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Funkadelic › Standing On the Verge of Getting It On
informations
Enregistré aux studios Manta Sound, Hollywood Sound Recorders, Crystla Sound et United Sound Systems. Produit par Goege Clinton.
Artwork : Neil Terk, Bruse Bell, Maggott Funkagraphix, Inc., Perdo Bell.
line up
Ron Bykowski (guitare, voix), George Clinton (voix), Ray Davis (voix), Tiki Fulwood (percussions, voix), Fuzzy Haskins (voix), Eddie Hazel (guitare, voix), Tyrone Lampkins (percussions), Cordell Mosson (basse, voix), Gary Shider (guitare, voix), Calvin Simon (voix, congas), Grady Thomas (voix), Bernie Worrell (claviers, voix), Gary Bronson (batterie), Jimi Calhoun (basse), Leon Patillo (piano)
chronique
Parfois je me dis que la discographie de Clinton et compagnie – sous le nom de Funkadelic, de Parliament, sous ceux de chacun des acteurs/musiciens (les albums solos de Clinton lui-même, Bootsy Collins, Bernie Worrell, plus tard Michael Hampton....), sous ceux d'autres projets, entités nés de là (Brides of Dr. Funkenstein, P-Funk All Stars...) – gagnerait, gagne à n'être plus perçue de manière linéaire, chronologique. Qu'il faut, qu'on peut pour mieux s'y enfoncer, y voyager, la considérer sous un angle disons, hmmm, quantique (?), en choisissant, du moins, de la «lire » selon des lois, des paramètres, des variables s'écartant quelque peu de la relativité générale, de l'écoulement du temps, des époques. Comme ça, elle apparaît autre – et dans toute son altérité, son étrangeté, autant que dans ses rapports à l'histoire, aux scènes telles qu'on les connaît – concrètes, répertoriées, analysées depuis à maintes reprises sous diverses perspectives (esthétiques, sociales, techniques...) à quoi l'on a presque toujours l'impression, pourtant, qu'il manque quelque chose, un aspect laissé de côté, un intangible qui nous échappe. Ainsi, le P-Funk apparaît comme une sorte de multivers – initié bien avant que le terme lui même ait été formulé mais eh... Puisque le temps ne compte plus – ou ne se compte, ne s'écoule plus pareil – pourquoi s'encombrer de telles considérations ! Est-ce qu'ils se gênent, eux ?
Plus pragmatiquement, on rappellera qu'entre tous ces groupes, les secteurs de ce monde multiple, circulent depuis toujours des citations, que ces gens ont toujours aimé se renvoyer des mots, des compositions, des motifs récurrents d'un disque, d'un groupe, d'un morceau à l'autre – qui se faisaient écho, miroir, commentaires réciproques. Alors oui : Red Hot Momma, qui débute le ci-présent Standing On the Verge, signé Funkadelic, a été entendu ailleurs, chez eux, tout autrement – sur Osmium, le premier Parliament officiel. Tendant l'oreille, on distingue qu'un autre extrait, fragment déjà entendu, qui plus est, introduit le morceau – le monologue anti-impérialiste mais néanmoins plus qu'un poil sexiste par quoi s'ouvrait le morceau éponyme sur America Eats Its Young (Funkadelic également, ce coup), deux ans plus tôt. Deux fois entendu, d'ailleurs, ici, le « message » – en accéléré puis au ralenti. Ça fait torsions, l'un et l'autre de ces traitements, déformation. Aussi, on remarquera peut-être une sorte de glissement, quand oubliant les questions politiques, sociales, le groupe se remet à parler plus cru, plus terre à terre – de cul, de sexe, de baise. Là ou, ailleurs, ça n'affirme guère plus qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien, ça part ici dans des scénarios, disons guère propices à séduire un très large public – même adulte, averti. « Poupée, tu veux pas être ma chienne/Que je puisse être ton arbre/Que tu puisses me pisser dessus ? »... C'est spécial ? C'est ça aussi, Clinton et cohortes. Bonne pensées/mauvaises pensées...
