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Bibione › Quattro Formaggi
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Artwork : Jonatan Florez.
Vinyle 12" gravé sur une seule face, à lire en vitesse 45t.
line up
Meg, Kris, Kristýna
chronique
Le son tranche, les titres ont souvent des airs de slogans (de manifs plutôt que publicitaires, entendons nous), les chansons filent le temps d'un décoché, chacune, de plus ou moins loin. Cette musique, pourtant, ne peut pas se réduire à ça – une simple question de less-is-more, d'efficacité offensive, de coefficient de pénétration dans les lignes en face... Oui, l'un des titres dit « Mon cœur est plein de haine ». Mais un autre dit « Amour ». Et sous le grain sale, rapeux, de cette musique – sous son non-poli punk – c'est riche. Colère, oui, hostilité (mais elles, comme disait un sample ailleurs, autrefois (chez Public Enemy, si jamais) « ont le droit d'être hostiles », de ne plus laisser filer. Mais très sensiblement, aussi : mélancolie amère, chaleur du cri, proximité du message, manière de le dire qui justement ne tient pas que du slogan, du mot d'ordre. C'est punk, oui – et/ou post – dans l'allure, les angles, la basse qui groove paradoxalement carré, la batterie qui carène dur. Par moments la guitare prend des accents, travaille au vibrato des accords surf – refroidis, oui, portés dans ce spectre du métal cassant (qui de toute façon n'est souvent pas bien loin pour cet instrument, dans la surf-music). À deux reprises une trompette se joint aux voix et lignes, aux rythmes – c'est du rythme, beaucoup, cette musique, et les mélodies nettes en sont aussi, en jouent également – des trois Pragoises. Ça ne fait pas du jazz pour autant – et même, ça ne fait pas forcément, « bêtement du free ». C'est assez magnifique, cet ajout, sur Spin It – qui de toute façon est superbe, avec sa noirceur vive, sa lumière qui crache, sa basse cold et sa voix qui crame. Bon, sur Symphony In D Major d'accord, c'en sont, des éclats « free » – ou simplement d'autres cris, une voix (décidément) ou plus, démultipliées, qui se mêlent à ceux sortis des gorges, cette fois sans paroles. Ça aussi c'est saisissant – terriblement, et terriblement proche, humain, vivant, très au-delà (ou plus rudimentaire dans l'intention ?) qu'un acte d'agression pur et simple... Ce serait trop simple. On ne se sentirait pas ainsi... Impliqué.e. Bibione le sont, à l'oreille ça ne fait pas de doute – impliquées, à fond, lucides aussi, sans illusion sur la portée de telles actions (faire des disques, donner des concerts, dire des choses sensées dures ou douces, vouloir que l'art soit une forme de réel...). Pas une raison pour ne pas le faire. Et donc : raison de plus pour le faire. (Et nous, pour nous y exposer).
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