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Funkadelic › America Eats Its Young
lp/cd • 14 titres • 70:47 min
- 1You Hit the Nail On the Head7:10
- 2If You Don't Like the Effect, Don't Producer the Cause3:43
- 3Everybody Is Going to Make It This Time5:50
- 4A Joyfull Process6:10
- 5We Hurt Too3:10
- 6Loose Booty4:45
- 7Philmore2:40
- 8Pussy (I Call My Baby Pussycat)5:00
- 9America Eats Its Young5:45
- 10Biological Spéculation3:00
- 11That Was My Girl3:41
- 12Balance5:25
- 13Miss Lucifer's Love5:50
- 14Wake Up6:20
informations
Enregistré par Lee DeCarlo et Rick Capreol aux studios Manta Sound, Toronto Sounds, Olympic, ARtie Fields Productions et Mastercraft. Produit par George Clinton.
Artwork : Paul Wedon et Cathy Abel.
line up
George Clinton (voix, arrangements), Bootsy Collins (basse, voix), Tiki Fulwood (percussions), Eddie Hazel (guitare), Tyrone Lampkins (percussions), Cordell Mosson (basse), Prakash John (basse), Gary Shider (guitare), Bernie Worrell (claviers, mélodica), Randy Wallace (saxophone alto, voix), Peter Schenkman (violoncelle), Ronald Laurie (violoncelle), Catfish Collins (guitare), Harold Beane (guitare), James Wesley Jackson (guimbarde), Frank Waddy (percussions, voix), Zachary Frazier (percussions), Ollie Strong (steel guitar), Robert Chopper McCullough (saxopohone ténor), Al Stanwyck (trompette), Arnie Chycoski (trompette), Bruce Cassidy (trompette), Clayton Gunnells (trompette, voix), Ronnie Greenway (trompette, voix), Stanley Solomon (alto), Walter Babiak (alto), Albert Pratz (violon), Bill Richards (violon), Josef Sera (violon), Victoria Polley (violon), Diane Brooks (voix), Steve Kennedy (voix)
chronique
Démesurée, cette chose ! Deux LP bourrés à ras-bord, cinq guitaristes, quatre bassistes, quatre batteurs/percussionnistes qui se succèdent où jouent en combinaisons diverses (et sans doute en vêtements flashy), des cordes romantiques, pop-romances, des cuivres à la James Brown, les claviers de Bernie Worrel qui en foutent partout, dérapent, emplissent, colorisent, drainent le rythme, l'harmonie. Du chant choral, du crooning dont on ne sait pas – et eux, le savent-ils ? - si c'est du sublime ou du grotesque, du gospel ou du cochon (comme dans « ils racontent des blagues cochonnes, des histoires de fesses »).
En 1972, l'âge du verseau – l'ère de l'émerveillement psychédélique – ne bat même plus de l'aile. Ses débris traînent au sol, ou en des mains douteusement innocentes – qui de ces restes ont fait autre chose, agapes ou commerce plus ou moins bas/brillants, départs d'idées (comme on parle d'un départ de feu). Les luttes sociales, les combats pour les droits civiques, se sont durcis – de part et d'autres, flics et militants, bidasses et activistes. Funkadelic ne fait pas comme si – comme si la fête n'avait pas pris bien plus d'un coup dans l'ailes, comme si Sly Stone (une sorte de modèle philosophique et artistique, pour cette bande) n'avait pas sombré dans la dope et les anecdotes sordides avec tant d'autres, comme si les Partis et les Factions ne comptaient pas tous les jours leurs morts, leurs blessés, leurs internés, incarcérés. Funkadelic met encore tout, partout, en masse et avec le sens du détail – dans sa musique, chacun de ses morceaux. L'arc s'est élargi, même, des possibilités, des styles, des moyens. Le groupe remet façon lover l'un des morceaux jadis les plus acid-rock de son propre répertoire – Pussy, alias I Call My Baby Pussycat, repris de l'album Osmium, sorti en 1970 sous le nom Parliament (avec en partie les même qu'ici, en effectif toutefois plus réduit, alors). Le morceau-titre est une curieuse plage où l'ont croit entendre, un instant, une variante des fameux arpèges de Maggott Brain – sur l'album du même titre (de 1970 également, et précédant directement cette Amérique qui Bouffe Ses Jeunes dans la discographie) – mais dont l'ambiance s'enlise et s'élève, en même temps, on ne sait pas trop, où se mêle un texte étrange (et plus qu'un poil misogyne, il faut bien admettre) sur ce pays qui casse ses hommes, les vide, en fait des vieux pervers fatigués et bedonnants, et des râles dont on se demande s'ils sont de jouissance ou d'agonie, de déploration. Tout se mêle encore, fait socle à des jams désaxées, sur ce disque – acid-funk en flammes de fuzz donc, jazz (dés)orbité, soul juteuse et country-rock aux guitares aigrelettes (et parfois steel), orgues d'église et piou-piou de l'espace, paroles de pimp et slogans révolutionnaires plus ou moins cryptiques, traces de doo-wop fifties et mise en son rutilante, luxe Motown et humour de bouge. Clinton et compagnie citent sans créditer (That's My Girl... Remember The Temptations – à moins que ce ne soit Otis ?). Détournent, retournent, font du sens en déboussolant tout.
D'accord, America Eats Its Young peut sembler étouffant, au début, voire écœurant, avec son heure dix de musique dense et sans arrêt changeante, ses sauts de styles, son flux d'informations qui paraît ne jamais pouvoir se tarir. Il faut assimiler – aussi – sa sophistication nouvelle, ses atour jazz-fusion par moments, la crudité de ses matières parfois tenues un peu à force dans la foison de pupitres, la multitude des pistes. C'est un disque d'état d'urgence – mais permanent, car l'Amérique a TOUJOURS faim de sa progéniture, sans pitié ni répit – qui refuse de répondre en retournant à l'essentiel, en réduisant le débit de ce qui se doit dire et faire. Un disque plus douloureusement tendu, peut-être, aussi, que les trois précédents – où l'émotion, quelle qu'elle soit, et les discours, les foutaises comme les vérités essentielles pouvaient exploser, sortir en flot qui les purgeait, alors qu'ici rien ne semble suffire, parvenir à épuiser ce qui coince, contrarie, contraint. Ça flambe encore – de manière à la fois plus azimutée et plus construite qu'avant. Le rock grondant des années qui s'achèvent – la mutation de ce qu'avaient proposé Hendrix et quelques autres, jusque là toujours centrale (mais pas seule à l'être, car la musique de Funkadelic a toujours eu PLUSIEURS centres, de gravité et d'éparpillement) – se répand encore, là, avec outrecuidance et générosité. On ne se doute pas que, bientôt, il n'en sera plus ainsi – plus seulement, constamment, pendant que le Monstre continuerait par phases sa digestion et ses chasses, que même un tel fracas ne pourrait plus perturber.
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Dioneo
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Je reviens sur la pochette, tiens... Qui d'autre, à cette époque, aurait pu coller là cette image de la Statue de la Liberté dévorant des bébés de toutes les nuances de peau, métaphore à la fois grotesque et horrifique balancée comme ça en couleurs pétantes... QUI D'AUTRE !
Message édité le 30-06-2026 à 23:01 par dioneo
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Du bonheur en musique(s) !
