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Blind Idiot God › Undertow

cd • 11 titres • 41:05 min

  • 1Sawtooth2:20
  • 2Clockwork Dub4:27
  • 3Atomic Whip4:26
  • 4Watch Yer Step3:13
  • 5Drowning6:04
  • 6Major Key Dub4:10
  • 7Alice in My Fantasies2:55 [reprise de Funkadelic]
  • 8Rollercoaster4:35
  • 9Dubbing in the Sinai3:49
  • 10Wailing Wall3:05
  • Bonus
  • 11Purged Specimen1:52

informations

Enregistré et mixé au BC studio par Martin Bisi. Masterisé par Howie Weinberg au studio Masterdisk. Produit par Bill Laswell.

line up

Ted Epstein (batterie), Andy Hawkins (guitare), Gabe Katz (basse)

Musiciens additionnels : John Zorn (saxophone et composition sur Purged Specimen)

chronique

Sawtooth nous balance directement au cœur du sujet – en plein la matière, le mouvement-son. Batterie dense, métallique, riffs heurtés, exécution technique impeccable et textures écrasées, éclatées. Deux minutes vingt de secousses rudes avant de revenir au dub – appelé Clockwork, cette fois, encore une histoire de précision tiens (d'horlogerie, donc), mais très possiblement aussi, référence à la Clockwork Orange (Orange Mécanique) de Burgess et/ou de Kubrick.

Undertow passe un cap, ouvre encore les vannes, continue la grande fusion chamboulée mais jamais approximative du premier album (nommé Blind Idiot God, comme le groupe). Le son s'est aéré, ouvert – sans perdre en dureté, en exactitude géométrique. Des surfaces et des volumes parfaitement articulés. Peu ou pas d'exploits techniques ostensibles, ostantatoires (ce n'est pas une musique de soli athlétiques, par exemple) mais une complexité dans le montage, les rouages, une inventivité dans la recherche de l'efficacité maximum usés comme autant de principes dynamiques. La matière semble un peu plus « organique » qu'avant mais au vrai c'est subtil, ou plus subtil que ça – disons que le trio afine un équilibre, balance mieux (ou autrement) l'aspect « cybernétique » de ses constructions et l'apparence, la plasticité vivante des matières, nuances de jeu sensibles, sensation presque littérale des moments de « respiration ». Les titres des morceaux sont simples, descriptifs, soit qu'ils annoncent de simples éléments de base (Major Key Dub, Sawtooth – Dent de Scie...), soit qu'ils énoncent brièvement des lieux, des moments, des événements, sans étoffer une narration. Car c'est encore un ensemble de sensations, de stimuli, de changements et continuités physiques, et leurs interconnexions, qu'agence et délivre la musique, plutôt que d'en proposer un récit linéaire, littéraire (Drowning et sa terrible fin de guitare noise, phrasé affolé mais jeu maniaquement en place, sonorités cassantes, mécaniques, mais écoulement, jaillissement qui malmène les chicanes, les canalisations).

Ce disque frappe plus fort, oui, plus juste. Son apparent paradoxe – mais apparent seulement – tient en ce qu'en se donnant plus d'espace, en ne jouant pas la densité tout le temps et à tout prix, en variant encore les attaques, les trois musiciens permettent à leur chose d'atteindre une pesanteur accrue, en même temps qu'une souplesse nouvelle. C'est plus sournois, cette fois – ainsi, ça nous avale d'autant mieux, sans qu'on ait vu venir. Ça nous mâche et nous recrache – comme le Chaos du Dieu Idiot Aveugle par quoi ce sont nommés ces gens (Azathoth, donc). Comme le Reflux dont le titre du disque est l'une des traductions possibles. Un courant qui cache son ampleur, la violence de son flot, de son tourillon. C'est d'autant plus dangereux qu'on croyait voir le fond... La surface agitée fait loupe et illusions d'optique.

Très bon
      
Publiée le samedi 27 juin 2026

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