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Sly and the Family Stone › A Whole New Thing

lp/cd • 11 titres • 29:31 min

  • 1Underdog3:59
  • 2If This Room Could Talk3:00
  • 3Run Run Run3:14
  • 4Turn Me Loose1:52
  • 5Let ME Hear It from You3:35
  • 6Advice2:22
  • 7I Cannot Make It3:20
  • 8Trip to Your Heart2:30
  • 9I Hate to Love Her3:04
  • 10That Kind of Person4:15
  • 11Dog3:10

informations

Produit par Sly Stone pour Stone Flower Productions.

line up

Greg Errico (batterie), Larry Graham (voix, basse), Jerry Martini (saxophone), Mary McCreary (Little Sister) (chœurs), Elva Mouton (Little Sister) (chœurs), Cynthia Robinson (trompette, voix), Vaetta Stewart (Vet Stone) (Little Sister ; chœur), Freddie Stone (voix, guitare), Sly Stone (voix, orgue, guitare, piano, celesta, harmonica...)

chronique

C'est une sonnerie, un motif très familier qui ouvre cette « chose toute nouvelle ». Frère Jacques (and sisters) – ne dormez plus, l'heure est venue. Mais en mineur, la mélodie – comme dans la première symphonie d'un certain Mahler, où c'était une sorte de marche funèbre. Ici non : c'est un avertissement. Un manifeste, aussi – les moins que rien, la foule qui refuse de rester plus longtemps anonyme, muette (underdogs... l'autobio de Mingus s'appelle un peu comme ça, tiens – Moins qu'un chien/Beneath the Underdog). La voix du Peuple d'Amérique – l'autre, mêlé, qui se pare de couleurs, veut faire tomber toutes les barrières, quitte à en faire des barricade, avant de construire de svilles nouvelles, d'autres foyers.

A Whole New Thing, premier album de Sly et de sa Famille choisie, ne sort pas de nulle part. Le type est connu, à ce moment, déjà, sur cette côte là (Ouest, vers SAn Francisco) des États – DJ de radio réputé pour l'audace de ses choix, la variété de ses sélections. Producteur pour les Beau Brummels et d'autres groupes aux succès certes souvent éphémère, dont la Great Society d'une certaine Grace Slick, bientôt Pasionaria freak avec le Jefferson Airplane. Sly a fait ses classes – appris sur le terrain, à la dure. Il a monté – pièce par pièce mais en rien de temps – sa Family, et tous on travaillé, encore, intensément mais en toute liberté, ne se refusant aucune idée. Alors ça sort comme ça : l'air encore d'une chose sans pareille, en effet, écoutée tant de décennies plus tard mais portant à bout de bras des pans d'histoires croisées. Soul, funk, rhythm and blues déjà parés, gonflés, éclatant (dans tous les sens du terme) d'un feu d'acides. L'acid-rock, justement – presque naissant, alors, une affaire de quelques mois – assouplissant son groove, accueillant les chants chorales d'un gospel distordu par sa chimie, d'un doo-wop étiré par son expressionnisme (sans blague, I Cannot Make It, on dirait déjà le Parliament du premier album, les tout-premiers Funkadelic, au moins sur ce plan, vocal... Au moins, même pas seulement. Et pas vraiment seulement celle-là).

C'est un trip-vers-ton-cœur, dit un autre titre – où vibre un drôle de son ondulé, comme un Moog trituré qui se prendrait pour un theremin. Ça ne m'a jamais semblé un mensonge – parce qu'à ce stade des choses, la musique de Sly and the Family, aussi sophistiquée soit-elle déjà, a quelque chose d'émotionnellement brut, direct, d'infalsifiable. Stone est un businessman (sans aucun doute !), lui et le groupe sont ambitieux, oui, des bâtisseurs conscient de ce son inédit, bien décidés à l'imposer – mais cette ambition, ici, n'entame pas encore la forme sous quoi nous parviendront leurs idées folles et flamboyantes. Tout ce qui leur semble digne d'être tenté est saisi, développé, les lignes porteuses renforcées, les détails affinés. Tout ce qui nous est donné à entendre, au bout du processus, est abouti. Rien ne sonne fermé, pourtant, verrouillé. Rien n'a l'air de découler d'une laborieuse négociation... De discussion, oui, sans doute, en interne et avec le monde où tout ça pousse, jaillit – car c'est aussi une musique dialectique, de propositions et de questions que le groupe échange avec son temps, propose, reçoit, transforme. Même les « love songs » les plus apparemment naïves (en quelque sorte « classiques ») ont l'air d'être des adresse possibles, à peine codée à l'Amérique, à cette époque chargée de promesse – mais qui ne semble pas vouloir prodiguer à tout le monde ces nouveaux bienfaits. Pas à ceux-là – moins-que-riens moins-qu'un-chien en pleine révolte alors – Afro-américains, latinos des quartiers voisins... Et ces chevelus échappés d'une Amérique bien plus pâle, elle, bien plus anglo-saxonne, ces hippies à qui Sly dit « viens, venez, nous voulons la même chose ». Mais à mots mi-couverts, oui, encore. Sous le manteau, presque – même fleuri, même sans manche, sous le gilet ou le poncho brodés. Plus tard, ce sera plus franc, sur le plan du verbe, très direct – ça culminera sur Stand!, deux ans après, et ce sera un triomphe, qui passera par Woodstock, avant de faire long feu... Mais voilà : pas tout de suite.

