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Chris & Cosey › Pagan Tango

cd • 11 titres • 45:33 min

  • 1In Ecstasy4:03
  • 2Synaesthesia4:04
  • 3I Belong to Me2:37
  • 4Take Control3:04
  • 5Face to Face3:01
  • 6Feel to Me4:04
  • 7Go-Go Latino3:19
  • 8Sin3:19
  • 9Pagan Tango4:00
  • 10Cords of Love4:04
  • 11Balfigore (Before the Feast)3:04

informations

chronique

Le côté artificiel du rituel, chez Chris & Cosey, m'a toujours semblé assumé, parfaitement honnête. Les sonorités de synthé-plastic, les boîtes à rythme réverbérées – résonances d'un espace qui n'existe pas, ne PEUT PAS exister. Le décor, les mises en scène. Les mots, aussi – dans leur raideur naïve, leurs images d'une cruauté sensuelle énoncées de cette voix... banale, normale, réelle – l'ami Dariev avait avancé « de caissière » dans une autre chronique, il me semble, et c'est à peu près là, oui, que je veux en venir. Une voix qui joue, bien-sûr – au sens où Cosey Fanni Tutti récite, endosse nettement un rôle – mais sans chercher la Grande Scène, sans se défaire, nous défaire de l'impression qu'on... Joue, encore, mais dans l'autre sens du terme – comme dans « ludique », comme dans « partie avec ses règles et le plaisir qui en ressort ». Aussi – et ainsi – tout chez ces deux là m'a paru toujours, au fond, très... Sain. Et dialectique. Le plaisir sous toutes ses formes abordé sous l'angle d'un échange, d'un partage, d'une distribution consentie – des rôles, encore, de ce que chacun.e peut, veut, doit faire dans le cadre choisi. Par là, comme ça, j'ai toujours eu l'impression que le duo/le couple cherchait à retourner en quelque sorte la mécanique de marchandisation, de réification desdits rituels – des commerces BDSM – que ce qu'ils en montraient, les images, sons, paroles dites ou imprimées, visait à inverser la mise en coupe, en produits, de la libido, du désir, tout simplement, voulaient, en les agenceant, en ces fictions volontiers poussées aux lisières du kitsch, libérer à nouveau leur flux, que les positions ainsi définies, de chacun/chacune, ne réduisent plus les moments, le déroulement des vies vécues ainsi, à ne suite de contrats, d'emprises négociées.

Voilà pour la théorie. Quant à Pagan Tango... Eh bien, sous son hideuse pochette – non, vraiment, celle-ci, je ne saurais que dire pour « l'escuser » – j'y entends précisément ce que je viens de détailler. L'espace d'un club privé qui ne troque pas ses cartes de membres contre cession d'âme et de coordonnées bancaires mais contre l'acceptation pleine de ce qu'on est venu.e y faire, la proposition de ce qui pourrait s'y passer. Une capsule fantasmatique – mais où l'on vient pour incarner les fantasmes en question, sur fond de rumbas, de danses de salons aux sonorités éléctroniques éhontément toc, fabriquées. Une poésie du sacrifice humain – douches de sang, Cendres du Péché – impossible de prendre ça tout ça fait au sérieux. Impossible pourtant de ne pas entendre comme la chose est... Investie, vécue. Costumes, acessoires, Tango Païen joué à la trompette MIDI – on se croirait chez Yello... Sauf que l'histoire est racontée avec l'accent de Kingsont Upon Hull, et pas par un héritier millionnaire suisse mais par celle qui, jadis, s'était lancée dans l'industrie du sexe pour que son boyfriend d'alors (Gen P. Orridge, pour ceux qui n'auraient pas suivi) puisse se faire artiste et gourou... Avant de se rendre compte, ensuite, que cette carrière, bien attrapée, pourrait lui permettre de mener à sa guise son existence, d'en décider. Ici, la musique – faite par ces deux là, architectes et mécaninciens, patenaires véritable – se fait logement pour ces moyens, cette voie trouvés. Les deux nous la proposent. (Take controoool).