Musicalement, ça navigue, ça s'aventure de même – plus que jamais, tout le monde ici est capable de jouer ce qui lui passe, comme idée, avec une apparente décontraction dans l'exécution qui ne masque jamais vraiment la maîtrise incroyable du jeu, une aisance technique toujours plus brillante. Le jazz, là-dedans – jazz-fusion si on veut, jazz-funk de toute évidence, eh – remonte à la surface, de plus en plus ouvertement. Le psychédélisme, le rock, tournent en une variété dans doute moins brute que sur Free You Mind ou Maggot Brain – bien sûr ! – mais dont l'épaisseur, dans l'empilement, l'entrelacement des couches, des strates, fait une profondeur nouvelle, sous l'impression d'un produit moins concentré, plus diffus. Par moments, même – Alice In My Fantaisies – les riffs semblent annoncer un futur heavy, se durcir en proto-metal (pas étonnant que Blind Idiot God, quatorze ans plus tard, se soient piqués de reprendre le titre, en version instrumentale toutefois, sans les mots salaces... Dont ceux déjà cités, qui seront redits tels-quels sur Standing On the Verge, le morceau... Ainsi qu'une variation sur ceux qui introduisaient le tout premier album du groupe – il s'agit de lui lécher ses émotions funky tandis qu'elle suce notre âme... Aussi, il semble qu'on emprunte ici un autre bout de blabla à... Frank Zappa – Mama said never eat the yellow snow !! Oui oui, il y a comme un schémas, d'accord). La parole continue de ne pas se corseter, on l'a dit, s'ouvre même, encore autrement, au fil – qu'il s'agisse, donc, d'en appeler à la révolution, d'énoncer des fantasmes hétéros au fond sans doute assez courants mais salissants et rarement admis en assemblée, d'annoncer que « Jimmy a un peu de salope en lui » et de l'inciter à ne plus le nier, d'affirmer qu'il n'y a pas à en faire une affaire – oui, pris d'ici c'est potentiellement gênant, comme ils le formulent, c'est « d'une époque », cet humour bizarrement placé... Il n'empêche : dans le funk et dérivés, et musiques voisines, et plus encore à l'époque justement, le sujet – l'homosexualité masculine, voire de l'identité de genre – n'était guère abordé, plutôt ignoré, et lorsqu'il surgissait, rarement amené avec bienveillance (qu'on pense à The Subject Was Faggots, à peine quatre ans plus tôt, sur le premier Gil Scott-Heron), il est même fort probable que le morceau soit l'un des premiers à l'exooser ainsi, à raconter ça comme tout le reste – du quotidien, des histoires de relations entre humains, des réflexions personnelles qui cherchent à avancer sans en faire un système.
Funkadelic avance – encore, comme avant. Selon la théorie formulée, proposée en haut de cette chronique, Funkadelic (et Parliament, Clinton et les autres, l'Univers P...) se meut depuis un point initial, toutes les têtes, toutes les lignes, toutes les versions, tous les possibles simultanément – dans une temporalité, en tout cas, qui n'est pas qu'une successions d'étapes, où certains plans sont parallèles, où d'autres se confondent, s'interpénètrent ou dérivent l'un de l'autre, en mouvements tectoniques. (Celle des plaques, hein, pas la danse de kékés des années des années 2000 – qui revient paraît-il, ces temps, remarquez... Ça aussi, ce serait une sorte d'irruption quantique ?!). Vu comme ça, Good Thougts, Bad Thoughts, autre long monologue sur fond d'arpège et guitare tricotée, ne serait pas une simple ressucée de Maggot Brain ; l'autre citation qu'elle remet, vers la fin, le slogan-titre de Free Your Mind..., ne relèverait pas du radotage. Ce serait, j'insiste, un autre angle – le surgissement de la même chose dans une réalité autrement altérée, pondérée, configurée. Il ne s'agit pas alors d'être à cours d'idées (… pas encore ; on ne s'illusionnera pas, cogitations, spéculations mises à part, on ne risquera pas à nier qu'à un moment, plus tard, Clinton et les autres se mettront quand-même à tourner un poil en rond... mais pour moi ce n'est pas ici, pas encore). Il s'agit, dit le titre « d'être à la limite (ou sur le point) de passer aux choses sérieuses ». C'est à dire, me demanderez-vous ? (Ou leur demanderez-vous...). Là encore : on parle coït ou révolution ? Les deux, mon captitaine (de vaisseau – mothership... Ma Capitaine, alors ?). Puisque là c'est la même chose, le même geste, un seul acte. Et permanent. Ça ne peut pas prendre fin puis que c'est un cycle – continu et/ou alterné, alternatif et parfaitement cintré en sa courbure et ses glissements d'orbites accidentels ou non.
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Dioneo
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Pour Jimmy, Clinton racontait dans la longue interview que j'ai déjà mentionné que ça faisait référence/s'adressait vraiment à quelqu'un en particulier, un pote de certains membres du groupe, un type de leur entourage, dont tout le monde savait qu'il était attiré par les hommes mais qui "n'assumait" pas ça alors qu'eux ne "voyaient pas le problème". Encore une fois vu d'ici ça passe moyen comme approche - parce que facile à dire de leur part, "de l'extérieur", parce que le contexte de l'époque rendait sans doute la question encore plus difficile que maintenant etc., parce que aussi on pourrait même voir ça comme une sorte "d'outing"... Mais avec toutes ces réserves, ça reste surprenant d'entendre un truc qui aborde même le sujet dans cette musique là à cette époque, et pas en mode "c'est pas bieeeen" ou "pas de ça chez nous, on est des mecs parfaitement hétéros exempts de tout doute à ce sujet". Bon, pas simple donc, comme sujet.
Message édité le 10-07-2026 à 10:29 par dioneo
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Rien que pour l'extraordinaire I'll Stay, pour le "est-ce une blague" de "Jimmy's Got...." et le encore une fois grand numéro de guitare du dernier titre, j'ai toujours un gros faible pour ce disque. Mais, en fait, aucun raison de s'en excuser. Le reste tient très bien le coup aussi.
Message édité le 11-07-2026 à 00:39 par Coltranophile