Pour l'heure, celui-ci sorti, d'autres réalités allaient rattraper Sly et les siens et siennes. Epic, la maison de disque du groupe, allait hausser le ton, A Whole New Thing ne s'étant vendu que modérément bien. Il faudrait un hit, un single aux paroles simples, à la musique facile à danser, sans trop de finesses. Sly – furax – répondrait par un envoi tellement littéral que l'ironie voulue en passerait à l'as – Dance to the Music (ils voulaient du niais... ils auront du niais... mais du niais bien fait). Le billboard serait cette fois touché, atteint. Les comptables seraient contents. La Famille se verrait allouer de nouveaux crédits. L'album d'après, Life, ne cartonner ait guère. Mais la machine serait cette fois lancée pour de bon et Sly, on l'a dit, dégainerait bientôt Stand! – qui serait celui du carton, disque d'or, passeport que le type, cramé lui-même par les abus, s'empresserait de jeter aux flammes. Pour le moment, A Whole New Thing se conclut sur Dog – de moins qu'un chien à chien, où est vraiment le progrès ? « You treat me like a fool/Try to Make me blow my cool »... ce à quoi Cynthia (Robinson, la trompettiste de la Famille, aussi chanteuse occasionnel, au timbre si particulier) répond sans sourciller : « You think you know it all/But you've got a lot to learn »... Tu l'as dit, Missy. Et ta rude sortie fera prophétie autant que profession de foi.

Chef-d'œuvre
      
Publiée le lundi 13 juillet 2026

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avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Life... Life... Life is the only thing worth living fooor...

Je m'égare, pardon. Mais oui, il est assez unique finalement ce premier Sly and Family, en même temps que déjà très accompli, avec en même temps une certaine forme d'humour/lucidité en effet et je crois un véritable engagement (une éthique), que l'ambition (d'être un groupe qui cartonne) n'entame pas. Donc oui, 6/6 pour moi aussi, maintenu sans vergogne.

Coltranophile Envoyez un message privé à Coltranophile

Il aurait fallu que je trouve quoi dire sur ce disque qui n’est, pour moi, rien de moins qu’un chef d’œuvre. Pas trouvé. Juste peut-être que Sly déploie ici une loufoquerie par moments qui, si elle n’est pas dénuée d’une tension certaine, garde une forme de luminosité qui tournera à quelque chose de beaucoup plus inquiétant à partir de « Life ». Pour atteindre une forme d’apogée sur « There’s a Riot…. ».

avatar GrahamBondSwing Envoyez un message privé à GrahamBondSwing

Je suis vraiment impressionné par l'ouverture Underdog, une pure tuerie avec tout ce que j'aime du groupe dedans.

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Ah oui, c'est assez étendu, comme influence... Plus ou moins assumé/déclaré sans doute - chez la bande à Clinton ça n'était pas du tout caché - mais très présent, et chez des groupes plus ou moins "grand-public", oui, sûrement, de très à très peu "radiophoniques" (puisqu'à l'époque c'était pas mal la mesure...). Je crois aussi que les différents disques/périodes de Sly & teh Family Stone ont dû influencer différents artistes - ceux/celles qui ont puisé dans ce premier ou les suivants jusqu'à) Stand! inclus ne sont sans doute pas les mêmes qui sont allé voir du côté de Riot, ou même que des gens qui auront plutôt pris Fresh comme modèle (disque que j'aime vraiment moins mais qui, il faut bien admettre, à certainement pas mal modelé tout n pan du funk "slick'n'smooth des années d'après, mi/fin seventies voire début eighties). Miles, ouais... Beaucoup via Betty semble-t-il. Ah tiens... Un petit Betty Davis, ce serait pas mal la saison, aussi, de l'écouter, elle, non ?

avatar Dun23 Envoyez un message privé à Dun23

Pour revenir sur la recommandation vers le premier Parliament, qui franchement ne ressemble à rien de ce qu'ils ont pu faire par la suite, il faut noter l'influence considérable de Sly et sa famille: Miles évidemment qui s'est dit qu'il y avait un truc à creuser et a créé un truc absolument nouveau mais on peut entendre l'influence sur les tout premiers Earth wind & fire, chez les Temptations dans leur période funk (oui, c'est flagrant par endroit) ou encore les premiers Commodores. Et c'est sur ces fameuses harmonies vocales qu'on retrouve ça et là.