Chris & Cosey ne sont pas Throbbing Gristle, non. Ici on ne se pique pas de « tuer l'art » dans un grand geste théâtral (et finalement très... artistique, arty au sens études d'art appliquées, Dada Nouveau ou pseudo-actionniste). Non, on l'aménage, on l'agence en objets et en lieux sûrs – en tentatives de se construire dans une logique, une existence modestement mais obstinément parallèle. Chris & Cosey ne sont pas non-plus Psychic TV – car rien ici ne se reprend à imiter les frasques hippies, ne se pique d'une psychédélisme renouvelé. Cette époque là est terminée – passée, close. « Païen », ce disque ne l'est pas non-plus au sens des scènes néo-folk de la décennie précédente – et qui se continuaient alors, mais pouvait donner globalement, peut-être, l'impression de s'engluer quelque peu dans une posture esthétique (et (a)politique) déjà bien épuisée, dépassée, outils rendus obsolètes par un Contrôle aux méthodes renouvelées, en plein mutation, quitte à absorber les marges. Non... Les Rites, Rituels (on y revient) que pratiquent, exposent Chris & Cosey, ne passent pas par les sygils, les runes ou d'autres symboles rassemblés d'un passé inventé, exhumé. Ils épousent pleinement (feignent d'en accepter la limites, inscrites en petit en bas du contrat) le parti-pris d'une beauté technologique, machinique devenu norme artistique, esthétique, encore d'un monde d'après les modernismes – une beauté toute en surfaces usinées, en « 3D vectorielle » (cf cette moche image de pochette, encore – à ceci près que sur le plan sonore, ça prend). De ces limites étroites, j'insiste, le couple fait – ici et ailleurs – une ouverture... En acceptant qu'elle soit un endroit clos, que « l'essence des choses » y soient programmée, décidée par celles/ceux qui s'y rencontre, on désamorcer ce la tromperie inhérente à la chose – on y trouve que ça, mais on rentre avec chez soi, quitte à reconfigurer ensuite cette écriture (des jours, des jeux, de leurs phases et enjeux... des lignes d'un langage qu'on sortira alors de son programme premier – de ses possibles imposés par le manuel, le fabriquant, la marque déposée).

Pagan Tango n'est pas « de la world », non-plus. À la rigueur, une version sciemment « pervertie » d'une certaine exotica, oui. Tout le monde sait que ce Go Go Latino n'est de nulle part au sud ou au nord de quoi que ce soit – seulement d'un club libertin qui se ferait république, commune (et deviendrait de fait vraiment libertaire et non-plus seulement libéral au sens Wall Street/Walmart, certainement pas « libertarien », non-plus). C'est ce « nulle-part » voulu , revendiqué, qui fait de cette musique un territoire affanchi – sans prétention à être la solution, la résolution. C'est un havre temporaire – où s'adonner à ses penchants n'est plus un abandon, ni l'entraînement qui permettra, ensuite, d'en faire des armes d'asservissement, de destruction égoïste, égotique. C'est une sorte de communion, si on veut – d'accord que Carter et Cosey nous tendent en hypothèse, en piste possible. Ça peut rater, peut-être – on ne vous promet aucune victoire, puisqu'il n'y a pas de leaders à suivre. « Seven hours bound in the cords of love/Love and betrayal go hand in glove »... Mais aussi « Welcome to a World of twisted bliss/Touch me/Touch me with your perfect... Kiss ». Á une piste de là, elle-même sans parole – et nommée Balfigore... pour Belphégore, démon de la paresse, des inventions qui permettent aux humains de faire fructifier leurs biens sans plus se fendre du moindre effort  ? – se trouve le Silence Sacré. Quelque chose y respire – comme un ronflement, presque, robotique, de fabrique. Est-ce un rêve ou une espèce de facétie, une manière de plaisanterie ? C'est tout atmosphérique, toujours – et l'on aimerait s'y attarder.

Bon
      
Publiée le samedi 18 juillet 2026

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avatar Shelleyan Envoyez un message privé à Shelleyan

J'hésite entre 4 et 5, il va falloir que je le réécoute mais j'ai un excellent souvenir de 'In ecstasy'...

ProgPsychIndus Envoyez un message privé à ProgPsychIndus

Chris & Cosey fait parti des groupes que j'achète les yeux fermés , il n'y a aucune daube dans leur discographie. Leur projet CTI de même, si on aime l'ambient façon Cosey et Chris. En fait tous les membres de Throbbing Gristle on eu une carrière assez singulière et extraordinaire musicalement.

Aplecraf Envoyez un message privé à Aplecraf

Un tout petit peu moins sensuel et addictif que Songs of love and lust cependant.

avatar Wotzenknecht Envoyez un message privé à Wotzenknecht

Envoûtant, vénéneux, lascif. L'album parfait pour la reproduction humaine.