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Anti Social Workers and Mad Professor › Punky Reggae Party
- 1983 • Ariwa ARI008 LP • 1 LP 33 tours
- 2015 • Octave Lab OTLCD5206 • 1 CD
lp/cd • 11 titres • 39:20 min
- 1Every Dog Has It's Day3:31
- 2Who's Watching You?3:26
- 3Democracy Is...4:20
- 4Waiting for the Crackdown3:11
- 5Shit for Brains3:16
- 6Pagan Man2:56
- 7Great Romance Rip-Off3:30
- 8Vandalise the Vatican4:35
- 9Simon Says3:13
- 10Red Rap4:06
- 11England (Is a Name for a Piece of Land and a Football Team)3:10
informations
Enregistré et mixé au Ariwa Sound Studio. Produit par Mad Professor.
line up
Tony Benjamin (guitare), Billy Cross (batterie), Garnett Cross (batterie), Bernard Cumberbatch (basse), Deuce (basse), Rudy Dixon (guitare), Errol the General (batterie), Flea (U.K.) (claviers), Mad Professor (claviers, voix, percussions, steel drums), Preacher (basse), Ranking Ann (voix), Errol Reid (claviers), Sgt. Pepper (claviers), Tabanko and Roger (cuivres), Tamla (percussions, steel drums), Eddy « Tan Tan » Thornton (cuivres), Leroy "Horsemouth" Wallace (batterie), Victor Cross (basse, guitare), Mandy (voix), Mitch (voix), Sister Audrey (voix), Sister Nancy (voix)
chronique
Punky Reggae Party – comme le single de Bob Marley, oui... Mais en version jeans râpés jusqu'à la trame, logée dans les HLM/public housing délabrés, sous un ciel de nuages bas qui font couvercle au monoxyde craché par les bagnoles. En version proximité/promiscuité. Pas de gloire, ici, pas de lumière magnifiante. Marley, justement, est mort deux ans plus tôt. Les bandes de crêteux énervés de 1976/77 sont devenus ou redevenus pour la plupart autant de groupes de rock ordinaires, rangés – quand ils n'ont pas simplement disparu. La voix dans les musiques reggae passe de plus en plus du côté de la tchatche, du toasting, de la dub-poetry, de la scansion plutôt que du chant au sens classique, dans le rub-a-dub, le dancehall naissant... Le mouvement Two Tone est passé par là, aussi – qui a essayé de réunir, d'unifier les jeunes Anglais de toutes les nuances ailleurs que dans les grand-messes, de garder ça, de ramener ça vers autre chose qu'une histoire seulement de style, de fringues et de coupes de cheveux. Revival ou version moderne de la chose, tout avait tourné court, là aussi.
Anti Social Workers – qui sur les rares photos trouvées ont toujours l'air d'avoir dans les quatorze, quinze, seize ans tout au plus, mais marqués comme des types de trente-cinq, quarante – sont en quelque sorte la suite de tout ça. Des gars fatigués, harrassés par tout ce bordel – Thatcher au pouvoir, l'empire anglais qui se désagrège en causant des dégâts (toujours aux mêmes, classe ouvrière, l'usine ou le chômage de père et mère en filles et fils...), le même merdier à l'échelle mondiale, la crise, la guerre froide, la montée dans leur pays du National Front et autres tristes engeances. Alors les mecs causent, à mots crus, en toute intelligence de ce qui déconne dans ces affaires diverses et toutes mauvaises, toutes sales. Tout y passe : la parano sécuritaire, l'arnaque de l'Amour le Seul le Vrai le Grand sur papier glacé ou dans le poste (tout ça pour finir avec des gosses à charge avant d'avoir soi-même grandi, connu quoi que ce soit...), la morale amidonée, mortifère, du Vatican et autres Croque-Mitaines... Le trompeusement posé – la colère détachée, toutes avanies bien décrites. Pour cette parole non-résignée, lucide et sans fausse délicatesse, le Mad Prof, avec le groupe-maison de son studio Ariwa, concote un son spécial, parfaitement adapté. Une musique faussement plate – mate, grise, opaque. Presque feutrée, aussi, quant au jeu, avec des inflexions quasi jazz, jazz-rock, pop-soul – mais tout ça géomértisé, rigidigié par un son dub cassant, métallique. Un alliage pas facile à obtenir, au vrai, de douceur triste et d'inflexible raideur, de tempos solides, rythmes durs et de textures abîmées, trouées. Ça colle parfaitement, décidément – avec le débit, les constats de catastrophes et slogans de manifs des assistants antisociaux. C'est acide parfois, âcre et jauni comme du Costello (Elvis, l'Autre), sur Waiting for the Crackdown, par exemple, mais dans une version piratée par Mark Stewart et sa Maffia, comme plongé dans l'atmosphère « hooligan émotionnel/émotif » qeu distillerons quelques années plus tard Gary Clail et la bande On-U Sound... Le disque plus largement, pousse sur une branche voisine de la chose dub – proche, je veux dire, des travaux contemporains ou à venir d'Adrian Sherwood, Tackhead, Dub Syndicate etc., ce genre de secteurs aux atmosphères souvent aussi riantes. Mais avec cette touche Mad Prof, encore une fois – cette couleur typiques des sorties du type à cette époque, son sens aussi, décidément, de l'adaptation, toujours à la recherche des bonnes tournures, des nuances adéquates à ceux, celles, ce qu'elles devront habiller, habiter.
D'autres viennent prêter leurs voix – chœurs, phrasés qui soulignent. Des habitué.e.s du catalogue, du studio Ariwa, encore, et bien au-delà, des musiques caribéennes, en exil ou non – Ranking Ann, Sister Nancy... ça ne réchauffe pas vraiment l'atmosphère. Ça échauffe encore les têtes, en revanche – ça rend les strophes des harangeurs encore plus rêches, denses, astringeantes. C'est l'Internationale – cantonné à un quartier, un local trop bondés – de la désobéissance civile, du mécontentement qui déborde mais pleinement formulé, articulé (l'anti-militariste Simon Says...). C'est un disque modeste – mais pas du tout timide. Il faut tout dire d'un bloc et terme à terme – ne pas se cacher mais ne rien lâcher pour la frime. S'il faut, on s'essayera au rap – Red Rap, vraiment pas la réussite du disque, ceci-dit, avec son allure disco/scansion gentillette restée bloquée sur le Magnificient Seven du Clash, ou par là (avec plus d'effets escarpés cependant). À temps, on concluera, que « l'Anglettere est le nom d'un bout de terre et d'une équipe de foot ». L'envie pas trop ancrée, il semble, de vouloir chanter les louanges, porter les couleurs de l'une ou l'autre version – groupement sportif ou d'intérêts industrielles nationaux. Parce que « l'Angletterre n'en n'a rien à foutre de toi ou moi » – d'elles et deux tous. Un disque de cission, alors, de sécession. À grands coups de FUCK OFF et de réverbes réfrigérantes.
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