qu'elle survienne, ne s'est vu condamné – n'a du cesser, mourir, renoncer à soi-même.
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Dioneo
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Oui, les pochettes Hémisphère je leur trouve un côté très documentaire, neutre, qui ne donne pas forcément envie d'aller voir quand tu ne sais pas un minimum de quoi il s'agit musicalement avant de tomber sur les disques...
- Indusfreak › Envoyez un message privé à Indusfreak
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Je la préfère même à celles du label Hémisphère, assez génériques, je trouve. C'est du beau mo-moche fait avec amour de leurs petites mimines.
- CeluiDuDehors › Envoyez un message privé à CeluiDuDehors
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Oh!! Je suis curieux d'entendre ce jugalbandi original! (Et je sais pas si je pensais à Gandhi ou Propagandhi quand j'ai écrit ce mot avec un "H").
Pour en revenir à Hariprasad Chaurasia et Shiv Kumar Sharma, ils se sont retrouvés presque 30 ans plus tard, et ont enregistré deux albums intitulés "The valley recalls".
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Ah, oui, je me rends compte que ça prête à confusion : je parlais de la pochette d'un disque pas encore (mais bientôt) chroniqué, pas de celle-ci ! Que je ne trouve pas spécialement belle mais... Pas horrible, c'est sûr. (Pour ma part j'ai d'ailleurs la version CD, la deuxième pochette qui illustre la chro, donc... Une pochette tout à fait dans le ton des autres du label Hemisphere, rien à en dire de particulier).
- Indusfreak › Envoyez un message privé à Indusfreak
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C'est pas faux, ça peut rebuter mais en même temps, je leur trouve du charme à ces pochettes un peu à la Douanier Rousseau. Ca me fait penser au Volk de Laibach même si la musique est à des années lumières. Comme les peintures murales naïves en Inde. Et puis, comme disait mon oncle Alfred, tant que la musique est bonne. En fait, non, j'avais pas d'oncle Alfred. Je l'aurais répudié.
Message édité le 28-07-2026 à 09:11 par Indusfreak

